Español English French Kwéyol

Haïti-Crise : Révélations de manœuvres de Michel Martelly et ses alliés pour obtenir l’amnistie en faveur des gangs armés

P-au-P, 21 mai 2024 [Alterpresse] --- Les alliés de l’ancien président Joseph Michel Martelly (14 mai 2011 - 7 février 2016), au sein du Conseil présidentiel de transition (Cpt), auraient discrètement lancé une proposition, selon laquelle une amnistie pourrait être accordée aux gangs armés, qui ont causé, notamment depuis l’année 2021, de nombreux torts (assassinats par balles, actes de kidnapping, vols, viols, incendies et autres actes de terreur et de violences) à la population, ont déclaré des responsables proches des négociations pour la nomination d’un nouveau premier ministre en Haïti, révèle le journal américain The New York Times, consulté par l’agence en ligne AlterPresse.

Cette proposition aurait été aussi faite dans le cadre d’une immunité plus large pour d’anciens responsables de gouvernement qui pourraient être accusés de corruption, avance The New York Times.

Michel Martelly lui-même aurait fait pression sur les dirigeants caribéens et ses alliés politiques, pour tenter d’influencer la composition du prochain gouvernement de transition.

« Je nie catégoriquement ces allégations infondées d’ingérence active dans le conseil de transition », a rejeté Martelly, dans une déclaration au New York Times, qualifiant ces accusations de politiquement motivées.

« Je n’ai jamais eu de relation avec des gangs et je n’ai jamais fait référence à l’amnistie pour qui que ce soit ».

L’ancien gouvernement de Martelly a été accusé de corruption généralisée, notamment de détournement d’une aide d’une valeur d’environ 2 milliards de dollars (des fonds du programme PetroCaribe) en provenance du Venezuela, rappelle The New York Times.

Le 20 novembre 2022, le gouvernement du Canada a décidé de sanctionner l’ancien président Joseph Michel Martelly et deux anciens premiers ministres, Laurent Salvador Lamothe et Jean Henry Céant, suspectés d’être de mèche avec les gangs armés en Haïti.

Le gouvernement du Canada a aussi annoncé des sanctions contre le sénateur Rony Célestin, l’ancien sénateur Hervé Fourcand et l’ancien député Gary Bodeau, qui ont utilisé, selon lui, leur statut dans la fonction publique en Haïti pour alimenter les activités des gangs armés.

Le 3 novembre 2022, le président du tiers restant du sénat haïtien, Joseph Lambert, et l’ancien président du grand corps, Youri Latortue, ont été également sanctionnés pour des activités criminelles, dont le trafic de drogue, par le Canada et les États-Unis.

Ces sanctions ont été imposées, en 2022, par le Canada et les États-Unis à Martelly ainsi qu’à d’autres hommes politiques haïtiens, pour avoir protégé et autonomisé des gangs locaux « notamment par le biais du blanchiment d’argent et d’autres actes de corruption », poursuit The New York Times.

« L’idée d’une amnistie pourrait jeter de l’huile sur le feu si les Haïtiennes et Haïtiens ne sont pas consultés », compte tenu de l’incapacité des politiciens à se rassembler en ce moment de crise, a déclaré Romain Le Cour, analyste de la sécurité en Haïti, à l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée.

« Pas d’amnistie pour les gangs ! Ces criminels, qui ont assassiné, kidnappé, appauvri et humilié des dizaines de milliers de familles doivent être traqués avec la plus grande rigueur », a écrit, sur son compte X, Me. Michel André, proche du premier ministre de facto, Ariel Henry, récemment contraint à la démission.

Le vendredi 7 octobre 2022, « Ariel Henry et ses alliés politiques ont sollicité et négocié une force multinationale pour éliminer les gangs du paysage socio-politique. Nous avons la conviction que le pays n’a pas besoin de ces voyous, qui kidnappent, assassinent, violent et volent ! ».

« Les politiciens de tous bords, qui cherchent à faire amnistier les chefs de gangs, en échange de leurs supports pour les prochaines campagnes électorales, n’obtiendront pas gain de cause », a encore souligné Michel André.

L’ancien officier de police Guy Philippe, qui déclare prôner une « révolution » dite « pacifique », avait avancé qu’il serait prêt à implémenter un programme d’amnistie pour les chefs de gangs en Haïti, une fois élu président, dans une interview à l’agence de presse Reuters (fondée en 1851 à Londres).

Me. Michel André demande à l’État haïtien de combattre les gangs armés, avec le support de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas), qui devrait être déployée prochainement en Haïti.

Le déploiement d’une Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti a été autorisé par le Conseil de sécurité des Nations unies depuis le lundi 2 octobre 2023.

Il fait suite à une demande d’assistance robuste, formulée, le vendredi 7 octobre 2022, par le gouvernement de facto d’Ariel Henry en faveur de la Police nationale d’Haïti (Pnh), dans la lutte contre les gangs armés.

Arrivée en Haïti d’un premier groupe de kenyans

Une délégation de responsables kenyans est arrivée le lundi 20 mai 2024 en Haïti, dans le cadre d’une évaluation des préparatifs de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) dans le pays, a indiqué le journal américain Miami Herald.

Cette première équipe d’évaluation est chargée d’inspecter la construction de la base devant accueillir la Mmas, non loin de l’aéroport international de Port-au-Prince, où les vols internationaux et nationaux de compagnies aériennes ont été annulés, suite aux assauts des bandits armés depuis le jeudi 29 février 2024.

La délégation devrait rester en Haïti tout au long de la semaine et participer à plusieurs réunions, y compris avec le Bureau intégré des Nations unies à Port-au-Prince, rapporte Miami Herald.

Le commandant de la force de la mission fait partie de cette délégation.

Le premier contingent kenyan devrait être composé de quelques centaines de policiers et de personnel de soutien, selon des sources citées par Miami Herald.

Les Bahamas, le Bangladesh, la Barbade, Jamaïque, Belize, Bénin, Tchad et Kenya ont officiellement notifié au secrétaire général des Nations unies, le Portugais Antonio Guterres, leur intention de fournir du personnel à la mission de soutien pour combattre les gangs armés en Haïti.

De janvier à mars 2024, plus de 2.500 personnes, dont au moins 82 enfants, ont été tuées ou blessées à la suite des violences commises par les gangs, selon les Nations unies. [emb rc apr 21/05/2024 11:45]