P-au-P, 24 janv. 2025 [AlterPresse] --- « L’expansion territoriale de ces gangs armés résulte d’une action calculée, plutôt que d’une violence arbitraire, dans le but de contrôler les ressources, en collaboration avec les élites politiques et économiques », met en garde la directrice exécutive de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), l’Égyptienne Ghada Fathi Waly, dans une intervention à une réunion de l’Organisation des Nations-unies (Onu), tenue, le mercredi 22 janvier 2025, à New York (États-Unis d’Amérique), sur les enjeux de sécurité en Haïti et dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.
L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc) dénonce, ainsi, les tentatives des gangs armés, avec la complicité de certaines élites politiques et économiques, de contrôler les ressources d’Haïti.
L’emprise de ces groupes criminels sur le pays serait facilitée par le trafic illicite d’armes, de drogues et autres ainsi que par la corruption et le blanchiment d’argent, souligne le rapport de l’Onudc.
L’embargo sur les armes et munitions n’a pas permis de bloquer leur trafic en Haïti et d’éviter qu’elles tombent entre les mains des gangs, déplore la directrice exécutive de l’Onudc, relevant un changement d’itinéraire de ce trafic.
« Au cours de la période considérée, les saisies d’armes ont été principalement signalées à Port Everglades, et non à Miami, alors qu’en Haïti la plupart de ces saisies ont été signalées au Cap-Haïtien, et non à Port-au-Prince ».
L’Onudc réclame des dispositions pour enregistrer, contrôler et tracer les armes et les munitions en Haïti, y compris les armes saisies et les stocks privés.
Il faut aussi renforcer les contrôles maritimes et terrestres entre Haïti et la République Dominicaine, grâce à des équipements, des ressources humaines et un meilleur partage des informations, recommande-t-il.
« Des contrôles plus stricts sont nécessaires sur les navires, qui quittent la Floride pour Haïti, mais aussi aux Bahamas et aux Îles Turks & Caicos, devenus points de transit ».
Une résolution, concernant l’embargo sur les armes en Haïti pour empêcher la fourniture d’armes à des acteurs non étatiques, ainsi qu’un gel ciblé des avoirs et des mesures d’interdiction de déplacement, a été reconduite, le 19 octobre 2023, par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu).
Le 21 octobre 2022, l’Onu a imposé un régime de sanctions sur Haïti, impliquant un embargo sur les armes, un gel ciblé des avoirs et une interdiction de voyager, ciblant des personnes et entités, qui soutiennent des activités criminelles et les actes de violences des groupes armés et des réseaux criminels en Haïti.
Un réseau criminel contrôle le trafic de drogue depuis les années 1980
« Au cours des dernières décennies, Haïti est devenue une plaque tournante du trafic de drogue. Les preuves suggèrent qu’un petit groupe d’individus conserve une influence considérable sur ce commerce depuis les années 1980 », déclare, par ailleurs, la directrice exécutive de l’Onudc, Ghada Fathi Waly.
L’Onudc estime impératif de démanteler ce réseau profondément enraciné, composé d’anciens militaires haïtiens, d’agents des forces de l’ordre, de membres du parlement et d’hommes d’affaires, opérant en Haïti et aux États-Unis, ainsi que dans d’autres pays de la région des Amériques.
Des rapports mentionnent des personnalités politiques et du secteur privé, qui utiliseraient l’industrie des anguilles de mer et autres espèces sauvages pour blanchir les revenus de la drogue, rappelle l’Onudc, préconisant d’aider les autorités haïtiennes à s’attaquer à ce problème.
Dénonciation des massacres horribles des gangs armés en Haïti
L’Onudc condamne les massacres horribles des gangs armés, dont la tuerie de 115 personnes par le gang Gran Grif, à l’aube du jeudi 3 octobre 2024, à Pont Sondé, dans le département de l’Artibonite, ou encore l’exécution, les vendredi 6 et samedi 7 décembre 2024, de plus de 200 personnes dans le quartier de Wharf Jérémie, dans la commune de Cité Soleil.
Les gangs armés, qui occupent environ 85% de la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, recourent à des tactiques de plus en plus brutales, note-t-il.
Leurs actions criminelles ont poussé des milliers d’Haïtiennes et d’Haïtiens à fuir le pays ainsi qu’à la fermeture de l’aéroport international de Port-au-Prince depuis novembre 2024.
En 2024, plus de 5,600 personnes ont été tuées en Haïti, à cause des violences de ces groupes criminels, selon les Nations unies.
L’Organisation internationale pour les migrations (Oim) a enregistré plus d’un million de personnes déplacées par la terreur des gangs armés dans le pays, de janvier 2023 à décembre 2024. [emb rc apr 24/01/2025 10:30]
