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Haïti-RD/Migration : Une quinzaine d’organisations demandent de faciliter le retour sécurisé et volontaire des Haïtien-ne-s

P-au-P, 23 oct. 2024 [AlterPresse] --- Une quinzaine d’organisations de la société civile en Haïti et en République Dominicaine [1] demandent à l’État haïtien, via le Conseil présidentiel de transition (Cpt), de faciliter le retour sécurisé et volontaire des ressortissantes et ressortissants haïtiens en Haïti, dans une lettre ouverte dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Des vols ou des convois, garantissant le retour des Haïtiennes et Haïtiens dans la dignité et dans des conditions sécurisées, doivent être mis à disposition, souhaitent ces organisations.

Elles appellent le Cpt à redoubler ses efforts, pour amener les autorités de la République Dominicaine à respecter les droits fondamentaux des migrantes et migrants haïtiens, conformément aux traités internationaux.

S’alarmant des mauvais traitements contre les migrantes et haïtiens en République Dominicaine, ces organisations exhortent le pouvoir en place à les accompagner dans le processus de leur retour volontaire en Haïti.

« Femmes enceintes, mères allaitantes, personnes à mobilité réduite, personnes du troisième âge, fillettes, garçons, toutes et tous subissent des traitements inhumains, dégradants et cruels, lors de ces déportations massives. Arrêtés, battus, détenus dans des conditions inacceptables, elles et ils sont entassés dans des camionnettes et transportés à la frontière, sans considération pour leur état de vulnérabilité ».

Des femmes ont également avoué avoir été victimes d’attouchements sexuels.

Devant la volonté de nombreux-es migrants-es de rentrer en Haïti, mais qui ont peur d’être appréhendé-e-s, dépouillé-e-s de leurs économies et de leurs documents importants, les organisations encouragent le pouvoir à agir pour faciliter la tâche aux Haïtiennes et Haïtiens.

Elles invitent également le Cpt à renforcer les démarches diplomatiques, en vue de faire respecter les droits fondamentaux des migrantes et migrants haïtiens, conformément aux traités internationaux.

« Selon la convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires, il est essentiel de permettre aux représentants de l’État haïtien en République Dominicaine d’accéder aux lieux de détention des personnes en instance de rapatriements, afin d’émettre une feuille de route, servant de carte d’identification temporaire. Cela garantirait un minimum de protection contre la méfiance de certains membres de la population dans un contexte d’insécurité grandissante ».

Les organisations de la société civile en Haïti et en République Dominicaine réclament l’établissement d’un cadre de coopération bilatérale, afin d’engager des négociations diplomatiques et d’aborder les questions migratoires permettant d’éviter les abus systémiques.

Depuis l’annonce des officiels dominicains d’expulser jusqu’à 10,000 Haïtiennes et Haïtiens par semaine, (un nombre de) 15,897 personnes ont déjà été déportées à la frontière par la République Dominicaine, du 1er au 17 octobre 2024, relève la plateforme Groupe d’appui aux rapatriés et aux réfugiés (Garr) et l’Organisation internationale pour les migrations (Oim).

Soulignant être dépassé par ce qu’il considère comme « une catastrophe humanitaire » à la frontiere Ouanaminthe/Dajabón, le Service jésuite aux migrants /Solidarite fwontalye-Haïti (Sjm/Sfw-Haïti) a lancé, la semaine dernière, un appel urgent à l’aide, face à « une crise migratoire sans précédent » à la frontière d’Haïti avec la République Dominicaine.

« Chaque jour, entre 600 et 800 migrantes et migrants affluent, à Ouanaminthe, à la frontière Nord, cherchant désespérément refuge et soutien », signale le Sjm/Sfw-Haïti.

Le Cpt a, de son côté, demandé aux autorités de la République Dominicaine de respecter leurs engagements internationaux, dans le cadre de ces rapatriements forcés, et de mettre fin à ses opérations d’expulsions brutales et empreintes de racisme. [cj emb rc apr 23/10/2024 09:40]


[1Les organisations signataires de la lettre sont la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (Pohdh), la Commission épiscopale nationale (catholique romaine) Justice et Paix (Ce-Jilap), le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), la Fundación Zile, le Mouvement des femmes haïtiennes pour l’éducation et le développement (Moufhed), l’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (Inured), le Centre de recherche et de formation économique et sociale pour le développement (Cresfed), la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda), Asanble Pèp Karayib yo, Sant Pon Ayiti, le Service Œcuménique pour le développement et l’éducation populaire (Sedep), la Solidarite fanm ayisyèn (Sofa), le Centre d’analyse et de recherche en droits humains (Cardh), le Conseil haïtien des acteurs non étatiques (Conhane).