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Haïti-Justice : Luckner (Louco) Désir pourrait encourir jusqu’à trois ans de prison pour diffamation, selon Me. Samuel Madistin

P-au-P, 17 mai 2024 [AlterPresse] – L’animateur politique Luckner Désir, également connu sous le nom de Louco Désir, risque d’encourir jusqu’à trois années de prison pour diffamation, suite aux injures qu’il a proférées, à l’émission « Matin Débat » du mercredi 8 mai 2024, contre le journaliste Ives Marie Chanel et le diplomate Edwin Mardochée Paraison, président de la Fundación Zile en République Dominicaine, déclare sur la plateforme AlterPresse/ AlterRadio Me, Samuel Madistin, avocat des plaignants.

« La loi prévoit jusqu’à trois ans de prison pour diffamation, un an de prison pour injures. La loi prévoit aussi une amende au profit de l’État (prison et amende ou prison ou amende, selon le cas). Dans le cas de la diffamation, c’est prison et amende », explique Madistin dans une interview accordée à AlterPresse/AlterRadio.

« Nous avons demandé de correctionnaliser (poursuivre un crime devant le tribunal correctionnel, en le qualifiant de délit) le comportement de Luckner Désir dans la société. Nous avons demandé au tribunal de vérifier les accusations de Luckner Désir, qui a pris le titre de « journaliste » et commis un acte grave », fait-il savoir.



Le journaliste Ives Marie Chanel et le diplomate Edwin Mardochée Paraison ont sommé l’animateur Luckner Désir, pour qu’il donne des preuves de ses allégations et accusations, accompagnées d’injures formulées contre eux, le mercredi 8 mai 2024.

Luckner Désir a critiqué un article du média d’enquête Ayibopost, qui dénonce une gestion douteuse des fonds collectés pour la construction du canal sur la rivière Massacre » (Ouanaminthe, Nord-Est d’Haïti, sur le frontière commune avec Dajabón / République Dominicaine).

L’animateur de l’émission « Matin Débat » du mercredi 8 mai 2024, diffusée sur les ondes de Radio Télé Éclair, a imputé aux exposants d’ « avoir collaboré avec un chef d’État étranger pour porter le nom de Luckner Désir sur une liste de personnes interdites d’entrée en République Dominicaine et contre les intérêts du peuple haïtien dans le cadre du projet de construction du canal, selon la sommation.

Celle-ci a été adressée à Radio Télé Éclair et à Luckner Désir, animateur vedette de l’émission « Matin Débat », diffusée sur les ondes de la station.

Quid de la protection d’une source journalistique et de la liberté d’expression ?

Dans une sommation responsive, l’animateur politique Luckner Désir a invoqué le droit à la protection des sources journalistiques dans ce dossier, tout en assumant les allégations diffusées.

La loi protège la source journalistique, mais jusqu’à quel point ? Que veut dire cette protection ?, se demande Me. Samuel Madistin.

Ce droit de protection des sources journalistiques n’est ni absolu ni inattaquable, avance Madistin, tout en reconnaissant l’importance de la liberté d’expression, « pierre angulaire de toute société démocratique ».

L’une des limites de la liberté d’expression, c’est le respect de la réputation d’autrui, le respect des droits d’autrui, souligne-t-il.

La loi protège une source journalistique, dans la mesure où elle informe le journaliste sur « quelque chose de vrai, vérifiable », ajoute-t-il.

La loi fait obligation au journaliste de vérifier l’authenticité de l’information qu’on lui donne, avant de la divulguer, insiste Madistin.

« Si ce que dit le journaliste n’est pas vérifié, il perd cette protection », signale-t-il, rappelant combien la protection journalistique ne couvre pas les informations injurieuses.

« Quand vous dites à quelqu’un qu’il est un affidé (souflantchou), vous l’injuriez. Injurier quelqu’un constitue une infraction et la loi prévoit une peine dans ce cas. Quand la source vous donne une information inexacte, mensongère, si vous la divulguez, c’est une infraction, c’eest de la diffamation ».

Le fait par un journaliste de publier, divulguer ou diffuser des informations mensongères sur autrui, viole le droit à la protection de la réputation d’autrui. A ce moment-là, le journaliste cesse d’être journaliste, il devient un délinquant, soutient Me. Samuel Madistin.

L’organe de presse, qui donne le micro à un journaliste pour diffamer, est une personne civilement responsable, fait-il remarquer.

« Nous avons demandé au tribunal de s’assurer que ce média emploie désormais celles et ceux qui ont pris une formation journalistique dans des écoles spécialisées, afin d’éviter que ces erreurs soient commises à l’avenir ».

Me. Samuel Madistin, avocat des plaignants Ives Marie Chanel et Edwin Mardochée Paraison, président de la Fundación Zile en République Dominicaine, a demandé au parquet près le tribunal de Port-au-Prince de mettre l’action publique en mouvement contre Luckner (Louco) Désir pour diffamation et injures au préjudice de ses clients. [mff emb rc apr 17/05/2024 11:15]