Perspectives

Haiti : La justice et la police, minées par l’absentéisme et la corruption dans les Nippes


lundi 22 août 2005

P-au-P., 22 août. 05 [AlterPresse] --- La situation judiciaire est préoccupante dans le département des Nippes (Sud-Ouest), où la police est quasi inexistante et les conditions de détention lamentables, selon le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), qui a conduit une mission, du 17 au 19 août, dans la région.

La justice fait face à une carence évidente de ressources humaines au niveau des Nippes, a fait savoir à AlterPresse, Marie Yolène Gilles du RNDDH, qui a dirigé la mission à laquelle se sont joints un cadre de l’organisation Promoteurs Objectif Zéro Sida (POZ) et un médecin de l’Administration Pénitentiaire Nationale (APENA).

Les dossiers de justice traînent dans la région des Nippes, qui ne compte pour le moment que 2 commissaires du gouvernement siégeant dans la principale ville d’Anse-à -Veau. Le Commissaire principal, Jean-Claude Rigueur, a été transféré aux Cayes (plus au sud) et les 2 substituts, Guerson Lespérance et Michelet Descorbette, travaillent, chacun, 2 fois par semaine. « A certains moment, le parquet est vide », a constaté Marie Yolène Gilles.

Le cabinet d’instruction à Anse-à -Veau fonctionne avec 3 juges qui n’habitent pas dans la ville. Pour arriver à son poste de travail, Nerva Vilmont doit effectuer un trajet d’une heure en véhicule tout-terrain, tandis que ses 2 confrères, Fritzner Fils-Aimé et Fritz Legerme, doivent eux-mêmes arriver de Port-au-Prince, où ils habitent. Legerme se présente chaque jeudi à son bureau.

Dans ces conditions, « les dossiers ne peuvent pas être étudiés », a relevé la déléguée du RNDDH. Sur 69 personnes détenues, seulement 12 sont condamnées. Les dossiers des autres demeurent en cours de traitement au niveau du cabinet d’instruction.

« Il est inacceptable que des juges perçoivent normalement leur traitement sans se présenter au cabinet pour s’acquitter de leurs tâches », a condamné Marie Yolène Giles.

Néanmoins, le doyen du tribunal d’Anse-à -Veau, Me André Jean Julien, montre de la discipline dans son travail, a noté Marie Yolène Gilles. Il assure une présence constante au tribunal, a-t-elle précisé.

La prison d’Anse-à -Veau, la seule de tout le département, est « crasseuse » et aucun service n’est pratiquement fourni dans des conditions régulières aux détenus, selon le constat de la délégation. Il n’y a pas d’eau potable et les disponibilités sanitaires sont quasiment inexistantes.

« J’ai été renversée de voir un détenu malade, couché par terre, dans la cours de la prison », a affirmé Marie Yolène Gilles. « l’infirmier qui se trouve sur place ne sait même pas préparer un sérum oral ni administrer des médicaments », s’est-elle indignée.

L’inspecteur Desrosiers Joseph, responsable de la prison, est souvent absent. La déléguée du RNDDH a parlé de « présence rare » de ce cadre de l’Administration Pénitentiaire Nationale (APENA), alors que la corruption gangrène le système pénitencier à Anse-à -Veau. Les tampons ou serviettes hygiéniques pour femmes, distribués par l’APENA, sont en vente dans les rues, de même que les produits alimentaires tels que riz et huile, a-t-elle constaté.

Marie Yolène Gilles a décelé une « irresponsabilité des structures étatiques, qu’il s’agisse de l’ensemble de l’Exécutif, du ministère de la justice ou de l’inspection générale de la police ».

Lors de cette mission, qui a touché également les villes de Miragoane et Petit Trou de Nippes, les délégués ont constaté que la police fonctionne avec un « effectif très réduit » et presque sans équipement.

Plusieurs personnes sont gardées à vue indéfiniment au commissariat de Miragoane parce que « la police ne dispose pas d’un véhicule pour emmener les prisonniers au Parquet d’Anse-à -Veau », a appris Marie Yolène Gilles.

Elle a souligné également un niveau élevé d’indiscipline au niveau de la police. A Anse-à -Veau, les policiers accusent une « absence remarquée » et, en général, ne portent pas l’uniforme, alors que le commissariat est transformé en « dortoir », a fait savoir la déléguée du RNDDH.

Durant la mission, la délégation a organisé une clinique mobile et animé des séances d’éducation sanitaire. Elle a également mis au point des dossiers médicaux pour les détenus malades et leur a procuré des médicaments. [gp apr 22/08/2005 17:00]