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Célébration de la Dessalinienne à la Maison d’Haïti au Japon

Dans le cadre du 221e anniversaire de la Bataille de Vertières, le 18 novembre 2024, l’Ambassade d’Haïti au Japon a organisé une rencontre autour de la Dessalinienne — l’hymne national haïtien. En cette occasion, l’Ambassadeur Watson Denis, Chargé d’Affaires à cette Ambassade, a fait l’historique de cet hymne et a mis emphase sur sa portée et sa signification. Des représentants de plusieurs entités de la société civile japonaise et plusieurs personnalités, dont le Chef du protocole du ministère des Affaires étrangères du Japon, le Directeur Général du Bureau de l’Amérique latine et des Caraïbes de ce ministère, et des Ambassadeurs du Grulac ont participé à cette rencontre. Aussi, les participants ont tous chanté la Dessalinienne et gouté aux plats succulents de la gastronomie haïtienne tant réputée sur la scène internationale.

AlterPresse publie ci-après, le discours de circonstance du professeur Watson Denis

C’est avec un réel plaisir que je prends la parole cejourd’hui 18 novembre qui ramène le 221e anniversaire de la Bataille de Vertières. En effet, le 18 novembre 1803, les régiments de l’Armée indigène ont remporté une bataille décisive sur les troupes expéditionnaires de Napoléon Bonaparte envoyées dans la colonie de Saint-Domingue en vue de rétablir l’esclavage et restaurer l’ordre de l’Ancien régime. Ces troupes aguerries de la toute puissante armée française, qui ont laissé leur marque en Europe, avaient finalement baissé pavillon devant l’ardeur et la détermination de l’Armée indigène sous la conduite du commandant-en-chef, le général Jean-Jacques Dessalines.

Une fois cette grande bataille de Vertières gagnée, ce qui représente encore un événement inédit dans l’histoire de l’humanité, à savoir qu’une armée d’anciens esclaves remporta une longue guerre sur leurs anciens maitres, le général Jean-Jacques Dessalines a proclamé le 1er janvier 1804 aux Gonaïves l’indépendance du territoire libéré du joug de l’esclavage et de la colonisation sous le nom d’Haïti. C’est ainsi qu’est née Haïti dans le concert des nations. Haïti est donc, comme vous le savez, la première République noire indépendante dans le monde. Après la proclamation de son indépendance, il y a 220 ans cette année, elle a concouru, autant que possible, à aider d’autres peuples de l’Amérique du Sud tels que le Venezuela, la Colombie, l’Équateur et tant d’autres, à se libérer des chaînes de la colonisation.

Chers ambassadeurs, chers diplomates, chers amis d’Haïti, Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, je ne vous parlerai pas de l’éphéméride que représente la Bataille de Vertières dans les annales de l’histoire en Haïti et même au-delà. Il sera plutôt question de célébrer un élément symbolique d’une grande portée, soit un attribut de souveraineté, de la République d’Haïti. Il s’agit de la Dessalinienne— l’hymne national d’Haïti, dérivé du nom illustre du Père fondateur de la patrie, Jean-Jacques Dessalines.

Il est important de rappeler qu’Haïti possède un hymne national comme tous les États du monde du fait qu’elle a pu conquérir son indépendance. Cet hymne a été officiellement adopté en juin 1903 à l’occasion des festivités et des manifestations culturelles marquant la célébration du premier centenaire de la proclamation de l’indépendance du pays. Les paroles de cet hymne sont du poète et écrivain Justin Lhérisson et la musique est l’œuvre de Nicolas Fénelon Geffrard. Nous rendons encore un hommage bien mérité à ces deux géants de l’identité culturelle haïtienne, sans doute inspirés lors dans leur composition respective par les dieux tutélaires de la nation, pour avoir su exprimer les pensées et les sentiments du peuple à l’égard de la patrie bien-aimée.

Je me réjouis que ce soit au Japon que nous avons la possibilité de célébrer le chant national haïtien qu’est la Dessalinienne. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas pour la première fois que des Haïtiens s’associent à des amis étrangers pour célébrer la Dessalinienne, un symbole politique très fort qui fait palpiter l’âme nationale. Bien sûr, nous avons l’habitude de célébrer en Haïti et dans la diaspora haïtienne le drapeau haïtien, le bicolore bleu et rouge et ses insignes. En ces occasions-là, nous chantons et nous fredonnons à cœur joie ou à pleins poumons la Dessalinienne ; mais se réunir pour communier dans l’esprit des vers hautement patriotiques qui la composent, analyser sa portée et sa signification, faut-il bien rechercher dans les annales pour retrouver une telle manifestation.

C’est pour cela que l’évènement du jour revêt un caractère si particulier. La Dessalinienne exprime, dans un lyrisme mêlé d’histoire, de culture, de gloires et aussi de défis, ce que notre pays Haïti a réalisé dans le temps et ce qu’il entend matérialiser, à partir des aspirations communes, dans le futur. Après tout, un hymne national, dans ses grands traits, se réfère au propre ou au figuré, à l’existence d’un pays, d’un État ou d’une communauté nationale. Il charrie trois dimensions historiques, à savoir le passé, le présent et le futur.

La célébration du jour, à travers la Dessalinienne, est donc l’expression de ces trois moments dans l’évolution d’Haïti.

Ce soir, nous allons célébrer la Dessalinienne en chantant ses couplets en participant aux performances des amis japonais qui ont appris à parler chaleureusement le français et le créole à travers cet hymne national.

Je profite de l’occasion pour saluer le groupe musical japonais Ti Punch et l’artiste haïtien Franck Désiré qui vont exécuter ensemble des strophes de la Dessalinienne. De même, il m’est opportun de remercier l’organisation Ring of National Anthem, dirigée par M. Ryota Asami, qui s’est associé à l’Ambassade dans l’organisation de cette célébration.

Que tous et toutes se sentent la bienvenue dans les locaux de l’Ambassade qui représente la Maison d’Haïti au Japon. Chez nous en Haïti, les invités à une fête ou à un banquet sont des rois et des reines. En ce sens, ce soir, vous êtes tous et toutes princes et princesses dans la grande cour de l’Empereur Jacques I d’Haïti.

Pour conclure, merci à tous et toutes d’avoir accepté notre invitation et célébrons tous aux rythmes de la Dessalinienne. Nous allons tous ensemble chanter, fredonner et psalmodier souverainement les airs de cet hymne national. C’est une célébration de la Dessalinienne qui se fait dans l’esprit qu’Haïti puisse bientôt renaitre de ses cendres !

Watson Denis, Ph.D.
18 novembre 2024, Tokyo, Japon