Español English French Kwéyol

Criminalité : Haïti au bord d’un point de non-retour, prévient le Binuh

Par Emmanuel Marino Bruno

Nations unies, 21 avril 2025 [AlterPresse] --- Haïti s’approcherait d’un point de non-retour, au moment où la terreur et d’autres violences des gangs armés s’étendent à de nouvelles zones sur le territoire national, avertit la représentante spéciale du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu) en Haïti et cheffe du Bureau intégré des Nations unies (Binuh), l’Équatorienne Maria Isabel Salvador, lors d’un débat public au Conseil de sécurité des Nations unies sur Haïti, le lundi 21 avril 2025, auquel a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« Tout retard dans votre soutien pourrait détériorer davantage la situation en Haïti, qui risque de plonger dans le chaos total », déclare Maria Isabel Salvador, exhortant les États membres de l’Onu à rester engagés et à répondre aux besoins urgents du pays et de sa population.

Il faut également une structure de commandement stratégique et unifiée - exempte d’interférences politiques et fonctionnant sous autorité civile -, pour garantir le succès des forces de sécurité nationales.

Ces forces de sécurité nationales ont besoin d’unités anti-gangs spécialisées, de meilleurs équipements et d’une amélioration des conditions de travail, recommande la cheffe du Binuh.

« Sans une assistance internationale rapide, décisive et concrète, la situation sécuritaire en Haïti risque de ne pas changer », prévient-elle, soulignant combien les citoyennes et citoyens en Haïti sont confronté-e-s « à une vulnérabilité croissante et à un scepticisme grandissant, quant à la capacité de l’État à répondre à leurs besoins ».

Le Binuh revient sur les attaques coordonnées, depuis fin janvier 2025, des groupes criminels organisés, afin d’élargir leur contrôle territorial et de saper l’autorité de l’État.

« Ils ont ciblé Kenscoff, dernière route menant hors de Port-au-Prince, qui échappait encore à leur domination, et ont simultanément avancé vers Delmas, le centre-ville de Port-au-Prince et Pétionville - des zones auparavant préservées - aggravant ainsi la déstabilisation de la capitale ».



Les attaques se sont également propagées dans les départements de l’Ouest, du Plateau central et de l’Artibonite, révélant une stratégie visant à épuiser les forces de sécurité nationales, poursuit-il.

Une offensive des gangs armés leur a permis de prendre le contrôle de Mirebalais, où plus de 500 détenus ont été libérés le lundi 31 mars 2025.

C’est la cinquième évasion de prison en moins d’un an, un acte délibéré destiné à renforcer leur domination, à démanteler les institutions et à instaurer un climat de terreur, considère Maria Isabel Salvador

« L’ampleur et la durée de ces actes de violences ont submergé la Police nationale d’Haïti (Pnh), malgré le soutien des Forces armées d’Haïti (Fad’h) et de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas), entravant davantage les efforts de stabilisation ».

Toutes mesures futures devraient renforcer les institutions de sécurité, dans le respect de l’État de droit, sous autorité civile, et en conformité avec les normes en matière de droits humains, préconise la représentante spéciale du secrétaire général de l’Onu en Haïti.

Elle exhorte, dans ce contexte, à renforcer le soutien international à Haïti, plus crucial que jamais, notamment à travers un financement accru et une capacité opérationnelle renforcée pour la Mmas.

« Tous les États membres doivent intensifier leur soutien aux forces de sécurité haïtiennes » , en particulier à la Mmas, « non pas par choix, mais par nécessité , car aucune alternative viable ne subsiste ».

En février et mars 2025, (un nombre de) 1,086 personnes ont été tuées et 383 autres blessées.

Plus de 60,000 personnes ont été forcées de fuir ces deux derniers mois, s’ajoutant au chifrre de plus d’un million de personnes déplacées, déjà recensées en décembre 2024 par l’Organisation internationale pour les migrations (Oim). [emb rc apr 21/04/2025 15:10]