P-au-P, 15 avril 2025 [AlterPresse] --- Les principaux partenaires du travail en Haïti - patrons, travailleurs et décideurs étatiques - s’accordent sur la nécessité d’une restructuration du système de sécurité sociale ou des réformes en profondeur pour surmonter des défis relatifs notamment à la retraite.
La sécurité sociale renvoie à un régime contributif en matière de protection sociale. Une tâche qui doit revenir essentiellement à l’État, a soutenu Wilson Paulémond, représentant du gouvernement au Conseil d’administration des organes de sécurité sociale (Caoss), lors de sa participation à une édition spéciale du magazine FwoteLide sur AlterRadio/AlterPresse.
Seulement 11% des salariés en Haïti ont accès à la sécurité sociale selon la Banque mondiale dans une étude réalisée en 2012.
Le nombre de personnes, ayant reçu des prestations d’aide sociale, demeure très limitée dans le pays.
Difficultés de l’Ona
L’Office national d’assurances-vieillesse peine à rester fidèle à sa mission de permettre aux travailleurs et travailleuses de vivre dans des conditions dignes lorsqu’ils/elles sont retraités.es. L’obtention d’une pension s’accompagne de certaines difficultés et les citoyens et citoyennes se retrouvent parfois soumis.es à des restrictions.
Une situation pour le moins problématique, dont il ne faudrait pas profiter pour prétendre que l’État serait incapable de jouer correctement son rôle, dénonce Wilson Paulémond. Le représentant du gouvernement au sein du Caoss soutient que l’État est pris en otage par des forces économiques qui veulent tout contrôler.
L’influence des milieux politiques est néfaste pour les organes de sécurité sociale étatiques, décrit Wilson Paulemond, ajoutant qu’ils prennent en otage l’Ona et l’Ofatma. Ce qu’il considère comme un crime.
Paulemond appelle à cesser cette pratique afin que l’État puisse disposer de moyens pour agir positivement sur les conditions de vie de ses citoyens et citoyennes.
L’Office national d’assurances-vieillesse joue un rôle extrêmement important dans le milieu de la protection sociale en Haïti. La démocratisation des services préoccupe au même titre que la modernisation.
L’Ona est considéré comme une vache laitière au profit de deux groupes : les politiciens et une frange du secteur privé des affaires, s’insurge Fignolé Saint-Cyr, secrétaire général de la Centrale autonome des travailleurs haïtiens (Cath), lors de sa participation à FwoteLide.
« Les ouvriers sont volés. Leur argent est collecté mais n’est pas versé effectivement à l’Ona », tandis que, s’insurge-t-il, l’Ona se révèle inefficace ainsi que le Caoss, dont le pouvoir réel est mis en doute.
Des récriminations viennent également du secteur privé. Tom Adamson, membre du Conseil de l’Association des industries d’Haïti (Adih, plaide pour des réformes structurelles dans l’organigramme de la sécurité sociale en Haïti.
Tom Adamson décèle un problème de transparence au sein de l’Office national d’assurances-vieillesse. Il met en avant son cas personnel, ayant payé l’Ona pendant 22 ans sans avoir, à 73 ans, bénéficié de pension. « C’est un signe que le système de pension de l’Ona ne fonctionne pas normalement », remarque-t-il, déplorant trop d’obstacles dans le fonctionnement de l’entité.
Pour Tom Adamson, l’Ona, autant que l’Office d’assurance maladie travail et maternité (Ofatma), doit être réformé. Pour lui, les réformes doivent prendre aussi en compte les possibilités de co-existence entre l’État et le privé dans le système de protection sociale.
De nouveaux terrains à explorer
L’économiste Frédéric Gérald Chéry invite l’Ona à exploiter de nouveaux terrains, en intégrant davantage de contribuables. Le secteur informel ne doit pas être négligé. L’État peut inciter les travailleurs de ce secteur à créer leur propre mutuelle pour rejoindre l’Ona, suggère le professeur d’université. Il y a, par exemple, de la place pour les femmes de ménages et les ouvriers agricoles, argue-t-il.
L’état doit assumer ses obligations envers l’ouvrier.ère ou le/la salarié.e et garantir une gestion efficace de l’argent collecté encourage le chercheur qui intervenait à l’émission FwoteLide sur AlterRadio/AlterPresse.
Frédéric Gérald Chéry conseille à l’État de procéder à des investissements durables notamment dans le domaine des infrastructures. Un investissement conséquent, insiste le professeur.
Cela permettrait, dit-il, d’élargir les possibilités de production et d’emplois. Ce sera vital pour l’économie. Plus il y aura d’emplois, plus il y aura de revenus. En outre, les ouvriers se sentiront en confiance. Il y aura davantage d’adhésion au système de retraite, avance l’économiste.
La couverture peut également être assurée dans le milieu paysan car l’argent y circule, fait remarquer le professeur, considérant les caisses coopératives. L’État doit pousser ces travailleurs à intégrer une caisse mutuelle en établissant des politiques incitatives.
L’État peut aussi mettre en place un système pour encadrer les jeunes et les insérer dans un processus de production. La mise en place de cette disposition peut aider à combattre et prévenir la criminalité. La force de travail en Haïti doit être organisée, préconise Frédéric Gérald Chéry.
Les chauffeurs de taxis motos et camionnettes doivent également être concernés par l’assurance vieillesse et maladie. Cela favorisera d’un autre côté l’implication de ces travailleurs dans le fonctionnement de l’État, assure l’économiste et professeur d’université.
Une question de droit
C’est une violation de droits humains si l’État n’assume pas ses responsabilités envers les retraité.es. La constitution haïtienne garantit à tous les travailleurs et toutes les travailleuses le droit à la sécurité sociale, rappelle Rosy Auguste Ducénat, défenseure des droits humains et présidente de Ensemble contre la corruption.
Elle invite l’Ona à se soumettre aux principes de bonne gouvernance et à mettre en place des mécanismes de contrôle de l’efficacité des dépenses. « La justice sociale et la sécurité sociales ne marchent pas avec la corruption ».
Elle recommande de prendre des mesures contraignantes ou incitatives pour encourager les entreprises à contribuer de manière régulière et invite également à lier les plans de retraite à l’évolution du panier de la ménagère. [apr 15/04/2025 15:00]
Cet article est publié dans le cadre d’une campagne de sensibilisation sur la protection sociale, conduite par le Group Croissance.
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