Español English French Kwéyol

Haïti-Crise : A un mois de la démission d’Ariel Henry, seul le chaos avance

Par Gotson Pierre

P-au-P., 11 avril 2024 [AlterPresse] --- Un mois après la démission du premier ministre de facto d’Haïti Ariel Henry, le vide persiste et le pays peine à mettre en place une structure de gouvernance pour entamer une nouvelle transition vers un pouvoir légitime, démocratique et stable, observe AlterPresse.

C’est l’incertitude, en dépit des démarches d’établissement d’un Conseil présidentiel de transition, qui devrait nommer un premier ministre, former un gouvernement, pour conduire le pays à des élections et remettre le pouvoir à un président élu le 7 février 2026.

Ariel Henry avait annoncé sa démission dans un discours préenregistré rendu public dans la soirée du 11 mars 2024 sur les réseaux sociaux, alors qu’il se trouvait bloqué à Porto-Rico.

« Aucun sacrifice n’est trop grand pour notre pays Haïti », avait-il déclaré, exprimant sa douleur face aux destructions et aux pertes en vies humaines, résultant de la violence des gangs armés qui réclamaient sa démission.

Largement impopulaire, le chef de gouvernement de facto, était pressuré de toutes parts, notamment par les États-Unis d’Amérique, pour laisser le pouvoir.

La démission d’Ariel Henry, avait été préalablement annoncée, à Kingston, Jamaïque, par Mohamed Irfaan Ali, président de Guyana et de la Communauté des Caraïbes (Caricom). Il intervenait lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion internationale spéciale sur Haïti, avec la participation des protagonistes haïtiens.

Le président de la Caricom avait en même temps fait savoir que, suite à la proposition des secteurs haïtiens, un Conseil présidentiel de transition de sept membres votants et deux observateurs, serait mis en place.

Depuis, laborieusement, le Conseil a été formé et ses documents de références élaborées, notamment un accord politique, un document cadre et un projet de décret à faire paraître dans le journal officiel Le Moniteur, ce qui formaliserait la nomination des 9 membres de l’entité.

Mais le Conseil des ministres, habilité dans les circonstances actuelles à faire publier des documents officiels dans Le Moniteur, s’est montré peu pressé.

Les autorités en place avaient pourtant promis, le lundi 1er avril 2024, au nouvel ambassadeur américain à Port-au-Prince, Dennis Bruce Hankins, de conclure rapidement les démarches, en vue de la passation des pouvoirs au Conseil présidentiel.

Lors d’un conseil des ministres, dirigé le même jour à distance par Ariel Henry, les membres du gouvernement se seraient penchés sur « le meilleur moyen de créer le Conseil présidentiel intérimaire et d’effectuer la nomination de ses membres ».

Le chaos avance

Alors que le processus politique semble en panne, le chaos ne fait qu’avancer à pas de géant.

La capitale, Port-au-Prince, et ses environs, centres économique, politique, universitaire, sanitaire, sont devenus « une prison à ciel ouvert », estime l’Expert des Nations unies sur les droits humains en Haïti, l’Américain William O’Neill, devant le Conseil des droits de l’homme, à Genève (Suisse), le mardi 2 avril 2024.

« La population haïtienne ne peut plus attendre », affirme, à la même occasion, le haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, l’autrichien Volker Türk. Il appelle à prendre des mesures d’urgence visant à « rétablir un certain degré d’ordre public ».

« Plus nous tardons à trouver une solution, plus la population haïtienne est exposée aux risques d’un génocide », alerte, pour sa part, le jeudi 4 avril, toujours à la tribune du Conseil des droits de l’homme, le représentant permanent d’Haïti auprès des Nations unies, Justin Viard.

Entretemps, à Port-au-Prince, il parait évident que le couvre-feu, renouvelé toutes les semaines par le gouvernement sortant, ne produit aucun résultat et se confond avec le vide, qui laisse toute la place à la terreur des gangs armés.

Tous les jours, la police est sur les dents, affrontant des bandits qui mènent une offensive coordonnée, n’épargnant personne, ni aucun bâtiment, multipliant des victimes, des incendies, des pillages et des attaques obstinées, y compris contre le palais présidentiel.

Mise à sac d’hôpitaux, de pharmacies et de dépôts de médicaments, d’écoles et de centres universitaires publics, attaques, incendie et/ou pillages d’institutions républicaines, d’institutions privées qui servent la communauté, des églises et autres lieux de culte, des maisons familiales, des petits commerces et magasins, des garages, etc.

Plus de 1500 personnes tuées durant les trois premiers mois de cette année et plus de 53.000 personnes déplacées en 3 semaines durant le mois de mars.

Ce sont des responsables d’universités au sein du Réseau National de l’Enseignement Supérieur Public Haïtien (ReNES), qui relèvent ce bilan de guerre et qui se demandent avec angoisse : « à qui profite le déchaînement de violence contre un peuple pacifique ? »

Ce qui est sûr, pour d’autres universitaires, c’est que la conjoncture de crise est telle que la chute du pouvoir de facto d’Ariel Henry ne permet, pour le moment, ni de mettre fin au chaos rampant, qui a suivi l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, ni de sortir de l’impasse politique.

Pour ces professeurs d’université qui prenaient part à un webinaire sur les bouleversements sociopolitiques en Haïti, on assiste à rien de moins que l’ « effondrement de l’État ». [gp apr 11/04/2024 1 :00]