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Haïti-Gangs : De nombreux morts et une trentaine de postes de police et d’entreprises détruites, selon le Rnddh

Appel en faveur de mesures pour protéger la population

P-au-P, 06 mars 2024 [AlterPresse] --- Un nombre indéterminé de personnes ont été tuées et une trentaine de postes de police et d’entreprises vandalisés et/ou incendiés, du jeudi 29 février au dimanche 3 mars 2024, relève un rapport du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) sur la situation chaotique provoquée par les gangs armés en Haïti, transmis à l’agence en ligne AlterPresse.

Six (6) agents.es de la Police nationale d’Haïti (Pnh) ont été tuées par balles, lors d’une attaque armée contre le sous-commissariat de Bon Repos (nord).

Deux (2) marchandes non identifiées jusqu’à présent, qui se trouvaient à la Rue Cameau (Port-au-Prince) ont été également victimes.

Plusieurs autres personnes, dont deux (2) policiers S.S. et G.S. affectés respectivement au sous-commissariat de Bon Repos et au commissariat de l’aéroport, ont été blessées par balles.

« Une jeune fille, dont la mère tient boutique devant la Faculté des sciences humaines (Fasch de l’Université d’État d’Haïti / Ueh), a été effleurée par une balle, au niveau de la bouche et D.W., un étudiant en première année à la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire (Famv de l’Ueh), a été effleuré d’une balle au niveau de l’oreille », relate le Rnddh.

Des milliers de familles ont été de nouveau contraintes d’abandonner leurs maisons, pour se réfugier dans des camps d’hébergement ou chez des proches en raison de la situation de terreur, selon les témoignages recueillis par le Rnddh auprès de riveraines et riverains.

Au moins vingt-et-une (21) institutions, des entreprises commerciales ainsi qu’au moins neuf (9) commissariats et sous-commissariats de police ont été vandalisés et/ou incendiés.

Des attaques répétées de gangs armés contre des institutions symboliques

Le mur, clôturant l’enceinte de l’Académie nationale de police (Anp) située sur la route de Frères, dans la commune de Pétionville (périphérie est de la capitale), a été détruit, dans des assauts de bandits armés le jeudi 29 février 2024.

Les locaux de cet espace ont été vandalisés par les bandits armés, qui ont orchestré, le 5 mars 2024, une nouvelle attaque contre ladite Académie.

Des attaques de bandits armés ont été menées à l’encontre de l’aéroport international Toussaint Louverture et l’aérogare Guy Malary, le jeudi 29 février 2024.

Un agent I, issu de la 28e promotion et affecté au commissariat de police de l’aéroport, a reçu trois (3) projectiles au dos.

« De nombreuses vitres ont été cassées. 23 impacts de balles ont été constatés, dont sept (7) ont atteint la salle d’attente de l’aérogare. Deux (2) autres ont percé un avion appartenant à la compagnie aérienne Sunrise Airways », rapporte le Rndhh.

Le Rnddh a aussi constaté un impact de balle dans un avion appartenant à une compagnie aérienne cubaine, qui se trouvait sur le tarmac de l’aéroport international Toussaint Louverture.

Le samedi 2 mars 2024, un avion de la compagnie Sunrise Airways a été touché par trois (3) projectiles, lors d’une nouvelle attaque armée, qui a duré de longues heures aux alentours de l’aéroport international Toussaint Louverture.

Le lundi 4 mars 2024, des bandits armés ont, encore une fois, tiré en direction de l’aéroport international de Port-au-Prince et ont tenté de l’investir.

Les samedi 2 et dimanche 3 mars 2024, deux centres de détention, dont la prison civile de Port-au-Prince et celle de la Croix-des-Bouquets, ont été vidées de leur population carcérale, suite à une attaque orchestrée par des bandits armés.

Sur 3,687 détenus, il reste aujourd’hui 99 au Pénitencier national à Port-au-Prince.

La prison civile de Croix-des-Bouquets (au nord-est de Port-au-Prince), qui comprenait 1,036 détenus, a été aussi vidée de ses détenus, dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 mars 2024.

Dans la soirée du 3 mars 2024, six (6) parmi les agents de la Pnh, qui étaient en isolement au commissariat de Delmas 33, se sont évadés.

Plusieurs cadavres, dont ceux de détenus qui tentaient de s’évader, ont été découverts dans diverses communes du département de l’Ouest.

Des cas d’enlèvements, suivis de séquestration contre rançons, ont été aussi recensés pendant les moments de troubles à Port-au-Prince.

Le mardi 5 mars 2024, à la Croix-des-Bouquets, des bandits armés ont investi la résidence des sœurs de la Congrégation Saint Joseph de Cluny et ont enlevé trois (3) religieuses, relate le Rnddh.

L’organisme de défense des droits humains déplore l’absence de mesures par les autorités, en vue de protéger la population haïtienne.

« Aucune mesure n’aidera à rétablir l’ordre si les bandits armés restent aussi puissants, si la hiérarchie de la Police nationale d’Haïti (Pnh) continue d’être de connivence avec eux et s’ils continuent eux-mêmes de bénéficier de la protection des autorités judiciaires et politiques haïtiennes », estime le Rnddh.

Les recommandations

Le Réseau national de défense des droits humains recommande aux secteurs vitaux de la nation de doter le pays d’un gouvernement non prédateur des droits humains, formé d’hommes et de femmes intègres, compétents et engagés à rendre fonctionnelles les institutions de l’État.

Il demande aussi de tout mettre en œuvre, en vue de reprendre le contrôle du territoire national dans son ensemble et de réappréhender tous les détenus, qui se sont évadés.

Il faut enquêter sur les derniers événements ayant conduit à l’évasion de la population carcérale des prisons de Port-au-Prince et de la Croix-des-Bouquets et sur l’évasion des policiers en isolement, enregistrée au commissariat de Delmas 33.

Arrêter, juger et condamner tous ceux qui sont impliqués dans l’orchestration et la perpétration des attaques contre les centres de détention et de rétention susmentionnés, démanteler les gangs armés, arrêter, juger et condamner les bandits armés qui sèment la terreur dans le pays, sont parmi les recommandations faites par le Rnddh.

Il convient également de démettre le haut état-major de la Pnh de ses fonctions et entamer des poursuites judiciaires contre ses membres, pour n’avoir pas empêché l’escalade de la violence en Haïti, aggravée par les récentes évasions de prisons. [emb rc apr 06/03/2024 15:20]