Español English French Kwéyol

Haïti-Criminalité : Des réponses attendues des autorités de la transition face aux gangs désignés terroristes

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 11 mai 2025 [AlterPresse] --- La décision de l’administration américaine de désigner les gangs criminels de Viv ansanm et Gran grif comme des organisations terroristes mondiales, ne produira pas les effets positifs attendus, sans un engagement concret des États-Unis d’Amérique et de l’État haïtien, estiment le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), Pierre Espérance, et le politologue Joseph Harold Pierre, qui intervenaient à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.

Le Rnddh voit, dans la décision de l’administration américaine, une opportunité pour les autorités haïtiennes de se racheter.

Tout en qualifiant de « juste » la décision de designer les gangs comme terroristes, le Rnddh réclame des mesures fortes de l’État haïtien, en vue de l’éradication de ce fléau déstabilisateur.

Le pouvoir pourrait profiter de la décision américaine pour se munir d’équipements et matériels nécessaires, pour détruire les terroristes et leurs installations, conseille le défenseur des droits humains, tout en déclarant ne pas s’attendre à voir débarquer en Haïti des militaires américains ou des matériels sophistiqués.

Il plaide, du coup, pour une meilleure coordination des opérations, afin d’éviter des dommages collatéraux, de ne pas faire de victimes dans les rangs de la population.

Le Rnddh préconise des mesures urgentes afin de garantir le respect des engagements internationaux d’Haïti en matière de lutte contre la corruption, de blanchiment de capitaux et des violations des droits humains.

Les personnes et entités, fournissant un soutien matériel ou des ressources à Viv Ansanm ou Gran Grif, s’exposent à des poursuites pénales et à une interdiction de territoire ou à une expulsion des États-Unis, a mis en garde le Département d’État américain.

Des sanctions onusiennes, américaines et canadiennes ont ciblé plusieurs chefs de gangs haïtiens, des personnalités politiques et des hommes d’affaires, pour financement de gangs, trafic de drogue et autres.

Parmi les personnalités, figurent l’ancien président Joseph Michel Martelly, les anciens premiers ministres, Laurent Salvador Lamothe et Jean Henry Céant, l’ancien sénateur Youri Latortue, l’ancien député Prophane Victor et l’homme d’affaires Reynold Deeb.

Le Rnddh appelle l’Etat à plus de responsabilités

Le Conseil présidentiel de transition (Cpt), en poste depuis le jeudi 25 avril 2024, n’inspire pas confiance, de l’avis du Rnddh, soulignant l’urgence d’avoir des autorités responsables.



Les conseillers doivent cesser leurs pratiques de corruption, d’impunité et de connivence avec des gangs, préconise le Rnddh, qui les invite également à renoncer aux privilèges, comme le veut l’accord politique du 3 avril 2024.

Le Cpt a fait injonction récemment au chef du gouvernement de se saisir des dossiers des personnes sanctionnées par la communauté internationale, dans le contexte de dégradation de la crise haïtienne, rappelle-t-il.

Le Cpt ne dispose d’aucune moralité ni de crédibilité pour entamer une telle démarche, avance le Rnddh, signalant combien trois (3) de ses membres sont impliqués dans un scandale de corruption et de pots-de-vin.

En outre, ces inculpés bénéficient de la solidarité des quatre (4) autres membres votants, regrette-t-il, invitant le Cpt à soigner, d’abord, l’image écorchée des autorités de la transition.

Le fonctionnement opaque de l’administration politique en place interpelle également le Rnddh, qui invoque l’obligation morale d’agir dans le cadre du dossier des 3 membres sanctionnés.

« Il revient aux acteurs de la chaîne pénale d’assumer leurs responsabilités », souligne-t-il, faisant état de rapports accablants existants, dans lesquels sont épinglés ces personnalités, au niveau de la police judiciaire, de l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref), la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca) et l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc).

Urgence d’actions pertinentes pour mettre fin à la crise multidimensionnele en Haïti

De son côté, le politologue Joseph Harold Pierre, qui participait également à FwoteLide sur AlterRadio, met l’accent sur la nécessité d’agir pour enrayer la crise multidimensionnelle en Haïti.

Le Conseil présidentiel de transition doit montrer à la communauté internationale sa volonté réelle de résoudre les fléaux de la criminalité et de la corruption.



Joseph Harold Pierre encourage le Cpt à doter le gouvernement de moyens adéquats, d’équiper les forces judiciaires et coercitives, pour donner corps aux démarches, visant à atteindre les personnalités sanctionnées par la communauté internationale.

Cela pourrait traduire une forme de cohérence dans toutes demandes d’aide possible, après la décision de l’administration américaine de désigner les gangs de Viv Ansanm et Gran grif de terroristes, fait-il remarquer.

Le spécialiste s’interroge aussi sur les faiblesses dans l’administration publique, la perception négative de la communauté nternationale vis-à-vis des autorités haïtiennes et de l’implication plausible des politiciens influents dans la crise actuelle.

Les membres du Cpt ont les pieds et mains liés, explique le professeur Joseph Harold Pierre, insistant sur les difficultés de poursuivre véritablement les personnes sanctionnées.

La solution proviendrait, selon lui, d’une force extérieure, compte tenu du règne de l’impunité en Haïti, où il n’y a plus d’État ni de forces vives.

Le Cpt pourra-t-il se racheter ?

Le Cpt doit envoyer des signaux claisr et restaurer l’autorité et la dignité de l’État, encourage le Rnddh.

« Ce n’est pas normal que l’État déplace les bureaux des organismes autonomes en raison de la criminalité », déplore Pierre Espérance, notant combien la population est abandonnée et livrée à elle-même.

Le dirigeant du Rnddh suggère aux membres du Cpt de renoncer à une série de privilèges, conformément à l’accord politique du 3 avril 2024.

La crise sécuritaire insoutenable engendre une crise humanitaire sans précédent en Haïti.

L’Organisation des Nations unies Onu a recensé plus de 1,600 personnees assassinées, au cours du premier trimestre de l’année 2025, et plus d’un million de personnes déplacées depuis un peu plus d’un an, en raison des violences des gangs.

Les désavantages de la désignation des gangs comme terroristes pour Haïti

Alors que la moitié de la population a besoin d’une aide humanitaire, les mesures restrictives antiterroristes, imposées par les États-Unis, pourraient impacter l’aide humanitaire et la circulation de monnaie dans le pays, estime le politologue Joseph Harold Pierre.

Haïti pourrait être isolée davantage. Cela pourrait contraindre les ressortissantes étrangères et ressortissants étrangers des organisations humanitaires à quitter le pays, tandis que d’autres pourraient hésiter à s’y engager.

Le Rnddh défend la mise en place d’exemptions, facilitant les activités humanitaires, capitales pour les plus vulnérables de la population haïtienne, ajoutant combien les agences humanitaires sont vitales pour la société haïtienne.

De nos jours, les responsables d’organisations et/ou d’entreprises doivent obligatoirement négocier avec des chefs des groupes armés, pour opérer dans certaines zones rouges, fait ressortir le Réseau national de défense des droits humains.

« Ceux, qui supportent les gangs, sont ceux qui les alimentent en argent, armes et munitions », précise-t-il. [cj emb rc apr 12/05/2025 09:20]