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Criminalité : L’Onu face à des appels croissants pour une mission de paix en Haïti

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 23 janv. 2025 [AlterPresse] --- En dépit de quelques réserves exprimées par certains, une majorité de pays membres de l’Organisation des Nations unies (Onu) ont lancé des appels de plus en plus insistants pour transformer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en une mission de paix de l’Onu, lors d’une réunion sur la crise en Haïti, au siège des Nations unies à New York (États-Unis d’Amérique), dans l’après-midi du mercredi 22 janvier 2024, suivie par AlterPresse.

La transformation de la Mmas permettrait de la renforcer sur les plans financier et logistique, estiment-ils, lors des débats dominés par cette question.

La Mmas, sous-financée et sous-équipée

La mission actuelle reste gravement sous-financée et sous-équipée, alors que les violences des gangs armés continuent de faire peser « une menace existentielle », relève le titulaire du Ministère des affaires étrangères et des cultes (Maec) d’Haïti, Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, lors de son intervention à l’Onu.

De plus, la mission ne dispose pas du support aérien, nécessaire lors de ses opérations, sachant, en plus, que certains de ses équipements ne sont pas adaptés à la réalité.

Le chancelier haïtien a réitéré sa demande de transformation de la Mmas en une mission de maintien de la paix des Nations unies, dotée d’un mandat clair, de ressources adéquates et d’une expertise renforcée.

« Sans être exhaustif, ces quelques limitations entravent sa capacité opérationnelle à répondre efficacement à l’intensité des défis sécuritaires que nous connaissons », explique Harvel Jean-Baptiste, affirmant que cette transition constitue à la fois une nécessité logistique et une exigence stratégique « pour répondre aux menaces multiples, qui pèsent sur notre pays ».

Appuyé par les représentants du Panama et du Kenya, le représentant de la France invite à « répondre à la demande, exprimée par Haïti, de considérer une transition de la mission multinationale vers une opération de maintien de la paix dès que possible ».

La France plaide en faveur d’un plus grand engagement des Nations unies, convaincue que ces dernières peuvent apporter une expertise stratégique et opérationnelle, ainsi qu’un soutien logistique essentiel.

La France informe avoir augmenté ses contributions à hauteur de 10 millions de dollars (Ndlr : US $ 1.00 = 131.00 gourdes ; 1 euro - 137.00 gourdes ; 1 dollar canadien - 91.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui). dédiés en partie aux formations pré-déploiement en Français et en Créole.

Le représentant du Kenya a affirmé que son pays « est prêt à assurer un rôle de leadership et à déployer du personnel supplémentaire lors de cette transition ».

Pour sa part, le ministre des affaires étrangères de la République Dominicaine exhorte l’Onu à assumer « un rôle plus efficace et plus direct » dans le rétablissement de la paix en Haïti, en accompagnant les autorités haïtiennes.

Au nom de la Communauté des Caraïbes (Caricom), le représentant du Surinam dit appuyer la transition vers une mission de paix de l’Onu « avec un soutien accru et un financement durable », reconnaissant combien la Mmas est, en effet, « sous-équipée, sous-financée et sous-armée ».

« Cette transition est capitale pour permettre aux Haïtiennes et Haïtiens de reprendre le cours de leur vie sans peur et d’améliorer la confiance en l’État haïtien ».

Tout en pointant la dégradation de la situation sécuritaire, le représentant de la République de Corée du Sud a évoqué des contraintes financières, qui empêchent principalement cette mission de répondre aux attentes.

Le représentant de la République de Corée du Sud annonce avoir donné 10 millions de dollars la semaine dernière au Fonds d’affectation spéciale en faveur de la Mmas, autorisée par le Conseil de sécurité de l’Onu, le lundi 2 octobre 2023, pour venir aider à combattre les gangs armés en Haïti.

218 policières et policiers kenyans (213 hommes et 5 femmes) sont venus renforcer la force multinationale en Haïti, dont les résultats sur le terrain sont vivement critiqués et qui est confrontée à d’importants défis financiers et logistiques.

La Russie et la Chine maintiennent leurs réserves

« C’est seulement après avoir pleinement atteint le potentiel de la Mission multinationale qu’il sera possible d’évoquer toute adaptation de la présence internationale en Haïti », avance le représentant de la Fédération de Russie, appelant les donateurs à fournir les contributions promises, aux fins du déploiement complet de la Mmas.

Comme la Russie, le représentant de Guyana juge également crucial le déploiement intégral du personnel de la Mmas, invitant de préférence les pays à honorer les engagements pris.

« Les États-Unis ont été à l’initiative de la création de la Mmas. Ils sont donc responsables, au premier chef, des obligations financières découlant de son mandat », fait remarquer le représentant de la Chine, pointant la responsabilité des gouvernements américains dans le sort actuel d’Haïti et de son peuple.

En 2024, plus de 5,600 personnes ont été tuées en Haïti, à cause des violences de ces groupes criminels, selon les Nations unies.

Plus d’un million de personnes sont déplacées par la terreur des gangs armés dans le pays, de janvier 2023 à décembre 2024, d’après l’Organisation internationale pour les migrations (Oim). [emb rc apr 23/01/2025 11:10]