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Haïti-Crise : Les personnes déplacées internes à Port-au-Prince, les plus exposées aux risques de suicide, alerte l’Oim

P-au-P, 18 juin 2024 [AlterPresse] --- Les personnes déplacées internes, dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, seraient les plus exposées aux risques de suicide, dans ce contexte de crise sociopolitique marquée par l’instabilité et les violences des gangs armés, relève l’Organisation internationale pour les migrations (Oim), dans un rapport rendu public le 12 juin 2024, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

« Les plus exposées aux facteurs de stress, les personnes déplacées internes, dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, expriment de la peur, de l’angoisse et d’importants manques, notamment pour satisfaire leurs besoins primaires et garantir leur sécurité », souligne l’Oim, dans un rapport d’évaluation de 42 pages, focalisé sur les comportements suicidaires des personnes déplacées internes et les modalités possibles de prévention du suicide.

Les facteurs politiques, économiques et ceux liés aux catastrophes naturelles sont identifiés par l’Oim comme trois premiers facteurs, qui ont un impact particulièrement négatif (direct et indirect) sur la population en Haïti.

De telles situations affectent surtout les personnes déplacées internes.

« La présence des personnes déplacées sur les sites entraîne une multitude de sentiments comme la frustration, la peur, l’inquiétude ou encore la colère chez les communautés hôtes. Les intervenant-e-s de 1re ligne, eux, ont témoigné de sentiments de peur, du manque de ressources pour gérer le stress, de frustration et d’impuissance d’être confronté-e-s à la détresse des personnes déplacées internes et au manque de moyens pour y faire face », selon les résultats de cette étude.


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Les personnes déplacées mettent en avant la destruction de maisons ou de commerces, l’angoisse pendant la fuite, l’incertitude à l’arrivée, comme sources de troubles importants de leur santé mentale, rapporte l’Oim,

La tendance au suicide apparaitrait comme une des conséquences du stress élevé, généré par les violences des gangs et par l’incertitude généralisée qui touche les personnes déplacées, précise le rapport de l’Oim.

En août 2023, l’apparition de 30 sites a coïncidé avec les assauts répétés d’un gang armé contre les habitantes et habitants d’un quartier de Port-au-Prince, qui ont fait 30 morts, dont 2 policiers, 4 disparus et plus d’une dizaine de blessés, rappelle l’Oim.

Ces attaques ont entrainé le déplacement de plus de 5,000 personnes.

« La plupart des personnes déplacées sont dans des situations d’angoisse importante et beaucoup ont subi de graves traumatismes (…) L’inactivité, les manques multiples, l’insalubrité accentuent les impacts négatifs sur la santé mentale de personnes devant souvent gérer les traumatismes liés à leur fuite », décrit l’Oim.

L’étude souligne l’importance majeure et déterminante de la présence des Organisations non gouvernementale (Ong), des agences des Nations Unies et des partenaires de l’Oim, notamment auprès des personnes déplacées internes.

« Plus de 89,000 personnes, soit 21,531 familles, vivent désormais dans 87 sites, dont 54% de femmes et 34% d’enfants. Environ 32% des sites n’ont pas de latrines », avait alerté l’Oim, citée par le Bureau en Haïti de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), dans un rapport couvrant la période du vendredi 5 au mardi 9 avril 2024.

Plus de 578,000 personnes sont actuellement déplacées en Haïti, en raison de l’escalade des violences des gans armés, insiste l’Oim.

Entre mars et juin 2024, le nombre de personnes déplacées a augmenté de 60%, passant de 362,000 à plus de 578,000 en ce début du mois de juin 2024, enregistre l’Oim.

Des recommandations pour prévenir le risque suicidaire

Il est urgent de mettre en place des mesures préventives impliquant des interventions à des niveaux différents, face aux risque de suicide en Haïti, estime l’Oim.

Il faut des interventions communautaires, spécialisées, coordonnées, impliquant de multiples actrices et acteurs pouvant contribuer à renforcer le bien-être psychosocial des personnes déplacées internes et, ainsi, réduire le risque suicidaire, recommande l’Organisation internationale pour les migrations.

Dans la planification des actions de prévention du suicide, l’Oim recommande d’actualiser la politique de santé mentale et de développer une stratégie nationale de prévention du suicide.

« De tels documents sont essentiels pour orienter les différentes instances de l’État, en identifiant les actions à mener et en facilitant la mise à disposition de moyens nécessaires à cette mise en œuvre. Cette politique et cette stratégie devraient inclure les éléments à la fois communautaires et spécialisés, pour garantir une prévention du suicide précoce et plus efficace ».

Il faut obtenir des données de référence et disposer d’outils de suivi de l’évolution de la situation, préconise l’Oim, soulignant l’importance d’avoir des données épidémiologiques sur le suicide pour comprendre la situation et adapter les actions, en permettant de mesurer l’efficacité des interventions menées.

Elle demande de renforcer les ressources humaines spécifiques à la santé mentale et au soutien psychosocial, d’assurer la prise en compte de l’ensemble des besoins essentiels, incluant ceux en santé mentale et soutien psychosocial.

L’Organisation internationale pour les migrations suggère d’optimiser la couverture d’interventions et de développer le soutien par les pairs (les proches, les membres de sa communauté, de sa religion, les amis), dans le rapport d’évaluation.

Intitulé « Évaluation des comportements suicidaires et prévention du suicide dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince », ce rapport coordonné par l’Oim a été réalisé par Cécilie Alessandri et Lou Benmenni-Leprince, psychologues et spécialistes en santé mentale et comportements suicidaires.

Ce rapport d’évaluation s’inscrit dans le cadre du projet « assurer la protection et l’assistance aux populations affectées par la violence des gangs en Haïti », financé par le Bureau d’assistance humanitaire (Bha).

Les enquêtes et rencontres de terrain ont été organisées en février et mars 2024, en présentiel à Port au Prince et à distance pour certains entretiens. [emb rc apr 18/06/2024 11:50]

Photo : Site Onu Info