P-au-P., 10 avril 2025 [AlterPresse] --- La protection sociale en santé reste un sujet de préoccupation en Haïti, en dépit de quelques avancées. Entre insuffisance et/ou inefficacité des mécanismes d’assistance et d’assurance, des mesures s’imposent pour l’amélioration des services en la matière.
En Haïti, à travers ses organes de sécurité sociale, l’Office d’assurance accidents du travail, maladie et maternité (Ofatma) et l’Office national d’assurance vieillesse (Ona), l’État doit préserver les gens d’une série de chocs économiques, de les encadrer en cas d’accident et/ou maladies, assurer leur retraite, afin d’éviter qu’ils sombrent dans la grande vulnérabilité.
Si des avancées considérables ont été enregistrées ces dernières années, notamment dans les infrastructures et équipements de soins, des efforts sont nécessaires pour un accès plus large aux services et un meilleur encadrement des salariés.
Lors d’une intervention au magazine FwoteLide sur AlterRadio/AlterPresse, le ministre des Affaires sociales et du travail, Georges Wilbert Franck, a déploré une carence dans le domaine de la sécurité sociale en Haïti et a promis des efforts de son administration pour faire face à d’autres défis dont le chômage et la réinsertion des enfants de rue.
Seulement 11% des salariés en Haïti ont accès à la sécurité sociale, indique la Banque mondiale. Quant à la sphère non-contributive, en 2012, seulement 8% de la population haïtienne et 11% des pauvres ont reçu des prestations d’aide sociale non contributives.
Georges Wilbert Franck a souligné des efforts et a parallèlement reconnu la perception négative des organes de sécurité sociale dont l’Ofatma et l’Ona.
Créé en 1967, l’Ofatma doit assurer la gestion des programmes d’assurances accidents du travail, maladie et maternité et le programme d’auto-assurance des agents de la fonction publique.Il est l’assureur légal en matière de santé dont l’action repose sur trois principes stratégiques fondamentaux : la solidarité, l’égalité d’accès et la qualité des soins.
Pour la banque mondiale, la protection sociale peut transformer la vie des gens les plus vulnérables. Elle se révèle cruciale dans un pays comme Haïti en proie à une pauvreté endémique, marquée notamment par la dégradation accélérée des conditions socio-économiques et la restriction des services sociaux, notamment les soins de santé.
Un problème cuisant est celui de la gouvernance des institutions de protection sociale en Haïti. Le ministre Franck dénonce l’influence de certains groupes ou acteurs sur les fonds des contribuables. Cette mauvaise pratique constitue un véritable obstacle pour l’efficacité de ces institutions, croit le ministre.
« Une entrave à l’intérêt de la nation car l’État ne dispose pas assez de ressources pour agir positivement sur la vie des gens ».
Il importe donc d’améliorer le cadre opérationnel et de gouvernance des structures de sécurité sociale, relève Georges Wilbert Franck.
La santé des employés demeure une priorité
La santé des employés demeure une priorité au niveau de la Chambre de commerce et d’industrie haitiano-canadienne, a relaté Gérard Laborde, mettant en exergue les initiatives de la Ccihc via le programme Rse (responsabilité sociale des entreprises). Les entreprises de la Ccihc contribuent régulièrement en payant leurs taxes, en plus d’avoir un représentant au sein du Conseil d’administration des organes de sécurité sociale (Caoss), dit-il.
Il incombe également à toutes les entreprises de verser les prélèvements sur le salaire des travailleurs aux organes de sécurité sociale de l’État. Ce qui n’est pas toujours le cas, comme le dénoncent à diverses occasions des employés. Pour le président de la Ccihc, cette réalité met à nu la faiblesse de l’État.
L’homme d’affaires, qui intervenait également sur AlterRadio, presse l’État de jouer correctement son rôle. Gérard Laborde évoque une volonté d’agir avec plus de transparence au niveau des chambres patronales, que ce soit au niveau de la Ccihc ou de l’Association des industries d’Haiti (Adih).
Repenser la protection sociale
Il faut aller encore plus loin, selon l’analyse de l’économiste Fritz Gérald Chéry. Il est nécessaire de faire évoluer le narratif de la protection sociale en Haïti. On doit repenser la protection sociale dans le pays, suggère-t-il.
Lors de sa participation au forum FwoteLide sur AlterRadio/AlterPresse, il a souligné que le thème ne fait plus partie du système de pensée haitien. Les approches sont inadéquates.
En matière d’assurance-santé, l’offre existante ne correspond pas à la demande et n’est pas adaptée aux besoins des contribuables, regrette Frédéric Gérald Chéry.
Il encourage la démocratisation de l’offre d’assurance santé, plaidant pour sa révision et son extension vers de nouveaux groupes de travailleurs et travailleuses, provenant de tous les domaines de la vie socio-professionnelle et de tous les secteurs.
Le professeur appelle à la mise en place de nouvelles structures en matière de sécurité sociale, pour pouvoir apporter des solutions appropriées à des phénomènes sociaux qui affectent la société.
Dialogue social
L’approche du professeur Frédéric Gérald Chéry sur l’inadéquation des soins de santé en matière de protection sociale en Haïti coïncide avec celle de Mirlène Joanis, responsable de programme communication en droits humains et genre au Centre de promotion des femmes ouvrières (Cpfo).
L’accès aux soins pour les ouvrières enceintes constitue un dossier assez complexe, a-t-elle soutenu à l’émission FwoteLide sur AlterRadio. Elle a souligné que l’hôpital Ofatma dans le département de l’Ouest, se trouve dans une zone de non-droit.
Elle met l’accent sur des difficultés d’accessibilité aux plans d’assurances pour les ouvrières. Elle soulève également le problème de refus des autres hôpitaux privés d’accepter l’Assurance Ofatma. Elle encourage une réforme de l’Ofatma et l’extension de la couverture des services.
La responsable de programme à Cpfo réclame un dialogue social et de la transparence entre tous les acteurs du maillon de la protection sociale, afin de faire de la santé un droit effectif, tel que le stipule la constitution haïtienne. [apr 10/04/2025 12 :00]
Cet article est publié dans le cadre d’une campagne de sensibilisation sur la protection sociale, conduite par le Group Croissance.
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