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Haïti-Migration :Le Garr et Amnesty International appellent à la cessation des politiques migratoires racistes de la République Dominicaine

P-au-P, 09 avril 2024 [AlterPresse] --- Le Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr) et l’organisation Amnesty International demandent au gouvernement de la République Dominicaine de mettre fin à ses politiques migratoires racistes, dans des notes séparées dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Tout en condamnant la vague de racisme et de xénophobie contre les migrantes et migrants haïtiens en République Dominicaine, la plateforme Garr dit saluer l’initiative de l’organisation Amnesty International, qui a exhorté les autorités dominicaines à suspendre les violations des droits des migrantes et migrants et réfugiés haïtiens se trouvant sur leur territoire.

Elle appelle à la vigilance et à la solidarité de la communauté internationale pour la protection des droits des migrantes et migrants haïtiens, bafoués quotidiennement en République Dominicaine.

Elle dénonce la persistance des opérations de déportations massives de migrantes et migrants haïtiens par les autorités dominicaines, malgré le chaos qui sévit en Haïti.

Les migrantes et migrants haïtiens sont battus, jetés en prison sans accès à la nourriture ni eau potable, lors de ces expulsions marquées par de graves violations de droits humains, fustige l’organisme de défense des droits des réfugié-e-s.

De plus, ils sont victimes en détention d’usage abusif de gaz lacrymogènes pour les réduire au silence.

« Leurs domiciles sont saccagés, leurs économies emportées, leurs biens et documents personnels détruits ou confisqués. En fin de compte, ils sont renvoyés à la frontière les mains vides ».

Des migrantes et migrants haïtiens arrivent à la frontière avec des blessures par balles aux pieds, alors que d’autres ne s’en sortent pas vivants, lors d’arrestations, signale la plateforme Garr, soulignant combien ces actes racistes et inhumains sont inacceptables et en totale violation des principes des droits humains.

La plateforme Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés demande, de nouveau, aux dirigeants dominicains de sursoir aux rapatriements massifs des Haïtiennes et Haïtiens, et de respecter les termes des accords et des conventions signées par leur pays en matière de migration.

La communauté internationale est aussi appelée à prendre des mesures fermes, visant à contraindre la République Dominicaine à traiter les Haïtiennes et Haïtiens avec respect et dignité.

Plus de 25 mille 700 migrantes et migrants ont été rapatriés, au cours du mois de décembre 2023, de la République Dominicaine vers Haïti, souligne la plateforme Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr), dans un rapport mensuel rendu public le mardi 23 janvier 2024.

Près de 7 mille ressortissantes et ressortissants haïtiens ont été également refoulés, alors que plus de 30 mille 479 sont retournés volontairement en Haïti, en proie à la violence des gangs armés depuis plusieurs années.

Environ 400,000 personnes ont été contraintes de se déplacer jusqu’en 2024.

Amnesty International dénonce les politiques migratoires de facto racistes de la République Dominicaine

En collaboration avec des organisations dominicaines de défense des droits humains, Amnesty International demande que cessent les violations des droits fondamentaux que subissent les Haïtiennes et Haïtiens, les Dominicaines et Dominicains d’origine haïtienne et les personnes noires, dans le cadre de politiques migratoires de facto racistes, dans une lettre ouverte adressée, le 2 avril 2024, au président de la République Dominicaine Luis Abinader et à d’autres institutions de l’État.

Les modalités d’application de ces politiques migratoires de facto racistes « s’appuient sur une discrimination raciale, entraînant ainsi l’exclusion de personnes haïtiennes et dominicaines sur la base de leur origine ethnique ».

« Le gouvernement dominicain lui-même a déclaré avoir expulsé plus de 250,000 Haïtiennes et Haïtiens en 2023, y compris des personnes nécessitant une protection internationale. Ces expulsions collectives constituent une violation flagrante des obligations internationales de la République Dominicaine et mettent en danger la vie et les droits des personnes concernées. Les retours forcés vers Haïti doivent cesser », a déclaré Ana Piquer, directrice pour les Amériques à Amnesty International.

« La décision radicale du gouvernement, qui a suspendu toutes les bases légales permettant aux personnes haïtiennes de travailler, d’étudier ou de résider dans le pays, a eu de lourdes conséquences : des familles ont été séparées et de nombreuses personnes se sont retrouvées dans l’incertitude quant à leur situation migratoire ».

L’exclusion des personnes noires d’origine haïtienne et dominicaine est le résultat d’un ensemble de politiques migratoires discriminatoires, et notamment de la détention et des expulsions collectives, qui touchent les personnes haïtiennes, y compris des enfants et des femmes enceintes ou venant d’accoucher, relève Amnesty International.

Elle appelle les autorités dominicaines à garantir, dans les plus brefs délais, l’accès des Haïtiennes et Haïtiens aux procédures d’asile, sans aucune discrimination ; et à rétablir les voies légales d’entrée et de séjour pour les travailleuses et travailleurs, les étudiantes et etudiants, les personnes en quête d’asile, les migrantes et migrants cherchant à résider légalement dans le pays, ainsi que dans le cadre du regroupement familial.

Amnesty International demande également aux autorités dominicaines d’enquêter sur les allégations de violences à caractère raciste et d’autres violations des droits humains, perpétrées par des agent·e·s de l’immigration, de la police et des forces armées ; de mettre fin à l’arrestation et à l’expulsion de femmes enceintes, d’enfants et de personnes dominicaines d’origine haïtienne ; ainsi que de veiller au respect du droit de défendre les droits humains.

« Nous disposons d’informations sur des actes graves, qui auraient été commis par des fonctionnaires de l’État dominicains et qui portent atteinte à la dignité et à l’intégrité physique de personnes haïtiennes ou d’origine haïtienne et dominicaines noires, directement impactées par des pratiques racistes. Au lieu de protéger ces personnes du harcèlement, de la stigmatisation et des menaces dont elles sont victimes, les autorités dominicaines ont favorisé des discours et des politiques discriminatoires à leur encontre », signale Ana Piquer.

« Face à l’urgence de la situation, il est impératif que la République Dominicaine s’engage à construire une société antiraciste, où les droits humains de toutes les personnes sont pleinement respectés et protégés, indépendamment de leur nationalité, de leurs origines ou de leur statut migratoire », insiste-t-elle. [mff emb rc apr 09/04/2024 10:10]