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Haïti-Crise : Vers une reconfiguration du Conseil présidentiel de transition ?

Par Charilien Jeanvil

P-au-P., 24 déc. 2024 [AlterPresse] --- Exacerbés par la gravité de la crise multidimensionnelle, des organisations de la société civile, des regroupements politiques et citoyens.nes engagés exigent du changement au plus haut niveau du pouvoir en place en Haïti.

Après 8 mois en poste, le Conseil présidentiel de transition peine à délivrer. Entre son incapacité d’adresser le problème de l’insécurité galopante et son implication dans des scandales de corruption, le constat d’échec est clair.

Plusieurs représentants des secteurs signataires de l’Accord du 3 avril 2024, ayant accouché de cette transition, ont fait part de leur déception, lors d’interventions successives à l’émission FwoteLide sur AlterRadio (106.1 fm à Port-au-Prince et sur le web), suivies par AlterPresse.

Magali Comeau Denis du bureau de suivi de l’Accord de Montana croit qu’il faut repenser la gouvernance de la transition afin de sortir le pays du marasme.

L’ancienne ministre de la culture et de la communication dresse un bilan catastrophique de l’équipe en place, décelant une continuation des agissements perfides des régimes précédents.

Magali Comeau Denis a dénoncé la trahison des membres du conseil présidentiel de transition. Elle a évoqué 8 mois d’échec et de gouvernance opaque du Cpt, dans un déni total du cadre et des mécanismes définis pour la transition. Au lieu de réduire le train de vie de l’État, de nommer des gens compétents sur la base des recommandations des structures établies, ils (les conseillers présidentiels) se battent pour des postes, a fustigé Magali Comeau Denis.

Elle condamne l’indifférence du pouvoir en place et l’insouciance des conseillers devant la misère de la classe populaire, en proie à la souffrance, aux conditions inhumaines et aux massacres.



Revenir à la proposition initiale d’un Conseil de 3 membres ?

La représentante de l’Accord Monata plaide pour l’intégration de nouveaux citoyens, intègres, honnêtes et responsables dans la gestion du pays. Elle propose la formule collégiale de trois (3) membres au minimum, cinq (5) au maximum. Elle fait état de discussions entre les différents secteurs et l’ensemble des organisations pour la matérialisation et l’adhésion à ces propositions.

Magali Comeau Denis ne partage cependant pas l’option d’un représentant pour chaque secteur.

La priorité, selon elle, consiste à la mise en place des structures pour adresser les problèmes du pays, soulevant la nécessité de rendre effectif l’Organe de contrôle de l’action gouvernementale (Ocag).

Elle appelle à l’implication de secteurs conséquents et de personnalités conscientes de la gravité de la situation, interpellant la « majorité silencieuse » à sortir de sa frayeur.

Les avis divergent, du moins légèrement

La résolution du problème ne passe pas forcément par un changement du Conseil présidentiel de transition soutient le Dr Jean Hénold Buteau de l’Accord de Montana.

S’il ne voit pas la pertinence du remplacement du Cpt actuel, il affirme que les 3 membres inculpés doivent être mis de côté. Il en profite pour interpeller les autres membres à faire un geste en ce sens. Il n’est pas favorable non plus au maintien des membres observateurs, rappelant que dès le départ la proposition de gouvernance était fixée à 5 membres et non à 7 ou 9.

Dr Jean Hénold Buteau appelle parallèlement les acteurs en place à identifier les antagonismes, pour mieux adresser le problème, faisant remarquer que la politique est l’expression des antagonismes à l’intérieur d’une organisation sociale.

Il expose un double enjeu à analyser : l’irruption des masses populaires sur la scène politique et l’émergence de nouvelles forces au sein de l’oligarchie.

Le Cpt reflète l’expression du déchirement qu’il y a dans le pays, la polarisation extrême, de l’avis de Dr Jean Hénold Buteau.

Les dissensions sont donc normales, mais Dr Buteau attribue à un déni démocratique le rejet du Conseiller Fritz Alphonse Jean par l’Accord Montana, arguant que l’économiste est le représentant le plus légitime au Cpt, tout en rappelant que les rapports n’ont pas été construits sur la base de soumission.

Dr Buteau reconnaît tout de même une sorte d’unilatéralité et d’opacité dans la gestion du représentant de l’Accord Montana au conseil présidentiel de transition.



La question de l’insécurité, au cœur du débat politique

Le Dr Jean Hénold Buteau n’est pas contre la formule de Fritz Jean pour contrecarrer l’insécurité. Le budget de guerre proposé par le conseiller-président doit être assorti d’assises sur la sécurité, ajoute Dr Jean Hénold Buteau, qui a rappelé que l’Accord Monata avait initié des démarches en ce sens.

Il conseille le pouvoir en place à poursuivre ces stratégies consistant à déterminer des balises, assurer le suivi fiscal, contrôler les douanes, couper les sources d’argent et d’approvisionnement des groupes armés.

Il faut adresser le problème avec doigté, recommande Dr Buteau, mettant l’accent sur l’investigation des forces de l’ordre et l’investigation de patrimoine des acteurs étatiques, à travers des dispositifs légaux.

La société doit s’organiser pour éradiquer le phénomène de gangstérisation du pays soutient Dr Jean Hénold Buteau, qui constate une contradiction difficile à résoudre.

La proposition d’un budget de guerre pour mieux aborder le fléau de l’insécurité est arrivée trop tard de l’avis de Magali Comeau Denis. Cette proposition est de la manipulation, juge Magalie Comeau Denis, arguant qu’en 8 mois Fritz Jean n’a fait preuve d’aucune réelle volonté de résoudre le problème de l’insécurité.

La dirigeante du groupe de Montana fait remarquer que l’ancien gouverneur de la banque centrale a dédaigné des suggestions du board de l’Accord Montana, de restituer l’argent alloué au service d’intelligence et qui a été détourné par les conseillers à des fins personnelles. Cela a servi à alimenter indirectement les gangs a regretté Magali Comeau Denis.

Effacement des dirigeants actuels ?

Intervenant également à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, Liné Balthazar, président du Parti haitien tet kale (Phtk), a souligné que lors d’une réunion récente avec la Communauté de la Caraïbe (Caricom), les tenants de l’Accord du 3 avril ont dressé un état des lieux et établi la nécessité d’un redressement de la situation.

Devant les écarts des membres du Cpt, l’inapplication des engagements qui ont été pris et l’obligation de remettre la transition sur les rails, les acteurs ont convenu d’un effacement des dirigeants actuels et leur remplacement par d’autres personnalités.

Des groupes ont de leur côté exigé la mise à l’écart des 3 conseillers inculpés dans le scandale de pots-de-vin de la Banque nationale de crédit. D’autres ont exprimé la volonté de maintenir à leurs postes les neuf membres du Cpt en place, a résumé Liné Balthazar, à propos des échanges des parties prenantes de l’accord du 3 avril avec des membres de la Caricom.

La position du Collectif du 30 janvier, structure à laquelle est relié Liné Balthazar, a évolué. Le Collectif qui exigeait au départ la mise à l’écart des inculpés, réclame maintenant de nouveaux leaders pour remplacer ceux qui sont en place, face à la dégradation continuelle de la situation du pays et l’incapacité du Cpt.

Liné Balthazar a dans la foulée rappelé que le Collectif du 30 janvier s’est dissocié de son représentant au Cpt Edgard Leblanc, et avait recommandé son retrait.

Enfin, pour Liné Balthazar, le système exécutif bicéphale actuel a échoué dans sa mission de garantir la sécurité et rétablir la confiance, pour entamer un processus électoral crédible.



Une proposition avant Noël ?

Les nouveaux dirigeants doivent refléter l’ensemble des forces représentatives de la société. Ils doivent pouvoir résoudre le problème sécuritaire et la crise de gouvernance dans le pays. Pour le dirigeant du Phtk, la résolution du problème sécuritaire passe par le redressement de la transition.

Liné Balthazar n’y voit aucun flou ni une possible nouvelle fluctuation politique pouvant amplifier la crise, faisant remarquer que la violence est en quelque sorte l’émanation de la crise de gouvernance.

Il a défendu une formule de gouvernance inclusive et un consensus entre les acteurs pour sortir le pays de l’impasse.

Signataire d‘une déclaration conjointe pour un compromis historique, Liné Balthazar a également fait part de consultations élargies afin de désigner une proposition de sortie de crise avant la fin de l’année. [cj gp apr 24/12/2024 11:00]