Par Gotson Pierre
P-au-P, 06 mai 2025 [AlterPresse] --- La décision du gouvernement des États-Unis, le 2 mai 2025, de désigner les gangs haïtiens Viv Ansanm et Gran Grif, ainsi que leurs alliés internationaux, comme des « terroristes étrangers » suscite à la fois espoir et prudence dans le pays, observe AlterPresse.
Des attentes fortes autour d’une mesure inédite
Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), applaudit cette mesure, lors d’un entretien accordé à l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 FM et en ligne.
« Nous pensons que cette disposition va faciliter, à l’État haïtien, l’acquisition de matériels et équipements aux États-Unis, afin de combattre les gangs », souhaite-t-il.
La mesure de Washington pourrait permettre également aux autorités américaines de contrôler le flot d’armes et de munitions, qui alimentent les gangs à partir des États-Unis, et de poursuivre les promoteurs et soutiens des gangs établis sur le sol américain, espère le défenseur des droits humains.
Entre janvier et mars 2025, au moins 1,617 personnes ont été tuées et 580 blessées en Haïti en raison des violences des gangs, selon les Nations unies. Le nombre de personnes déplacées internes a atteint 1,041,229 au 31 mars 2025. Sur l’ensemble de l’année 2024, plus de 5,600 personnes ont été tuées en lien avec les violences des gangs.
Après la désignation des gangs haïtiens comme des organisations terroristes étrangères, le département d’État américain a annoncé l’ouverture prochaine d’importantes enquêtes à ce sujet.
Pierre Espérance estime que les responsables haïtiens devraient saisir cette occasion pour mettre définitivement « les terroristes » hors d’État de nuire.
Un appui international, mais une réponse nationale indispensable
Dans un communiqué, le Conseil présidentiel de transition (Cpt) a salué la mesure prise par les États-Unis. Il y voit une avancée significative dans la lutte contre la criminalité transnationale, responsable de l’instabilité persistante dans le pays.
Le Cpt estime que la voie est désormais ouverte à « des actions plus concrètes », non seulement contre les chefs de gangs locaux, mais aussi contre leurs complices et soutiens à l’international.
Pour le politologue Joseph Harold Pierre, également interrogé à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, la nouvelle disposition de Washington comporte des aspects positifs, mais demeure insuffisante pour enrayer l’insécurité, qui gangrène le pays.
Selon lui, au-delà des initiatives internationales, Haïti doit impérativement renforcer sa Police nationale (Pnh) ainsi que ses Forces armées (Fad’h) pour faire face aux menaces des gangs lourdement armés.
Sanctions, enquêtes et coopération internationale
La décision américaine vise à couper les sources d’approvisionnement des groupes désignés comme terroristes. Elle empêche notamment l’accès aux armes, aux munitions et au financement à partir des États-Unis, selon des informations officielles américaines.
Avec cette mesure, toutes tentatives d’envoyer des armes ou de l’argent aux gangs haïtiens depuis le territoire américain seront considérées comme des soutiens à une organisation terroriste, a déclaré l’ambassadeur des États-Unis à Port-au-Prince, Dennis Bruce Hankins.
Cela s’applique également aux individus impliqués dans le blanchiment d’argent ou le trafic de drogues liés aux gangs.
Le Federal bureau of investigation (Fbi), la Drug enforcement administration (Dea) et d’autres agences fédérales américaines sont désormais habilités à traquer, non seulement les membres de ces groupes criminels, mais aussi leurs complices, qu’ils soient citoyens américains ou résidents aux États-Unis.
Depuis la fin de 2022, une soixantaine de personnalités des milieux politiques et du secteur privé ont été sanctionnées par les États-Unis, le Canada et la République Dominicaine pour financement présumé des gangs et le blanchiment d’argent.
L’administration américaine entend également agir sur le plan diplomatique, notamment à travers une révision des visas et l’imposition de sanctions ciblées contre toutes personnes soupçonnées de soutenir les gangs armés en Haïti.
Pour l’ambassadeur Hankins, cette initiative vise, non seulement à renforcer la sécurité d’Haïti, mais aussi celle des États-Unis et de l’ensemble de la région des Amériques.
Dans les semaines à venir, le Département de la justice américain poursuivra ses enquêtes pour identifier et sanctionner tous les acteurs impliqués dans le soutien aux gangs.
Toutefois, comme le souligne Joseph Harold Pierre, cette action internationale, aussi décisive soit-elle, ne saurait remplacer la nécessité pour Haïti de bâtir ses propres capacités de réponse sécuritaire.
Pour lui, une mobilisation nationale demeure indispensable pour reprendre le contrôle des zones assiégées par les gangs et restaurer l’autorité de l’État. « Cette option représente la seule vraie voie de sortie de la crise ». [gp apr 06/05/2025 22:00]
