Español English French Kwéyol

Criminalité : La commune de Carrefour sous le contrôle total des gangs armés depuis avril 2024 en Haïti

Carrefour (Haïti), 18 février 2025 [AlterPresse] --- Depuis avril 2024, la commune de Carrefour (à plus de 15 km au sud de la capitale, Port-au-Prince) est totalement occupée par des gangs armés, déplore l’ancien agent exécutif intérimaire de ladite commune, Jude Édouard Pierre, lors d’une interview à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.

« La situation sécuritaire à Carrefour est catastrophique et gravissime. Il n’existe pas de présence policière depuis le 18 avril 2024, de tribunaux, ni de mairie dans cette commune dirigée par les gangs armés », souligne-t-il.

De plus, les citoyennes et citoyens sont taxés par les groupes armés à Carrefour, où les écoles et les banques commerciales continuent de fonctionner.

La vie et les biens de la population dépendent d’un chef de gang, rapporte Jude Édouard Pierre.

Il demande à l’État central d’agir pour permettre le retour des autorités dans la commune.

Le jeudi 18 avril 2024, au moins 5 personnes, dont un policier national, ont été tuées par balles, lors d’une attaque de bandits armés à Waney 93, dans la commune de Carrefour, provoquant la paralysie des activités commerciales et scolaires.

Depuis juin 2021, le quartier Martissant est bloqué et isolé à cause de la bataille, qui s’est déclenchée entre trois (3) groupes armés de Ti Bwa, Gran Ravin et Village de Dieu.

Il y a eu, par la suite, une trêve dans les conflits opposant ces gangs armés rivaux.

La commune de Carrefour fut prise en sandwich, suite à la perte de Mariani en 2023, relate l’ancien agent exécutif intérimaire de Carrefour.

Les actes de violences et de criminalité, perpétrés depuis le mercredi 1er novembre 2023, par des gangs armés dans le quartier de Mariani et ses environs ont contraint 507 ménages, comprenant 2,487 personnes, à laisser leurs résidences, a dénombré l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), dans une note.

« Je ne vois pas comment l’État arriverait à reprendre le contrôle de Carrefour des mains des gangs, à moins d’entamer des négociations et de réactiver la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion (Cnddr) », se désole Jude Édouard Pierre.

« La situation de Carrefour est, à présent, très compliquée. Chaque quartier a un chef de gang qui le dirige. Il y a plusieurs groupes armés et des postes de péages un peu partout »



Il faudrait utiliser la Cnddr et la police communautaire pour mener des expériences pilotes à Carrefour, visant à encourager les gangs armés à déposer les armes et à renoncer à leurs manœuvres criminelles, suggère Jude Édouard Pierre.

En conseil des ministres, le mercredi 12 février 2025, le gouvernement a annoncé avoir pris la décision de redynamiser la Cnddr, en vue de renforcer les institutions compétentes et de mobiliser tous les moyens nécessaires à l’obtention de résultats concrets et durables, en matière de sécurité en Haïti.

La réactivation, en 2017, de la Cnddr, sous l’administration de l’ancien président Jovenel Moïse, n’a pas empêché la prolifération des groupes de gangs armés dans le pays.

Au lieu de cela, ils se sont fédérés sous la proposition de la Cnddr, devenant plus puissants dans le pays.

L’ancienne cheffe du Bureau intégré des Nations unies (Binuh), l’Américaine Helen Meagher Lalime, avait applaudi, en 2022, la fédération des gangs armées G9 an fanmi e alye, qui aurait contribué, selon elle, à une baisse du taux des actes de kidnapping.

Malgré la présence d’une Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti, depuis juin 2024 pour aider la Police nationale d’Haïti à combattre les gangs, le climat de terreur se cesse de se détériorer au quotidien.

Plus de 5, 600 personnes ont été tuées au cours de l’année 2024 dans les violences des gangs armés en Haïti, selon les Nations unies. [mff emb rc apr 18/02/2025 11:45]