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Haïti : De la violence du pouvoir au pouvoir de la violence

Par Charilien Jeanvil

P-au-P., 10 avril 2025 [AlterPresse] --- La violence continue de frayer un passage déconcertant dans la société haïtienne, alors que les responsables et acteurs politiques ne posent aucun acte fort pour désamorcer la crise.

C’est en substance le constat accablant, l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 Fm, suivie par AlterPresse, du père Marc Henry Siméon, porte-parole de la Conférence épiscopale (catholique romaine) d’Haïti, au lendemain du brutal assassinat, la semaine dernière à Mirebalais (Plateau central), de deux des Petites Sœurs de Sainte Thérèse, Sœur Evanette Onezaire et Sœur Jeanne Voltaire, par des gangs.

Cette dernière incursion des bandits lourdement armés à Mirebalais plonge dans le désarroi la communauté catholique romaine.

Le père Siméon attribue le grand malheur du pays à la pratique récurrente de la mauvaise gouvernance, à l’absence de tout projet de société et à l’inaptitude des dirigeants.

« Seule la criminalité a évolué »

De l’esclavage, imposé par les Européens à la fin du XVe siècle, à la terreur des gangs armés au XXIe siècle, en passant par la dictature féroce des Duvalier au XXe siècle, la population aura surmonté des épreuves les unes plus douloureuses que les autres.

« Seule la criminalité a évolué dans le pays. On est passé de la violence du pouvoir avec la dictature, au pouvoir de la violence, avec la barbarie des gangs », considère le révérend père Marc Henry Siméon.

Chaque jour apporte son lot de malheur et de tristesse. Il y a eu cet épisode effrayant du bébé de deux (2) mois, arraché des bras de sa mère puis jeté au feu pour être brulé vif à Kenscoff (périphérie est). Profondément troublée, la mère décède quelques jours plus tard. S’en sont suivis d’autres événements sinistres dont l’assassinat à Mirebalais de nombreuses personnes, dont deux religieuses.

« Cette situation dépasse tout entendement. Ce n’est pas une simple crise sécuritaire ou politique. Cela renvoie catégoriquement à un état dénué de toute valeur morale et humaine ».

Un sentiment de tristesse et d’impuissance s’empare de la communauté catholique romaine, sidérée et abasourdie par l’injustice et le règne absolu du mal.



Un récit glaçant

Les sœurs ont été assassinées dans leur espace de confort, où elles sont hébergées dans le cadre de leurs missions de service à la communauté.

Leurs tentatives d’échapper aux escadrons de la mort auront été vaines. Elles se sont d’abord réfugiées dans le sous-sol de leur maison, mais ont dû se raviser devant l’avancée du danger.

Ayant rejoint un autre édifice pour se réfugier, elles ont été abattues en compagnie de plusieurs membres du personnel et d’autres personnalités de la communauté religieuse.

Les malfrats les ont éliminées, alors qu’elles ne représentaient aucune menace. « Un nouveau crime gratuit ».



Appel aux autorités et aux fidèles

Après un an de l’adoption de l’Accord du 3 avril 2024, accouchant de cette transition, la situation ne fait qu’empirer. Le Conseil présidentiel de transition est invité à la sagesse. Il doit tirer un bilan et ne pas persister dans l’erreur. Car la nation est en péril. Père Marc Henry Siméon voit la nécessité de réorienter cette transition, déjà mise à mal.

La restauration des institutions s’impose pour pouvoir parler de devoir et justice, considère-t-il.

Le constat d’échec est évident. Les autorités ont failli à leur mission, s’insurge le prêtre, mettant en exergue la passivité des dirigeants, malgré l’imminence des attaques sur la population.

Le fléau de l’insécurité ne cessera pas par des actions ponctuelles. Le religieux appelle à aborder le problème de manière systématique, en bloquant l’alimentation de la violence, en neutralisant les artisans et promoteurs du crime.

Ainsi, faut=il des projets solides et des réflexions poussées.

Père Marc Henry Siméon encourage une démarche de dialogue, entre toutes les factions de la société, en vue de dégager des pistes pour sortir le pays du bourbier.

« Il incombe aux Haïtiennes et Haïtiens d’initier le processus du renouveau ».

Le porte-parole de la hiérarchie catholique romaine invite, dans la foulée, les fidèles de l’église à ne pas être passifs et naïfs, arguant que « l’espérance, prônée par l’église, se veut un acte de foi en l’avenir ».

« Il faut donc agir aujourd’hui, pour espérer un lendemain meilleur ».

Le père Marc Henry Siméon lance in fine un appel au respect de la vie et de la dignité du peuple haïtien, à la solidarité, à la vigilance et à la prière. [cj gp apr 10/04/2025 09:00]