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Criminalité : Plus de 150 personnes assassinées par les gangs à Kenscoff, la Fjkl dénonce le comportement « cynique » des autorités en Haïti

Kenscoff (Haïti), 06 février 2025 [AlterPresse] --- Plus de 150 personnes ont été tuées dans le massacre perpétré, du lundi 27 au jeudi 30 janvier 2025, par des bandits armés de la coalition criminelle Viv Ansanm, dans la commune de Kenscoff (à l’est de Port-au-Prince), dénombre l’organisation des droits humains Fondasyon je klere (Fjkl), dans un rapport dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

La Fjkl fustige « le comportement irresponsable, voire désinvolte et cynique », des autorités en place, qui ont timidement réagi pour contrer la menace d’attaques des gangs armés, annoncées depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux avant le massacre.

Elle condamne le bafouement du droit à la vie, à l’existence, à la dignité humaine, à la sécurité, à la sûreté publique comme la protection des biens de la population civile sans défense.

« L’État a, une fois de plus, failli à sa mission et a manqué à ses obligations, sans avoir le courage de tirer les conséquences logiques, qui s’imposent dans de si graves situations ».

De plus, aucune mesure préventive n’a été prise par la Police nationale d’Haïti (Pnh), qui a banalisé les menaces.

Il n’y a eu aucune résistance de la part de la police, lors de l’attaque des bandits perpétrée dans la nuit du dimanche 26 au lundi 27 janvier 2025, plus précisément aux environs de 3:00 a.m, (8:00 gmt) à Kenscoff, en dépit des alertes, déplore la Fjkl.

Un seul véhicule de police a été remarqué dans la zone, quelque temps après les attaques des gangs armés.

Le commissaire Jean-Robert Charles, responsable du commissariat de police à Kenscoff, a minimisé la menace, la qualifiant d’intoxication, regrette la Fjkl déclarant disposer de deux enregistrements audios, vérifiés comme étant authentiques du commissaire de police, adressés à son supérieur hiérarchique quelques heures avant le massacre.

Plus de 150 morts, dont une mère et ses 6 enfants brulés vifs

Le massacre à Kenscoff a fait plus de 150 morts et des dizaines de blessés.

Quoi qu’il en soit, les autorités locales parlent d’une quarantaine de personnes tuées, selon la Fjkl.

« En arrivant sur place, les bandits ont contraint les gens à ouvrir leurs maisons. Ils ont pillé les maisons avant de les incendier, de torturer ou tuer des gens. Ils se sont installés dans certains bâtiments, désormais utilisés comme leurs bases. C’est le cas du local de l’Église Baptiste Conservatrice de Kikwa », décrit l’organisation Fondasyon je klere.

Les bandits armés ont particulièrement brulé vifs une mère, Cerilis Paul, et ses six (6) enfants.

« Dans la zone de Kikwa, Madame Jeannot Innocent, Monsieur et Mme Elisma Innocent, Victor Laurenssaint, Nicolas Choute, avec elle deux autres dames qui priaient dans une maison, sont brulées avec la maison ».

Le pasteur Philius Leris, habitant de Kikwa, a été tué dans la zone de pomme de terre.

Les bandits armés ont tué 16 personnes à Bongard,, 4 à Belot et 3 à Gode (Godèt).

Des familles de six ou dix membres ont été tuées.

Un membre du groupe d’autodéfense de Fort Jacques, qui apportait son concours à la population, a été assassiné à Gode par les bandits armés.

Plus d’une centaine de maisons ont été incendiées par les malfrats dans la commune de Kenscoff.

3,500 personnes déplacées internes ont pris refuge dans des conditions difficiles sur le seul site de la mairie de Kenscoff.

Une psychose de peur s’installe au niveau de la commune, où toutes les écoles sont fermées, rapporte la Fjkl.

Utilisation de drones dans l’attaque planifiée des gangs contre Kenscoff

Il s’agissait d’une attaque bien planifiée, car les bandits ont sillonné la commune, avec des drones d’observation, pour mieux préparer leurs assauts, relève l’organisation Fondasyon je klere.

« Ils sont arrivés à pied et à motocyclettes. Ils avaient des antennes sur place. Ils ont pris plusieurs itinéraires pour atteindre Kenscoff : de Berly (section communale de Carrefour), ils ont atteint à pieds, en descendant la montagne, Kafou Bèt (localité de Bongard, commune de Kenscoff) », détaille la Fjkl.

« Les bandits, qui arrivaient à motos, sont sortis de Procy (commune de Carrefour), passant par Clémenceau pour atteindre Belot, autre localité de Bongard,dans la commune de Kenscoff », ajoute-t-elle.

L’évadé de prison Frantzy Valmé, un acteur clé dans le massacre à Kenscoff

Indexé dans la tentative, qui a échoué le 2 décembre 2024, des bandits de Viv Ansanm de prendre le contrôle de Pétionville, l’évadé de prison Frantzy Valmé, alias Didi, serait un acteur clé dans les attaques contre Kenscoff.

Ces assauts viseraient à permettre aux gangs armés d’élargir leurs territoires aux fins de rendre la commune de Pétionville vulnérable pour leur prochaine attaque, signale la Fjkl.

En plus de Frantzy Valmé, alias Didi, les noms de Andressaint Deno, Pierre Fils Orvil, Lucner Deno, Monteclair et Fito sont revenus avec insistance dans les témoignages, recueillis par l’organisme de défense des droits humains.

Maigre bilan des opérations de la Pnh

Lors d’opérations menées à Kenscoff après le massacre, la police a informé avoir pu saisir un fusil et un revolver de calibre 9 mm et une radio de communication.

216 cartouches, 29 bonbonnes de gaz lacrymogène et plusieurs chargeurs ont également été confisqués.

Plusieurs bandits auraient été tués, mais il n’y a eu aucune arrestation dans le camp des bandits.

De faibles dispositions institutionnelles

Le samedi 25 janvier 2025, un couvre-feu a été mis, de 9 heures du soir à 6 heures du matin (11:00 gmt), par le conseil exécutif intérimaire de la commune de Kenscoff, qui a aussi limité la circulation de motocyclettes dans la zone.

Le jeudi 23 janvier 2024, les autorités municipales ont alerté officiellement la police de l’imminence d’une attaque, face à la menace de plus en plus grandissante sur les réseaux sociaux et la présence de plus en plus suspecte d’individus armés à Kenscoff.

L’organisation de défense des droits humains recommande la prise en charge des victimes du massacre, l’accompagnement des personnes déplacées internes provoqués par le massacre à Kenscoff, le rétablissement de l’ordre public dans la commune de Kenscoff, l’arrestation des massacreurs et complices identifiés et leur jugement.

La Fondasyon je klere (Fjkl) exige également le démantèlement des gangs armés pour prévenir de nouveaux massacres en Haïti. [emb rc apr 06/02/2025 11:10]