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Haïti-Crise : Le Conseil présidentiel de transition représente un signe d’espoir, selon le philosophe Jean Waddimir Gustinvil

P-au-P, 17 avril 2024 [AlterPresse] --- Le Conseil présidentiel de transition représenterait un signal d’espoir pour Haïti, en raison du fait qu’il est composé de différents groupes, « même si c’est fragile », analyse le docteur en philosophie, Jean Waddimir Gustinvil, également directeur du laboratoire LAngages, DIscours et REPrésentations (Ladirep).

« C’est un bon signe qu’à l’interieur d’un Conseil, le groupe Montana accepte de s’asseoir avec ceux qui se réclament du Parti haïtien tèt kale (Phtk), parce qu’il y a un pays à sauver », estime Gustinvil à l’émission TiChèzBa, diffusée sur AlterRadio 106.1 F.m. et suivie par AlterPresse.

« C’est dommage » que d’autres groupes ne fassent pas partie du Conseil présidentiel de transition, regrette-t-il, tout en encourageant les protagonistes politiques à développer la culture du renoncement à l’hégémonie, car celle-ci constitue une pratique dangereuse.



Par ailleurs, plusieurs autres secteurs ont déclaré rejeter le Conseil présidentiel de transition, en proposant le choix d’un président issu de la Cour de Cassation pour mener la nouvelle transition.

Dans la soirée du mardi 16 avril 2024, le gouvernement de facto a publié, de manière formelle, l’arrêté reproduit de nomination des 9 membres du Conseil présidentiel de transition, issus de divers secteurs et partis politiques, à travers le compte X du bureau du premier ministre de facto, à l’issue de plus de 24 heures de confusion autour de cette nomination.

Suivant l’article 1 de l’arrêté, le Conseil présidentiel comprend les sept membres votants suivants : Smith Augustin, Louis Gérald Gilles, Fritz Alphonse Jean, Edgard Leblanc fils, Laurent St Cyr, Emmanuel Vertilaire et Leslie Voltaire.

Les deux membres non-votants (observateurs) sont Régine Abraham et Frinel Joseph.

La résolution de la crise exige une prise de conscience et un engagement collectif

Pour sortir Haïti de cette impasse, il faut d’abord que les protagonistes politiques prennent conscience de leur échec. La crise a atteint une telle ampleur qu’aucun secteur ne pourrait penser pouvoir, tout seul, sortir Haïti de cette situation, considère Jean Waddimir Gustinvil.

Haïti a besoin de l’appui de la communauté internationale, compte tenu du niveau élevé de criminalité sur le territoire national, soutient-il.

Des conditions nécessaires doivent être créées pour que les gangs déposent leurs armes et qu’ils rendent compte à la justice, exige-t-il, appelant à ne pas considérer les gangs armés comme des acteurs politiques.

Il y a des espaces comme les péristyles, les loges maçonniques, les hôpitaux, les écoles, les églises, qui devraient être intouchables dans une société, même en période de guerre et en cas de révolution, souligne le docteur en philosophie.

« Les écoles ne doivent pas être ciblées. Nous n’avons pas le droit de nous attaquer à l’avenir des jeunes. C’est une limite à ne pas franchir ».

Jean Waddimir Gustinvil dénonce les manœuvres criminelles des gangs armés, qui s’attaquent même à ces symboles.



« De nombreuses écoles ne sont pas accessibles, car la violence s’intensifie autour d’elles. Des enfants sont tués, blessés, violés, déplacés et privés d’accès aux services de base, y compris l’école », a alerté le représentant du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) en Haïti, le Belge Bruno Maes.

En plus d’être terrorisés et traumatisés, un nombre indéterminé d’enfants continuent d’être privés d’accès aux services de base, y compris l’école, a déploré l’Unicef.

Depuis le jeudi 29 février 2024, les gangs armés multiplient leurs attaques violentes contre différentes édifices publics et privés dans le pays, pour maintenir un climat de terreur dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

83 institutions et/ou entreprises privées et publiques ont été attaquées, vandalisées et/ou incendiées à Port-au-Prince et dans les communes avoisinantes, dont 19 postes de police et 5 tribunaux de paix et un (1) tribunal de première instance, a recensé le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) dans un rapport en date du mercredi 10 avril 2024.

De janvier à mars 2024, les Nations unies ont recensé plus de 1,500 personnes tuées, alors que le Rnddh a pu dénombrer, pour la même période, au moins 208 morts, dont 13 policiers nationaux.

Le professeur Jean Waddimir Gustinvil, directeur du laboratoire LAngages, DIscours et REPrésentations (Ladirep), appelle les instances responsables à veiller quotidiennement à ce que les écarts entre les différents groupes ne précipitent pas la société dans l’abime.

« On est à l’intérieur d’une société qui produit l’inégalité, l’exclusion. Or, une société politique étant quelque chose de fragile doit produire le sentiment d’appartenance ». [mff emb rc apr 17/04/2024 11:50]