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Genre : Proportions alarmantes des violences sexuelles chez les adolescentes en Haïti, relève la Sofa

Par Marie Farah Fortuné

P-au-P, 27 février 2025 [AlterPresse] --- Les violences sexuelles prennent des proportions alarmantes, particulièrement chez les adolescentes recensées majoritairement dans les départements de la Grande Anse (une partie du Sud-Ouest d’Haïti) et du Sud, indique l’organisation féministe Solidarite fanm ayisyèn (Sofa) dans un rapport bilan sur les violences faites aux femmes, couvrant la période allant de janvier à décembre 2024 et transmis à l’agence en ligne AlterPresse.

Le pourcentage de ces adolescentes, victimes de violences sexuelles et accueillies au Centre Douvanjou de la Sofa, s’élève à 93%, souligne le rapport, qui prend en compte les données collectées durant l’année 2024 par les intervenantes des centres Douvanjou fonctionnels de la Sofa, dans les départements de l’Ouest, du Sud, du Nord-Ouest et de la Grande Anse.

21.2 % de survivantes de Carrefour Feuilles (banlieue sud-est de Port-au-Prince), de Solino et de Delmas 24 (centre-ville) sont victimes de violences sexuelles et de viols collectifs.

Seulement 20% des agresseurs ont été identifiés. 11% de femmes sont diagnostiquées positives au Virus de l’immunodéficience humaine / Syndrome immuno-déficitaire acquis (Vih/Sida), expose la Sofa.

Pour l’année 2024, la Solidarite fanm ayisyèn informe avoir accueilli 1,289 survivantes de violences, dont 1,201 femmes et 88 mineures, dans 11 centres Douvanjou fonctionnels sur 21.

Les 88 mineures ne représentent que 6.82 % des survivantes, accueillies dans les centres Douvanjou, contre 93 % de femmes.

Des 88 mineures survivantes de violences, recensées dans les centres Douvanjou, 57.95 % viennent du département de la Grande Anse et 34.09% sont issues du département du Sud (Les Cayes).

Les centres Douvanjou de la Sofa sont plus fréquentés par les femmes dans les tranches d’âge entre 18 et 53 ans.

Celles, âgées de 36 à 53 ans, représentent un pourcentage de 43.52%. Les femmes comprises entre 18 et 35 ans oscillent dans les 36.30%, précise le rapport de la Sofa.

« 96.67% de cas de violences de gangs ont été recensés. Cette situation a entraîné une augmentation des cas de femmes veuves. 91.1 % de femmes sont devenues veuves dans la zone métropolitaine (de la capitale, Port-au-Prince), en raison des violences des gangs criminels ».

Leurs conjoints ont été assassinés ou portés disparus, au moment des attaques des gangs armés dans les quartiers et /ou des affrontements des gangs rivaux, mentionne l’organisation féministe.

« Les violences psychologiques et économiques sont les types de violences les plus fréquents enregistrés. Toutes les femmes sont victimes de violence psychologique. 78% sont victimes de violence économique ».

63 % des femmes avaient été contraintes de déménager en raison du niveau de violences qu’elles subissaient dans leurs quartiers, suivant une enquête menée, en mai 2023, auprès de 299 femmes et filles dans les quartiers marginalisés de Port-au-Prince.

Une (1) personne sur cinq (5) a déclaré avoir été victime de viols et 17 % ont subi des violences physiques.

« Les plus grands risques pour les femmes et les filles sont les violences sexuelles, les grossesses non désirées, le manque d’éducation, l’insécurité alimentaire et économique, l’insécurité économique et le fait d’être prises entre deux feux ».

Dans une note publiée en janvier 2025, l’organisation Médecins sans frontières (Msf) a informé avoir reçu, en 2024, plus de 4,400 victimes de violences sexuelles.

Recommandations de la Sofa

La Sofa demande de responsabiliser l’État haïtien dans la prise en charge des survivantes de violences, en exigeant une subvention aux organisations qui accompagnent les victimes, conformément aux dispositions de la Convention Belem do Para [1].

Il faut également mener une campagne systématique autour de la question de la sécurité et de la paix, en se focalisant sur le contrôle des armes (propriétaires, permis).

Les instances judiciaires et policières doivent rechercher les évadés de prison de mars 2024 particulièrement, et prendre des dispositions pour leur réincarcération, préconise-t-elle.

Elle encourage à conduire un plaidoyer, auprès des instances compétentes, autour de la médiation pénale, qui semble s’ériger en règle, notamment en cas de viols.

Il convient de dénoncer, sur la base d’observations du déroulement des assises, les décisions des juges qui semblent être motivées, entre autres, dans les cas d’agressions sexuelles, et de porter plainte au niveau du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj), exige l’organisation féministe.

Réaliser un plaidoyer auprès des officiers d’état civil pour s’assurer de l’harmonisation de l’acte de naissance avec la loi traitant de la paternité et filiation, responsabilisant les deux parents, mener une campagne systématique auprès des médias et des juges de paix sur le vocable « crime passionnel », qui est en contradiction avec le décret de 2006 modifiant le code pénal, notamment les dispositions relatives au crime excusable, figurent parmi les recommandations faites par la Solidarite fanm ayisyèn (Sofa). [mff emb rc apr 27/02/2025 12:25]


[1La Convention interaméricaine pour la prévention, la sanction et l’élimination de la violence contre la femme (Convention de Belém do Pará) est un traité international de la Commission interaméricaine des femmes (Cim) de l’Organisation des États américains (Oea), signé lors d’une conférence tenue à Belém, au Brésil, le 9 juin 1994.

Il s’agit du premier accord intergouvernemental à contraindre juridiquement les États signataires ainsi qu’un cadre politique et stratégique pour l’adoption de lois et de politiques coordonnées et la mise en œuvre de la criminalisation de toutes les formes de violence à l’égard des femmes, en particulier la violence sexuelle.

Historique

À la fin des années 1980, le viol de guerre par les régimes officiels d’El Salvador, d’Haïti, du Pérou et d’autres états d’Amérique latine est révélé, tandis que le tabou autour de la violence conjugale tombe progressivement, forçant les politiques à aborder la lutte contre la violence faites aux femmes au premier plan du discours public. Alors que la plupart des dictatures militaires tombent en Amérique latine au cours de la Troisième vague de démocratisation (1978-1995), les femmes commencent à faire pression sur leurs gouvernements civils, afin qu’ils s’en prennent à la violence systémique dirigée contre elles.

En 1988, la Commission interaméricaine des femmes suit son modèle de création de normes internationales pour faire pression en faveur d’un changement gouvernemental national. À cette fin, la commission rédige une convention interaméricaine axée sur la violence à l’égard des femmes et prévoit une réunion consultative spéciale en 1990. La consultation interaméricaine de 1990 sur les femmes et la violence est la première réunion diplomatique de ce type. Lors de la réunion, les participants évaluent la question de la violence sexiste et organisent ensuite deux réunions intergouvernementales d’experts pour aider à clarifier les questions lors de la rédaction de la proposition de convention. L’instrument final, qui deviendra la Convention de Belém do Pará de 1994, est le premier traité à se concentrer explicitement sur la violence à l’égard des femmes. Il est présenté lors d’une Assemblée spéciale des délégués de la Cim en avril 1994, qui l’approuvent et entérinent sa soumission à l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains. Elle est adoptée à Belém, au Brésil, le 9 juin 1994, et ratifiée par 32 des 34 États membres de l’Oea. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_de_Bel%C3%A9m_do_Par%C3%A1