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Justice : L’Ocnh pointe l’inefficacité de la lutte contre le trafic de drogue et le blanchiment des avoirs en Haïti

P-au-P, 26 juin 2024 [AlterPresse] --- L’Organisation des citoyen-ne-s pour une nouvelle Haïti (Ocnh) s’insurge contre l’inefficacité de la lutte contre le trafic illicite de drogue en Haïti, dans un rapport couvrant la période de 2014 à 2023 et transmis à AlterPresse, la veille de la Journée internationale (26 juin chaque année) contre l’abus et le trafic de drogues.

Depuis bien des années, sur la période de 2014 à 2023, couverte dans le rapport, cette lutte s’est révélée inefficace, en raison de la prolifération des gangs armés qui occupent près de 80 % du territoire de la capitale, Port-au-Prince, et qui bloquent les grands axes routiers, analyse l’Ocnh.

Cette inefficacité s’explique également par l’instabilité politique et économique chroniques, ajoute-t-elle.

L’Ocnh révèle combien les zones défavorisées, comme Village de Dieu et Gran Ravin (Port-au-Prince), Savien, Savann Djann et Ti Bwadòm (département de l’Artibonite), deviennent des camps de stockage de stupéfiants.

Emprise des chefs de gangs armés sur le trafic de drogue en Haïti

« Les trafiquants étrangers traitent, non seulement avec les trafiquants nationaux traditionnels, mais ils ont accès directement avec les chefs de gangs sans même parfois passer par les interlocuteurs traditionnels ».

Contrairement aux années antérieures, l’atterrissage de la drogue se fait maintenant dans les zones occupées par les gangs armés, qui se renforcent par les avoirs de la drogue, dénonce le rapport, citant le quartier Village de Dieu qui est devenu une plaque tournante de drogue, un véritable lieu d’atterrissage de la drogue.

L’Ocnh signale une absence de politique anti-drogue et de système de surveillance systématique, au niveau des ports maritimes et autres points d’atterrissage, pour empêcher la rentrée de la drogue sur le territoire d’Haïti.


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Diminution significative des saisies de drogue

« Depuis plusieurs années, les saisies de drogue sont insignifiantes. Il n’y a pas de partage d’informations dans ce domaine, comme c’était le cas vers les années 2014 », constate l’Ocnh.

Elle souligne une diminution, ces derniers temps, de la saisie de drogue, qui traduit l’inefficacité des services de police.

« Les mesures de prévention ne produisent pas d’effets suffisants pour colmater ce fléau (de drogue), qui continue à gangrener la société ».

Faiblesses institutionnelles, manque de transparence sur les opérations anti-drogue...

L’Ocnh assimile la faible quantité de saisies de drogue aux faiblesses des institutions, qui concourent à la lutte contre ce fléau.

Les différents montants saisis ne font l’objet d’aucun rapport de la Commission de lutte contre la drogue (Conald), organe de l’État chargé de coordonner et de mettre en application la politique nationale de lutte contre l’usage et le trafic illicite de la drogue.

De plus, « le fonctionnement de la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (Blts) se fait dans la plus grande opacité. Les opérations ne sont pas supervisées et les drogues saisies ne font jamais l’objet de rapport de transparence ».

L’Ocnh pointe des institutions dédiées surtout à la lutte contre la drogue notamment la Conald, la Blts qui produisent rarement des rapports afférents à la drogue.

Impunité pour les trafiquants de drogue

« La majorité des dossiers, liés à la drogue, n’arrivent même pas à la phase de condamnation. Quand ils y arrivent, ils sont souvent entachés de déficiences, à cause de la protection de certains accusés puissants », fustige l’Ocnh, dans son rapport couvrant la période de 2014 à 2023 en Haïti.

Les affaires de drogue sont peu traitées et priorisées par la justice pénale dans six (06) juridictions des tribunaux de première instance du pays, comme Saint-Marc (département de l’Artibonite), Cayes et Aquin (Sud), Port-au-Prince et Croix-des-Bouquets (département de l’Ouest), d’après les données recueillies par l’Organisation des citoyen-ne-s pour une nouvelle Haïti.

La plupart des magistrats ne sont pas spécialisés en matière de la lutte contre la drogue, ni ne maîtrisent (même pas) la dernière loi y afférente.

De surcroit, il leur arrive rarement de poursuivre les personnes impliquées dans le trafic et autres affaires de drogue, au cours des dix (10) dernières années, selon une enquête menée par l’Ocnh auprès des magistrats de la chaine pénale en Haïti.

Le rapport de l’Ocnh vise à évaluer la réponse donnée par la justice haïtienne aux attentes, dans le cadre de la lutte contre la drogue, et à analyser l’attitude des autorités judiciaires, en matière de traitement de dossiers liés à la lutte contre la drogue et contre le blanchiment des avoirs y relatifs.

Quoique non exhaustif, ce document de l’Ocnh offrirait suffisamment d’informations pertinentes, pour mieux cerner la gouvernance judiciaire en matière de répression de la drogue pendant les dix (10) dernières années.

Recommandations de l’Ocnh pour une lutte efficace contre le trafic de drogue et le blanchiment des avoirs y relatifs

Pour la prise en charge des dossiers judiciaires de stupéfiants, l’Ocnh recommande de concourir à la spécialisation des juges, de mettre en place un parquet national anti-corruption et de créer une base de données sur la drogue, accessible aux organisations des droits humains, aux actrices et acteurs judiciaires, et aux chercheuses et chercheurs.

Elle préconise une culture de transparence dans la saisie de la drogue, tout en appelant à renforcer les capacités institutionnelles et opérationnelles du système judiciaire en Haïti.

Elle demande de promouvoir l’efficacité des enquêtes et des poursuites judiciaires, liées aux affaires de drogue et qu blanchiment des avoirs y relatifs, d’établir un rapport mensuel des actions du Blts et de la Conald.

Il faut également adopter un texte de loi, qui permettrait d’investir les fonds, saisis par la Conald, dans la modernisation de la justice pénale, de créer un task force inter-juridictionnel sur la question de drogue et autres infractions connexes avec des actrices et acteurs ayant reçu une formation appropriée. [emb rc apr 26/06/2024 15:00]