P-au-P, 05 février 2025 [AlterPresse] --- De graves violations de droits humains, y compris des violences sexuelles sur de jeunes filles et femmes, se multiplient sur le territoire national, notamment dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, dénonce le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), dans un rapport trimestriel, couvrant la période d’octobre à décembre 2024 et publié le lundi 3 février 2025, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.
Le Binuh relève une situation des droits humains toujours très alarmante en Haïti.
Entre le 1er octobre et le 31 décembre 2024, plus de 1,700 personnes ont été tuées et plus de 400 autres blessées dans les violences des gangs armés et des actions des groupes d’autodéfense, ainsi que dans des opérations de la Police nationale d’Haïti (Pnh), selon l’organisation onusienne.
Pour cette même période d’octobre à décembre 2024, le Binuh relève trois (3) massacres perpétrés par les gangs armés, qui ont causé plus de 300 morts, dans le quartier de Wharf Jérémie (commune de Cite Soleil), les vendredi 6 et samedi 7 décembre 2024, ainsi que dans la localité de Pont Sondé (commune de Saint Marc), à l’aube du jeudi 3 octobre 2024 et dans la commune de Petite Rivière de l’Artibonite, les mardi 10 et mercredi 11 décembre 2024, dans le département de l’Artibonite.
Au cours de l’année 2024, plus de 5,600 personnes ont ainsi été tuées et plus de 2,200 autres blessées en Haïti, rappelle le Binuh.
D’octobre à décembre 2024, au moins 431 personnes ont été enlevées contre rançons par les gangs armés, portant le nombre total d’enlèvements à environ 1,500 en 2024, ajoute-t-il.
Les membres de gangs continuent à violer et exploiter sexuellement des femmes et des jeunes filles ainsi qu’à recruter de jeunes garçons, afin de renforcer leur contrôle criminel sur les communautés, signale le Bureau intégré des Nations unies en Haïti.
Au cours du quatrième trimestre de 2024, au moins 771 personnes ont été tuées ou blessées lors des opérations de maintien de l’ordre contre les gangs armés.
« Parmi ceux-ci, 38 % étaient des résidents, qui ont souvent été atteints par des balles perdues dans les rues ou ayant traversé leurs habitations ».
La Police nationale indexée dans des exécutions sommaires
Le Binuh fait aussi état d’exécutions sommaires, qui auraient été commises par des éléments de la Police nationale d’Haïti.
« Au moins 80 personnes auraient été tuées dans ces circonstances, au cours de ce quatrième trimestre 2024, portant le total à 281 pour l’année 2024 », précise-t-il.
« Parmi les victimes, figurent des individus accusés d’être affiliés aux gangs, mais aussi des chauffeurs de motos-taxis et des vendeurs ambulants, qui n’ont pas été capables de fournir un document d’identité ou de justifier leur présence dans certains quartiers au moment de leur arrestation ».
L’organisation onusienne déplore le fait qu’aucune mesure n’a été prise par l’Inspection générale de la police (Igpnh) pour identifier les éléments de la police, impliqués dans les exécutions sommaires.
Depuis le début du processus de vetting au sein de la Police nationale d’Haïti, en juin 2023, aucun policier n’a fait l’objet d’une enquête approfondie d’antécédents, regrette-t-elle.
Le Binuh recommande au gouvernement haïtien d’établir, par décret, l’installation des pôles judiciaires spécialisés, pour lutter contre les crimes de masse, y compris les violences sexuelles, et les crimes financiers.
Il faut, avec le soutien de la communauté internationale, accélérer la mise en œuvre effective du processus de vetting au sein de la Police nationale et traduire en justice les policiers accusés d’être impliqués dans des violations graves des droits humains.
Le Binuh demande au gouvernement haïtien de mettre en place, avec le soutien de la communauté internationale, un programme de réhabilitation et de réinsertion des mineurs recrutés dans les gangs armés. [emb rc apr 05/02/2025 10:45]
Photo : Site de l’organisation internationale Human Rights Watch
