Par Hancy Pierre*
Soumis à AlterPresse le 9 octobre 2024
Les relations haïtiano-dominicaines sont souvent marquées de conflits et de tensions sur le problème migratoire. Suite à l’union haïtiano-dominicaine dans les années 1867-1900, c’est le règne de disputes frontalières et d’exercice d’hégémonie politique de la République dominicaine vis-à-vis d’Haïti, alimentés dans le cadre de l’occupation américaine de l’ile. Depuis le massacre de 1937 de plus de 20,000 Haïtiens et Dominicains d’origine haïtienne, la diplomatie haïtienne est à la remorque des intérêts dominicains, dans une relation de condescendants. Depuis lors, les contentieux sont traités à l’amiable et au détriment de l’intérêt national de l’Etat haïtien, sauf le recours au multilatéralisme engagé ce 8 octobre 2024 auprès de l’OEA pour dénoncer les violations des droits humains au regard des prescrits des conventions, accords, protocoles et déclaration d’entente existants. Et, des références qui sont ignorées dans le cadre des rapatriements massifs en cours.
Les antécédents d’actions diplomatiques d’Haïti orientées vers l’option multilatérale pour la gestion des contentieux avec la République dominicaine se sont révélés des efforts vains et vils, en tenant compte des compromissions réalisées entre les représentants des deux Etats. A ce titre, nous voudrions faire référence au revirement des autorités dans la crise de l’après 1937 soldée par une entente à l’amiable entre le gouvernement Stenio Vincent du côté haïtien et Raphael Leonidas Trujillo en République dominicaine, qui fait état de vils dédommagements de 22 $ us par tête de parents de victimes en termes de réparations.
Plus près de nous, lors des mesures d’apatridie à l’encontre de plus de 250,000 Dominicains d’ascendance haïtienne, des organisations internationales ont voulu saisir ce dossier et envisager des sanctions contre la République dominicaine pour violation de droits humains. A cette phase, le premier ministre haïtien d’alors, Laurent Salvador Lamothe, a fait volte-face en recourant à l’intervention de commissions de dialogue des deux pays, soit une attitude servile en matière d’action diplomatique. S’ajoutent les mesures d’interdiction d’une liste de produits dominicains par voie terrestre sur le sol haïtien qui ont été détournées de leur application ou assouplies par le président intérimaire Jocelerme Privert pour qui ça ne dérange pas !
Si l’Etat haïtien est timide à utiliser la voie multilatérale, la République dominicaine est proactive en ce sens. A cet effet, la République dominicaine a déjà porté plainte à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) contre Haïti lors des mesures d’interdiction d’une liste de produits dominicains vers Haïti par voie terrestre. Récemment, lors du contentieux autour de l’utilisation d’une prise sur la rivière Massacre, le dossier a été introduit à l’OEA par l’Etat dominicain.
Est-ce un renouveau de la diplomatie haïtienne par l’action multilatérale dans le dossier de rapatriements massifs des Haïtiens de la République dominicaine ? Nous sommes encore sceptiques à propos de la rigueur dans le suivi de ce dossier, compte tenu du poids historique d’une diplomatie à la remorque et déprofessionnalisée aussi bien qu’en l’absence du parlement et d’un pouvoir légitime. Déjà les représentants dominicains sollicitent une négociation à l’amiable dans à la tribune de l’OEA. Nous espérons qu’en dépit de la collusion des intérêts particuliers et personnels des dirigeants haïtiens en République dominicaine, ils sauront dépasser tout intérêt mesquin au profit de l’intérêt national et du respect des conventions, accords, protocoles et déclaration d’entente existants entre les deux Etats voisins, appelés à une gestion pacifique de leurs conflits. Telle est l’option à privilégier par l’État haïtien.
* Spécialiste en Relations Internationales
