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Port-au-Prince en flammes, le pouvoir en fête en Haïti. Où est le président du Cpt ?

Tribune

Par Michel Legros*

Soumis à AlterPresse le 18 mars 2025

À Fritz Alphonse Jean, Didier Fils Aimé, Normil Rameau

Alors que Port-au-Prince agonise sous l’emprise des gangs, les dirigeants regardent ailleurs. Tandis que Delmas 32 lutte pour sa survie et que les quartiers tombent comme des dominos, le président du Conseil présidentiel de transition (Cpt), Fritz Alphonse Jean, préfère s’envoler en hélicoptère pour participer aux festivités de la Saint-Joseph à Fort-Liberté.

Fritz Alphonse Jean, vous qui considérez Port-au-Prince comme la source de tous les maux d’Haïti, seriez-vous en train de laisser le chaos s’y installer pour réaliser votre rêve : l’abaissement de la capitale ? Car si ce n’est pas le cas, alors pourquoi ce silence, qui vaut un aveu ? Pourquoi cette absence sur le terrain ? Avez-vous déjà mis les pieds à Delmas 32 pour soutenir ceux qui résistent ? Êtes-vous au moins descendu à Canapé-Vert, là où les citoyens organisent eux-mêmes leur défense ? Jamais.

Alors que vous festoyez, des familles fuient sous les balles, des enfants sont arrachés à leurs foyers, des quartiers entiers de Port-au-Prince meurent.

Un Pouvoir aux Abonnés absents : où sont le Premier ministre et le Directeur général de la PNH ?

Didier Fils-Aimé, Normil Rameau, il faut être clair : si Delmas 32 tombe, c’en est fini du reste de Port-au-Prince. Et après ? Pétion-Ville suivra inévitablement. Viv Ansanm progresse avec une stratégie méthodique vers la capitale économique du pays. Pendant ce temps, où est votre leadership ? Où est votre réponse tactique et immédiate ?

Votre inaction est évidente et vous porterez la responsabilité de tous les malheurs qui frappent Haïti et son peuple.

Un peuple abandonné et trahi

Le peuple est en guerre, tandis que le pouvoir se perd dans le partage des dépouilles et des des spéculations abstraites. Capture de l’État, référendum constitutionnel, reprise de la croissance et autres balivernes. Pendant que vous rédigez vos discours, Viv Ansanm capture des territoires, impose sa loi et redessine la carte du pouvoir réel.

Alors que le CPT s’accroche aux vanités du pouvoir et de ses privilèges, le terrain appartient aux gangs.

La réalité est brutale : il n’y a pas d’État sans territoire. Si Port-au-Prince tombe, si Delmas 32 tombe, si Canapé-Vert tombe, alors ce pouvoir, retranché dans des bureaux administratifs à la périphérie, n’aura bientôt plus aucune portée.

Le leadership, c’est l’action, pas les salons feutrés

Gérer une crise depuis des hôtels de province ou des bureaux climatisés n’est pas du leadership. Le leadership, c’est être là où l’histoire se joue. Si ce gouvernement de transition veut encore prétendre diriger quelque chose, il doit descendre sur le terrain. Il doit montrer qu’il existe.

Sinon, la question ne sera plus quand Port-au-Prince tombera, mais qui viendra négocier les termes de sa reddition. Il est encore temps, mais pour combien de temps ?

Si ceux qui prétendent diriger refusent d’agir, alors le peuple doit se lever. Port-au-Prince ne peut pas tomber sans résistance. Chaque quartier, chaque citoyen doit comprendre que l’avenir du pays se joue maintenant. Il ne s’agit plus d’attendre un État absent, mais d’organiser la survie collective, de renforcer la solidarité, d’exiger des comptes. Nous devons leur réclamer notre droit à la sécurité, car personne ne viendra nous l’apporter.

C’est une question d’heures. Debout peuple haïtien.

* Analyste politique

Contact : sitwayenpourespekonstitisyon@gmail.com

Source photo : www.crisisgroup.org