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19 juin 1974 – 19 juin 2024

Université : Contexte difficile au 50e anniversaire de la Faculté des sciences humaines en Haïti

Par Elmano Endara Joseph *

Soumis à AlterPresse le 19 juin 2024

La Faculté des sciences humaines (Fasch) de l’Université d’État d’Haïti (Ueh) ne peut malheureusement pas célébrer ses 50 années d’existence (19 juin 1974 – 19 juin 2024), en raison de la terreur et d’autres actes de violences de gangs armés, qui ont forcé les responsables à suspendre, en pleine session, les cours en présentiel à cette école supérieure à Port-au-Prince

Depuis début mars 2024, les violences des gangs armés ont contraint différentes institutions, incluant de nombreuses facultés et écoles supérieures, à cesser de fonctionner à Port-au-Prince.

A l’occasion des 50 ans de la Fasch, le professeur Roosevelt Millard demande au public et à la communauté de la Fasch d’observer un moment de réflexion sur ce grand édifice de savoir.

« En cette occasion très spéciale de demi-siècle d’existence, nous voudrions souhaiter un joyeux anniversaire aux anciennes et anciens, actuelles et actuels : étudiantes et étudiants, professeur-e-s, membres du personnel de cette institution. Une pensée spéciale aux collaboratrices et collaborateurs, institutions partenaires et toutes celles et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont apporté leur support à la Fasch pour son fonctionnement régulier et lors des moments difficiles, que cette institution a traversés », souligne le professseur Millard.

La Faculté des sciences humaines (Fasch) a contribué à la formation de hauts fonctionnaires à travers Haïti et à travers le monde.

« Au cours de ces 50 années, la Fasch a formé plus 70 promotions dans ses 4 départements d’études de premier cycle : sociologie, service social, communication sociale et journalisme, psychologie. La Fasch a aussi formé, au niveau des études de second cycle, des centaines de cadres en Population et Développement et en Protection de l’enfance. Des milliers de personnes (étudiantes et étudiants, professionnel-le-s, membres du personnel d’institutions et d’organisations partenaires ont aussi participé aux séminaires de formation, organisés par l’Unité de formation continue et d’extension universitaire de la Fasch ».

Roosevelt Millard n’hésite pas à faire l’éloge de la qualité du savoir, dispensé à la Faculté des sciences humaines de l’Ueh, malgré la situation difficile depuis des décennies en Haïti.

« Nos professionnel.le.s et scientifiques offrent leurs services un peu partout à travers le monde, dans le secteur public, dans les Organisations non gouvernementales (Ong) et institutions internationales, dans le secteur privé et dans les universités », renchérit le professeur Millard.

Pendant 50 ans, la Fasch a réussi à surmonter les moments les plus difficiles, dus à l’instabilité politique et économique en Haïti.

Elle a produit de grandes et belles têtes, qui participent, à différents niveaux, au développement en Haïti.

Beaucoup de professeur-e-s et d’étudiant-e-s de la Fasch ont aussi publié beaucoup d’ouvrages.

Parmi les professeur-e-s de la Fasch, qui ont enrichi le patrimoine intellectuel, avec la publication de plusieurs ouvrages et œuvres de grande portée, Roosevelt Millard cite Watson Denis, Jean Casimir, Fritz Dorvilier, Frédéric Gérald Chery, Luné Roc Pierre-Louis, Sauveur Pierre Étienne, Rénol Elie, Michel Hector, Gérard Pierre-Charles, Pierre Michel Chéry, Gary Victor, Évelyne Trouillot, Laënnec Hurbon, Hérold Toussaint, Fritz Deshommes, Arnold Antonin.

Indignation

La Faculté des sciences humaines (Fasch) déplore vivement les attaques (actes de vandalisme, de pillage et d’incendie), perpétrées par des gangs armés contre les infrastructures scolaires, comme la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire (Famv), la Faculté des Sciences (Fds), l’École normale Supérieure (Ens), l’École nationale des Arts (Enarts), la Bibliothèque nationale d’Haïti (Bnh), le Collège Bird, le Petit Séminaire Collège Saint-Martial, entre autres.

« Cette situation se caractérise par une violence meurtrière et destructrice, le déplacement forcé de populations internes, notamment des femmes, des enfants et des personnes à mobilité réduite et à besoins spéciaux. Il est constaté une nette augmentation des problèmes psychologiques et psychiatriques, la pénurie de médicaments de base, le non-fonctionnement des institutions de santé, la fermeture du principal aéroport international du pays, le ralentissement des services bancaires et une hausse accélérée de la pauvreté et de la détresse dans les couches les plus diverses de la population », a exprimé, début avril 2024, la coordination de la Fasch dans une note.

Le Conseil de direction de la Fasch s’élève également contre les pratiques d’exécutions sommaires et l’exposition à ciel ouvert de corps sans vie dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.

« On n’a pas le droit d’exécuter sommairement une personne, quelles que soient les conditions et, pire encore, dans une dimension expéditive où la personne, parfois, perd tout contrôle de sa parole sous le poids de la mort. Le nihilisme ne permettra jamais de construire une nation. Au contraire, il aboutira, en fin de compte, à la promotion de la haine, de l’oubli, de l’ignorance et du mépris », souligne la note de la Fasch.

Sous les secousses du temps

Située à l’avenue Christophe, à Port-au-Prince, la Faculté des sciences humaines (Fasch) de l’Ueh est un bâtiment académique, comprenant trois étages et un rez-de-chaussée.

Elle abrite plusieurs installations essentielles pour les étudiantes et étudiants, et le personnel académique : des salles de cours, une grande bibliothèque, une salle d’informatique, les bureaux des professeurs, le Centre en population et développement ainsi que l’auditorium Pierre-Louis Salomon, capable d’accueillir entre 300 et 500 personnes.

Ces infrastructures ont été conçues pour offrir un environnement propice à l’apprentissage, à la recherche et aux activités académiques variées.

Cependant, la Fasch a été gravement endommagée dans les secousses sismiques du mardi 12 janvier 2010.

Un projet de réhabilitation de la Fasch a été financé à hauteur de 95 millions de gourdes par l’ambassade du Japon en Haïti. Ce fonds a été géré par le Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (Bmpad), qui a supervisé la reconstruction de la faculté, achevée fin 2019.

Grâce à cette initiative, la Fasch a pu être réaménagée, offrant ainsi de nouvelles installations modernes et adaptées aux besoins des étudiantes et étudiants, et du personnel académique.

Le Bmpad a récemment lancé des travaux significatifs, qui devraient bénéficier directement aux étudiantes et étudiants des départements de psychologie sociale, de sociologie, de travail social et de communication sociale au niveau de la licence, ainsi qu’aux étudiantes et étudiants du programme de maîtrise en Population et Développement.

Ces initiatives visent à créer des locaux bien aménagés, offrant ainsi aux étudiantes et étudiants des environnements d’apprentissage améliorés et adaptés à leurs besoins académiques. Grâce à ces efforts, les étudiantes et étudiants peuvent désormais espérer suivre leurs cours dans des conditions optimales, propices à leur réussite éducative et à leur développement personnel.

De concert avec le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti (Rueh), le conseil de coordination de la Faculté des sciences humaines a été contraint de transférer, en un lieu sûr, les archives de la Fasch, en raison des violences des gangs armés, qui se répandent, depuis fin août 2023, dans le quartier de Carrefour Feuilles (banlieue sud-est de la capitale, Port-au-Prince).

« Nous avons décidé de transférer ses archives vers un lieu sûr, afin de sécuriser les documents importants et les archives de la faculté, qui datent de 1974, année de fondation de la faculté », a fait savoir la coordination de la faculté.

Programme d’études continues

La Fasch développe des rapports de coopération avec d’autres universités à l’étranger, qui soutiennent des activités de recherche dans le domaine des sciences humaines ou sociales.

« À travers la coopération universitaire, la Fasch a participé à des activités de recherche sur des sujets variés, procédé à des échanges de professeurs, permis aux étudiantes et étudiants de compléter leurs études et de réaliser des stages dans des universités étrangères (après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, par exemple), et organisé des formations allant de la maîtrise, du doctorat, jusqu’à des séjours de recherche postdoctorale », a affirmé le professeur Roosevelt Millard.

Parallèlement, la Faculté des sciences humaines propose une formation continue en développement et population.

Les professeur-e-s, chercheuses et chercheurs à ce niveau « ont participé à des colloques, des forums et des ateliers dans différents pays. Des membres du personnel administratif ont également bénéficié de formations spécialisées, en Europe par exemple, dans le domaine de la bibliothéconomie.

La Fasch avait aussi, par le passé, plusieurs structures de recherche et d’encadrement des étudiantes et étudiants. Il s’agissait du Centre de recherche historique et sociale (Crehso), alors dirigé par les professeurs Michel Hector et Luc Smarth, qui disposait d’un centre de documentation spécialisé, du Centre de recherche d’interventions psychologiques et sociales (Crips) et du Centre d’hygiène mentale. La Fasch disposait également d’un centre d’expérimentation à Duvivier. Actuellement, le Centre en population et développement (Cepode) de la Fasch est chargé des missions de formation, de recherche et de service à la communauté. Il publie la revue Les Cahiers du Cepode », relève le professeur Milllard, encourageant les personnes intéressées à s’inscrire dans ce programme.

Et aujourd’hui  !

La date du 19 juin 2024 marque les 50 ans d’existence de la Fasch dans des conditions difficiles et fragiles.

Cette entité de l’Université d’État d’Haïti a été officiellement reconnue par la loi du 19 juin 1974 et publiée le 17 juillet 1974 dans « Le Moniteur » (No. 59), le journal officiel de la république d’Haïti.

« La Faculté des sciences humaines a cinquante ans depuis qu’elle offre ses services à la communauté haïtienne. En ce 19 juin 2024, il n’y a pas de fête, mais plutôt une occasion énorme pour toutes et tous - personnel administratif et technique, professeurs, étudiantes et étudiants, les différents partenaires tant nationaux qu’internationaux - de lancer une réflexion sur ce qui a été fait et ce qui reste à accomplir », a préconisé le coordonnateur général du conseil d’administration de la faculté, le professeur Josué Vaval dans une note de circonstance.

* Étudiant finissant en communication sociale à la Faculté des sciences humaines (Fasch) de l’Université d’État d’Haïti (Ueh)

Photo : Jean Bernard J. Boursiquot - Source Google Maps