Español English French Kwéyol

Crise : Services essentiels de santé effondrés, dans un contexte d’urgence humanitaire en Haïti, relèvent le Cicr et la Crh

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 10 avril 2025 [AlterPresse] --- Le Comité international de la Croix-Rouge (Cicr) et la Croix-Rouge haïtienne (Crh) déplorent l’effondrement des services essentiels de santé, dans un contexte marqué par une grave crise humanitaire sans horizons en Haïti, dans une alerte dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Les conséquences catastrophiques de la recrudescence des violences des gangs armés de la coalition criminelle Viv Ansanm impactent sur le fonctionnement normal des hôpitaux, signalent le Cicr et la Crh.

Ces violences armées contraignent des milliers de familles à fuir leurs domiciles dans l’urgence.

Suite aux affrontements entre les gangs armés de Viv Ansanm et les forces gouvernementales, le pays est plongé dans une spirale de chaos, rendant l’accès aux services essentiels presque impossible.

« Dans les quartiers les plus touchés, les communautés manquent de tout : soins médicaux, eau potable, nourriture, sécurité. Parmi elles, de nombreux enfants, femmes, malades et blessés sont laissés sans protection, exposés à une violence quotidienne », exposent le Cicr et la Crh.

Les gangs armés ont attaqué l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (Hueh), principal centre de soins public du pays, lors de sa tentative de réouverture ainsi que l’hôpital privé Bernard Mevs.

Les services de l’Hueh ont été suspendus depuis le jeudi 29 février 2024 en raison des violences des gangs armés.

Dès l’année 2024, moins de 40 % des infrastructures de santé de la capitale opéraient normalement, avait alerté l’Organisation mondiale de la santé (Oms).

Le Cicr et la Crh signalent des difficultés d’accès à l’eau potable dans de nombreux quartiers, où les habitantes et habitants risquent leur vie pour aller la chercher, « car certains points d’approvisionnement sont situés dans des zones affectées par des affrontements armés ».

La Péruvienne Marisela Silva Chau, cheffe de délégation du Cicr en Haïti, souligne combien « tous les besoins sont urgents.

Elle fait état de paralysie des services essentiels, de la fermeture d’écoles et de l’effondrement du système de santé.

De plus, « trouver de la nourriture ou de l’eau devient un véritable calvaire, aussi bien pour les communautés déplacées que pour celles qui restent dans ces zones meurtries ».

Résurgence du choléra et explosion des violences sexuelles

Le Comité international de la Croix-Rouge et la Croix-Rouge Haïtienne relèvent une résurgence alarmante du choléra en Haïti, dans ce contexte de grave crise humanitaire.

En mars 2025, 200 cas ont été signalés à Cité Soleil (municipalité au nord de Port-au-Prince), un quartier affecté par des violences armées prolongées, ainsi que dans plusieurs camps de personnes déplacées autour de la capitale.

Une augmentation de 1,000 % des cas de violences sexuelles sur les enfants a été enregistrée, en janvier 2025, par l’Organisation des Nations unies (Onu).

Sans accès à des structures de soutien adapté, les victimes se retrouvent livrées à elles-mêmes, dans un climat de terreur et d’impunité, notent le Cicr et la Crh.

Marisela Silva Chau estime urgent de prévenir les violences sexuelles, d’assurer la protection des communautés et d’offrir une prise en charge aux victimes.

« Un soutien psychologique est indispensable pour aider les familles et les communautés à surmonter ces traumatismes ».

Un système éducatif en péril

Au moins 200 écoles ont été détruites entre 2024 et 2025, ont dénombré le Circ et la Crh.

D’autres sont occupées par des familles déplacées, qui n’ont nulle part où aller.

En outre, « des centaines de milliers d’enfants sont ainsi privés d’enseignement, un facteur qui risque d’accentuer encore plus l’instabilité à long terme ».

Au cours de l’année 2024, plus de 5,600 personnes ont été tués dans les violences des gangs armés en Haïti, ont indiqué les Nations unies.

Plus d’un million de personnes ont été également contraintes d’abandonner leurs foyers.

Intensification des violences à Kenscoff et Mirebalais

Les affrontements armés se sont intensifiés dans plusieurs zones, notamment à Kenscoff (municipalité à l’est de Port-au-Prince) en février 2025 et à Mirebalais en mars 2025.

262 personnes ont été tuées et 66 autres blessées en deux mois, lors d’attaques violentes de gangs armes perpétrées dans la commune de Kenscoff, selon un rapport publié le lundi 7 avril 2025 par les Nations unies.

Parmi les victimes, 53 % sont des civils et 47 % des individus liés aux groupes criminels, précise ce rapport.

Le lundi 31 mars 2025, une attaque menée par des membres de la coalition criminelle Viv Ansanm a entraîné l’évasion de plus de 500 détenus de la prison civile de Mirebalais, détruite par les gangs armés.

Le commissariat de police de la ville a également été incendié, causant plusieurs pertes humaines parmi les civils et les criminels. [emb rc apr 10/04/2025 10:40]

Photo : Site de l’organisation Médecins sans frontières (Msf)