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Plusieurs organisations soutiennent les récentes mobilisations citoyennes contre la criminalité en Haïti

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 21 mars 2025 [AlterPresse] --- Des organisations de la société civile et des structures politiques saluent les récentes initiatives de mobilisation et protestation à la capitale, Port-au-Prince, contre le climat de terreur instauré par les gangs en Haïti.

Invités à réagir au magazine FwoteLide sur AlterRadio, les défenseurs des droits humains Alermy Piervilus et Rovelson Apollon encouragent la poursuite de ces mouvements, comme la grande manifestation du 19 mars dernier à la capitale, pour forcer l’État à assumer ses responsabilités en garantissant la sécurité de la population.

C’est le cas également de l’ancien député Serge Jean Louis, qui plaide en faveur d’une nouvelle gouvernance.

Les conditions de vie se détériorent chaque jour en Haïti. La population dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans la majeure partie du pays est à bout de souffle face à un chaos permanent, exacerbé par les violences et la cruauté des gangs lourdement armés.

Un soulèvement citoyen nécessaire

Ce tableau sombre interpelle le secrétaire exécutif de la Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (Pohdh), Alermy Piervilus. Il estime qu’il est temps de déclencher une rébellion citoyenne.

Il affirme son plein soutien au mouvement de protestation initié ces derniers jours dans la capitale.

Il salue un « réveil citoyen », un signal clair envoyé aux forces organisées de la société, pour s’unir et formuler des propositions afin de contraindre l’État à prendre ses responsabilités.

Alermy Piervilus plaide pour un front commun entre les différents.es acteurs et actrices de la vie nationale. Il les invite à se joindre à la mobilisation pour pousser l’État à assurer correctement sa mission.

Le directeur exécutif de l’organisme Gardien des droits humains (Gdh), Me Rovelson Apollon, applaudit grandement cette initiative citoyenne pour obliger l’État à protéger la population.

Il déplore un danger imminent que constitue l’éventualité d’un contrôle total de Port-au-Prince par des caïds qui occupent de nombreux espaces et posent des actes très graves de banditisme.

Il dénonce dans la foulée la complicité supposée de l’État, arguant que les dirigeants seraient à la fois irresponsables, cyniques et criminels.

« Les gens sont appauvris. Ils n’ont aucun accès aux services sociaux de base. C’est la négation du droit à tout point de vue, constate l’avocat. Cette situation est la résultante d’une pratique chronique de mauvaise gouvernance. Le peuple doit retrouver sa dignité », estime le militant des droits humains.

Me Apollon accuse le Conseil présidentiel de transition (Cpt), le gouvernement et les autres entités de l’Etat, qui ont failli dans leur mission de garantir le respect des droits humains.

L’avocat plaide pour une mobilisation générale et permanente, afin de contraindre les autorités à améliorer les conditions de vie et garantir la paix sociale.

L’ancien député Serge Jean Louis, représentant de la circonscription de Marchand-Dessalines, dirigeant de la Force nationale pour la démocratie (Fnd), appuie ce mouvement déclenché par les classes populaires.

Après 11 mois de gouvernance du Cpt, tous les indicateurs sont au rouge. « Les gens sont décapitalisés et ont tout perdu », regrette-t-il.

Dénonciation de la dispersion violente de la manifestation du 19 mars par la police

Alermy Piervilus dénonce la dispersion à coups de gaz lacrymogènes et par des balles réelles, de la manifestation citoyenne par les policiers nationaux.

Au moins un mort et plusieurs blessés y ont été recensés.

La Pohdh parle d’un acte inqualifiable car la population ne faisait que réclamer ses droits.

Cette approche agressive de la Police nationale est aussi déplorée par le citoyen engagé Etzer Jean, un des initiateurs du mouvement, qui intervenait également au forum FwoteLide sur AlterRadio.

Cela témoigne, souligne-t-il, l’existence réelle de l’État et que la Pnh n’est pas au service de la population.

Il espère que les autorités mettront cette même volonté au service de la lutte contre les gangs armés sur le terrain.

Etzer Jean presse l’Etat à intervenir urgemment en faveur des milliers de déplacés notamment ceux de Carrefour-Feuilles (secteur sud-est) qui dorment actuellement à la belle étoile à Port-au-Prince.

Il réclame également des mesures concrètes pour freiner la progression des groupes armés dans la capitale.

Plus d’un million de personnes ont dû fuir leur domicile en raison de la fureur des gangs armés dans les quartiers populaires.

Plusieurs milliers vivent dans des camps dans des conditions infrahumaines alertent plusieurs organisations de la société civile.

De nouvelles promesses des autorités de la transition

Dans un communiqué en date du 20 mars 2025, le Conseil présidentiel de transition et le gouvernement disent prendre acte des revendications légitimes de la population sur la situation sécuritaire.

Ils reconnaissent les effets néfastes de l’insécurité sur la vie et le bien-être des citoyens et promis d’œuvrer pour le rétablissement de la paix, la sécurité et la stabilité dans tout le pays.

Ils mettent l’accent sur les dernières opérations dans le fief des groupes armés avec des drones et équipements modernes.

Les autorités appellent également à la collaboration de la population dans la lutte contre l’insécurité.

Parallèlement, une réunion a été organisée le jeudi 20 mars entre le coordonnateur du Cpt, Fritz Alphonse Jean, le directeur général de la Pnh, Rameau Normil, le commandant des forces armées d’Haïti, Derby Guerrier, et le commandant de la mission multinationale d’appui à la sécurité, Godfrey Otunge à la Direction générale de la police nationale à Clercine.

Il s’agissait de dégager une synergie dans la lutte contre les groupes armés sur le terrain, explique une source officielle.

Cependant, plus d’un s’interrogent sur l’absence du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, président du Conseil supérieur de la police nationale (Cspn) et de Mario Andrésol, secrétaire d’Etat à la sécurité publique. [cj emb gp apr 24/03/2025 18 :10]

Source photo : www.crisisgroup.org