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Crise : Une fuite en avant politique le 30 avril 2024 pour maintenir le statu quo en Haïti

Par Ronald Colbert

P-au-P, 1er mai 2024 [AlterPresse] --- C’est un coup, voire un « coup d’État », contre l’apparence de cohésion, qui semblait exister au sein du Conseil présidentiel de transition (Cpt), officiellement installé le jeudi 25 avril 2024 au Palais national, estiment de nombreuses voix interloquées par ce qui s’est passé à la Villa d’accueil le mardi 30 avril 2024 et dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Véritable couac dans le processus qui était en cours, les 4 secteurs - Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023, la plateforme Résistance démocratique/Engagés pour le développement (Red/Ede) et le regroupement politique Compromis historique, le parti politique Pitit Desalin et l’accord du 21 décembre 2022 (coalition gouvernementale de facto sortante) - ont décidé unilatéralement de passer outre le vote préalablement prévu pour le choix d’un coordonnateur des actions au sein du Cpt.

Sur la base d’un consensus dit « majoritaire » (4 délégués sur sur 7), ces 4 secteurs, pourtant signataires de l’accord politique du 3 avril 2024 qui a donné naissance au Conseil présidentiel de transition, ont désigné, sans vote, Edgard Leblanc Fils (du Collectif des partis politiques du 30 janvier 2023) comme coordonnateur des actions à venir du Cpt..

« Cet accord n’engage uniquement que cette majorité », précise Frinel Joseph, qui joue le rôle d’observateur (donc qui n’a pas droit de vote au Cpt).

Le vote, qui devait avoir lieu, ce mardi 30 avril 2024, en présence de la presse et des représentants des secteurs signataires de l’accord politique du 3 avril 2024 portant création du Cpt, a été abandonné au profit de cette entente.

Qu’est ce qui se cacherait derrière cette apparence de « fuite en avant politique », d’ « aventurisme politique » (majorité de 4 contre une minorité de 3), qui risque de provoquer un malaise au sein du Conseil présidentiel de transition, dans le contexte aussi fragile que subit Haïti ?

Les 3 autres secteurs (organisation politique Fanmi Lavalas, Accord du 30 août 2021 dit Accord de Montana, les associations patronales et regroupements de femmes et d’hommes d’affaires haïtiens) seront-ils confinés à un rôle de figurants dans les décisions à venir du Conseil présidentiel de transition ?

Un timing déconcertant, choisi pour afficher les ambitions politiciennes toujours omniprésentes ?

Le timing, qui semble avoir eu pour objectif de manipuler l’opinion publique, a été programmé la veille de la journée internationale des travailleuses et travailleurs, le 1er mai, une date traditionnellement consacrée également à l’agriculture en Haïti.

Ce mercredi 1er mai 2024, les activités globales n’ont pas cours, à cause du jour de congé officiel.

La plupart des médias traditionnels observent cette journée de congé, sans diffuser leurs émissions régulières d’informations générales sur Haïti.

Cette position des 4 secteurs reflète les « vieilles pratiques », enracinées dans les mœurs des parlementaires haïtiens, durant ces dernières années, de mettre en avant une soi-disant majorité pour faire passer des dispositions inconséquentes et partisanes, au détriment des intérêts supérieurs de la nation, pour satisfaire plutôt les appétits gloutons des politiciennes et politiciens.

Dès lors que le conseiller Frinel Joseph parle de décision qui n’engage que les « 4 secteurs opportunistes », il est clair que les 3 autres secteurs n’ont pas été consultés.

D’où un malaise patent, qui risqué de mettre en péril les prochaines actions du Conseil présidentiel de transition, au profit de forces obscures qui tirent les ficelles pour empêcher la marche d’Haïti sur des bases honnêtes et non mercantiles de gestion publique.

Comment faut-il comprendre ce « lapsus linguae » ou ce « lapsus calami » ?

Dans cette même démarche planifiée du mardi 30 avril 2024, les 4 secteurs mentionnés n’ont eu aucun scrupule à déclarer avoir choisi le nommé Fritz Bélizaire comme futur chef de gouvernement, au mépris des critères déjà définis dans l’accord du 3 avril 2024, qui indique un cheminement contraire.

Erreur manifeste ou non ?

En citant les noms des 4 secteurs assumant le coup du 30 avril 2024, Frinel Joseph a commis une erreur en disant « Emmanuel Bélizaire », au lieu d’ « Emmanuel Vertilaire » du parti politique Pitit Desalin.

Le chemin, emprunté par les « 4 secteurs opportunistes » aii sein du Conseil présidentiel de transition, lesquels secteurs ne font nullement cas des conséquences futures de leurs manœuvres politiciennes, traduisent, pour le moins, des velléités de contraindre à l’approbation des prochaines éventuelles décisions, quant au choix de personnalités proches qu’ils compteraient faire investir dans différents niveaux de l’administration publique… pour un partage de « gâteaux de postes » sur le dos de la population nationale.

Les inquiétudes initiales, quant aux chances de succès du Cpt, refont alors surface de plus belle en Haïti.

38 ans après la chute (le 7 février 1986) de la dictature des Duvalier, la nouvelle structure dénommée Conseil présidentiel de transition s’achemine-t-elle vers une implosion ou une explosion ?

Réalités de plus en plus dramatiques, pendant que politiciennes et politiciens s’essayent aux tractations et machinations de plus en plus indécentes

Entre-temps, sur le terrain, plusieurs milliers de personnes se retrouvent sans demeures, en mai 2024, après avoir été pourchassées, de l’année 2023 à date, par la terreur et les violences des gangs armés, qui continuent de perpétrer en toute impunité leurs forfaits, comme les assassinats, les actes de kidnapping, de pillages systématiques, les vols, les viols, les exigences criminelles de paiements de « droits de passage » en divers points du territoire d’Haïti.

Tous les prix des biens les plus essentiels à la consommation connaissent sans interruption des hausses de plus en plus vertigineuses, qui font augmenter considérablement la réalité de misère affreuse chez différentes couches dans la population.

Ce qui n’est nullement le souci des tenantes et tenants du statu quo, qui poursuivent leurs rêves de se la couler douce inexorablement, au préjudice de la population, qui, après 33 mois de gestion inapte d’un gouvernement de facto d’Ariel Henry imposé par la communauté internationale, s ;interroge sur son avenir…

La zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince est actuellement paralysée par les gangs armés, qui y sèment la terreur, surtout depuis le jeudi 29 février 2024.
Du vendredi 8 mars au mardi 9 avril 2024, (un nombre de) 94,821 personnes ont fui la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, pour aller se réfugier dans les villes de provinces.

De janvier à mars 2024, environ 2,500 personnes ont été tuées ou blessées à cause de la violence des gangs armés, soit une augmentation de 53% par rapport au trimestre d’octobre à décembre 2023, selon un rapport du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), publié le vendredi 19 avril 2024.

Les violences ont déjà provoqué, depuis l’année 2023, le déplacement d’environ 400,000 personnes, la plupart à la capitale.

Dans les zones infestées de gangs, notamment l’Artibonite (Nord) et la zone métropolitaine de la capitale, les écoles sont pratiquement fermées, tout comme diverses branches d’activités économiques et sociales. La production agricole est gravement affectée, la faim tenaille environ 5 millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens (près de la moitié de la population), selon les chiffres de l’Organisation des Nations unies (Onu). [rc apr 1er/05/2024 11:00]