Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 25 mars 2025 [AlterPresse] --- La bataille contre la criminalité ne peut pas être gagnée sans une synergie au plus haut niveau de l’État et entre toutes les autorités compétentes, estime la Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (Pohdh).
Toute division constitue un obstacle, précipitant l’échec des opérations sur le terrain, souligne le secrétaire exécutif de la Pohdh, Alermy Piervilus, lors de sa participation au magazine FwoteLide sur AlterRadio (106.1 Fm à Port-au-Prince, www.alterradio.org et sur toutes les plateformes en ligne) et suivi par AlterPresse.
Le militant des droits humains fait état de possibles tensions entre les autorités, notamment entre le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le directeur général de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Rameau Normil.
Ces dissensions engendreraient un manque criant de coordination dans la lutte contre la criminalité, déplore la Pohdh.
La Pohdh révèle combien l’institution policière serait divisée pour l’instant, avec une partie, qui s’allierait au chef du gouvernement, et une autre, qui aurait rejoint le directeur général de la Pnh.
Le Pohdh informe avoir soulevé le problème, lors d’une rencontre avec le Conseil présidentiel de transition (Cpt), tout en s’interrogeant sur le refus du Cpt de résoudre les différends entre « Fils-Aimé et Normil, qui semblent ne pas mesurer l’ampleur et la dimension de la gravité de la conjoncture ».
Elle invite Fils-Aimé et Normil à converger leur force pour adresser le problème crucial de la sécurité.
La Pohdh encourage, par exemple, une meilleure gestion de la task force, mise en place par le gouvernement, car une réelle volonté dans le combat contre les gangs armés passe par une meilleure coordination entre ces deux autorités.
Elle exprime ses réserves quant à l’utilisation actuelle des drones explosifs, regrettant le manque de leadership de la Pnh et des Forces armées d’Haïti (Fad’H).
Cependant, la Pohdh soutient l’idée que la Pnh explore de nouvelles stratégies pour lutter contre les gangs, tout en insistant sur la nécessité de travailler en collaboration avec les autres forces publiques en place.
Ce lundi 24 mars 2025, le directeur général ad intérim de la Pnh, Rameau Normil, n’a reçu aucun drone, a clarifié, dans une note, l’institution policière, en réponse aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, selon lesquelles la Pnh aurait récemment reçu de nouveaux équipements et matériels de drones.
Malgré cette situation, la Pnh annonce continuer de mener des opérations contre les gangs terroristes, en utilisant les moyens à disposition.
Avant de participer, le lundi 25 mars 2025, à la séance spéciale du Conseil supérieur de la Police nationale (Cspn), consacrée à la sécurité, le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le directeur général de la Pnh, Rameau Normil, ont procédé ensemble à l’inspection d’un échantillon des nouveaux équipements et matériels, dont des drones ,destinés à améliorer les capacités opérationnelles de la Pnh.
Le gouvernement réaffirme sa détermination à combattre la criminalté.
L’institution policière dispose d’un service de drones, a informé, en conférence de presse le lundi 17 mars 2025, le porte-parole adjoint de la Pnh, Lionel Lazarre, soulignant qu’une quarantaine d’agents ont été formés à la Jamaïque, avant de confirmer qu’ils sont engagés dans les opérations contre les gangs sur le terrain actuellement dans la task force du gouvernement et du Cpt.
Appel à une meilleure collaboration entre les autorités pour restaurer la sécurité
Intervenant à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, le coordonateur national du parti politique Union nationale pour l’intégrité et la réconciliation (Unir), Jean Clarens Renois, a plaidé pour une synergie entre les forces exécutives étatiques et surtout pour que la Police nationale maintienne sa répression contre les gangs, afin de libérer la population et débloquer les axes routiers.
Le parti politique Unir encourage l’usage de drones kamikazes lors des opérations de la Pnh.
Depuis le samedi 1er mars 2025, suite au lancement de la nouvelle « stratégie de munitions téléopérée » (utilissation de drones kamikazes), mise en œuvre par la task force dirigée par le Cpt et le chef du gouvernement, au moins 27 morts et une trentaine de blessés ont été recensés dans les camps des criminels affiliés à la coalition Viv ansanm, a indiqué Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), lors de son intervention à l’émission FwoteLide.
Ces événements se sont déroulés, notamment dans les zones de Delmas 6, Wharf Jérémie, Bel Air et Village de Dieu.
Le Rnndh exhorte le pouvoir en place à travailler en collaboration avec le commandant en chef de la Police nationale, pour une meilleure efficacité des opérations sur le terrain.
Drones kamikazes et appels à des interventions ciblant les chefs de gangs
Le Rnndh salue l’usage de drones kamikazes dans la lutte contre la criminalité, soulignant combien les gangs posent des actes terroristes, en kidnappant, tuant, détruisant les pharmacies, les hôpitaux, tirant sur des avions et forçant les gens à fuir leurs maisons.
« Soit ils sont tués, soit ils se rendent », insiste le Rnddh, qui encourage la légitime défense contre ceux qu’ils considèrent comme des terroristes.
Pour sa part, la Commission épiscopale justice et paix de l’église catholique romaine (Ce-Jilap) relativise les résultats obtenus avec l’utilisation de drones kamikazes.
« Les résultats sont trop limités. Les victimes ne sont que de simples soldats » fait remarquer la militante des droits humains, Jocelyne Colas, directrice exécutive de la Ce-Jilap, qui s’attend à des interventions plus musclées et élargies touchant les véritables chefs des criminels terroristes.
Préconisant d’intensifier la répression contre les bandits, via une meilleure coordination, la Pohdh suggère une réaffectation des officiers de police en détachement avec des autorités, pour renforcer la bataille contre la criminalité.
Elle incite la population à tenir le flambeau de la mobilisation pour obliger les dirigeants à assumer leurs responsabilités.
« Si les dirigeants ne peuvent pas donner des résultats, ils doivent démissionner ».
La Pohdh remet également en question l’apport réel de Mario Andrésol comme secrétaire d’État à la sécurité publique dans la lutte contre la criminalité. [cj emb rc apr 25/03/2025 10:30]
