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Criminalité : Plus de 2,500 morts et blessés en trois mois en Haïti, enregistre le Binuh

P-au-P, 19 avril 2024 [AlterPresse] --- De janvier à mars 2024, (un nombre de) 2,505 personnes ont été tuées et blessées, dans les violences liées aux gangs armés en Haiti, indique le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), dans un rapport en date du vendredi 19 avril 2024, transmis à l’agence en ligne AlterPresse.

Ces cas de meurtres et de blessures ont augmenté de plus de 53 % par rapport à la période allant d’octobre à décembre 2023. Ce qui signifie que les trois premiers mois de l’année 2024 représentent la période la plus violente depuis au moins le début de 2022, souligne le Binuh.

L’Organisation des Nations unies (Onu) a préalablement dénombré plus de 1,500 personnes tuées, de janvier à mars 2024. dans les violences des gangs armés.

Dans un rapport en date du mercredi 10 avril 2024, le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) a pu documenter, pour la même période, seulement 208 personnes, dont 13 policiers nationaux, assassinées dans les violences armées en Haïti.

De janvier à mars 2024, au moins 438 personnes ont été enlevées contre rançons, dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, mentionne le Binuh dans son nouveau rapport du 19 avril 2024.

Le Binuh signale, en janvier et février 2024, une multiplication « des affrontements extrêmement violents » entre gangs armés, motivés principalement par l’expansion territoriale.

Le lundi 15 janvier 2024, cinq personnes ont été tuées dans le quartier de wharf Jérémie (non loin du bord de mer de Port-au-Prince), lors d’affrontements armés entre des gangs rivaux pour le contrôle de la zone entourant l’Autorité portuaire nationale (Apn), principal port de la capitale, Port-au-Prince.

« Au moins 162 victimes ont été enregistrées dans les communes de Carrefour et de Gressier, au sud de la capitale, où les membres du gang de Gran Ravin (G-PèP) ont abattu plusieurs personnes, qui contestaient leur « autorité » ou étaient soupçonnées d’être des informatrices de la police », documente le rapport du Binuh.

Des dizaines de personnes, dont des enfants, ont ainsi été enlevées ou tuées par balles ou à la machette, alors qu’elles se trouvaient dans des embarcations transportant des riverains, qui tentaient de contourner la route nationale 2 qui demeure sous le contrôle du gang de Gran Ravin.

Au moins 23 membres présumés de gangs ont été tués, suite à une riposte du « groupe Caravane », opérant dans les communes de Carrefour et de Gressier (au sud de la capitale).

Au moins 63 membres du gang Krazè Baryè de vitelhomme Innocent ont été tués à la fin du mois de janvier 2024, suite à des conflits internes dans son bastion à Tabarre 70.

A la fin du mois de mars 2024, au moins 38 morts et blessés ont été enregistrés, suite à des incursions du gang Krazè Baryè qui tentait d’étendre son territoire aux quartiers résidentiels de Belvil, Peguyville et Vivy Michel à Pétionville (est), ainsi que des opérations de police antigang, révèle le Binuh.

Au moins 94 morts et blessés dans l’Artibonite

Dans les communes de Dessalines, l’Estère, Liancourt, Petite Rivière de l’Artibonite et Verrettes (département de l’Artibonite/Nord), au moins 94 personnes, non impliquées dans des actes de violences, ont été tuées ou blessées par des gangs, dénombre le rapport onusien.

« La plupart des victimes ont été tuées par des membres de gangs, qui ont tiré sans discernement sur des résidences, des passantes et passants. D’autres personnes ont été tuées pour avoir contesté la présence des gangs dans leur zone ».

Le Binuh fait aussi état d’abus de groupes « d’autodéfense » à Belladère, Hinche, Mirebalais et Saut d’Eau (département du Plateau central), dans un contexte marqué par une expansion des activités des gangs et une incapacité des institutions de l’État à les contenir.

Des meurtres ont été principalement commis par la population locale contre des membres présumés de gangs, qui auraient tenté d’établir une base dans le département du Plateau central.

« Entre janvier et mars (2024), au moins 62 personnes adultes, prétendument affiliées à des gangs ou soupçonnées d’avoir commis des délits de droit commun, ont été tuées par la population à coups de machettes et de pierres. Leurs corps ont souvent été immolés par le feu. Plus de la moitié de ces cas se sont produits dans des zones », rapporte l’organisation onusienne.

Le Binuh note une crainte croissante des communautés de ces zones face à l’escalade des violences, qui touchent Port-au-Prince.

Au moins 79 personnes, dont au moins deux enfants âgés de 12 et 16 ans, ont été tuées par des groupes organisés « d’autodéfense », établis dans des zones à forte présence de gangs armés.

Pendant le premier trimestre 2024, il y a eu une montée significative du nombre de personnes tuées ou blessées, lors d’opérations et de patrouilles de la police, avec 590 victimes.

Le Binuh précise combien plusieurs d’entre elles n’étaient apparemment pas impliquées dans les violences des gangs, pendant que certaines étaient des personnes à mobilité réduite.

Le 14 mars 2024, dans le quartier de Drouillard (Cité Soleil), deux hommes, rentrant chez eux après avoir exercé leurs activités économiques, ont été abattus par des policiers patrouillant dans les rues à bord de véhicules blindés, cite-t-il en exemple.

Par ailleurs, au cours du premier trimestre de 2024, au moins 10 officiers de police ont été tués et neuf autres blessés lors des opérations antigangs ou des attaques ciblées des gangs contre la police, rapporte le Bureau intégré des Nations unies en Haïti. [emb rc apr 19/04/2024 13:30]