P-au-P, 04 mars 2024 [AlterPresse] --- Les activités commerciales et scolaires sont paralysées dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, ce lundi 4 mars 2024, après les récents assauts des gangs armés contre plusieurs infrastructures de l’État, observe l’agence en ligne AlterPresse.
Beaucoup d’entreprises commerciales et des banques ont gardé leurs portes fermées en plusieurs endroits du centre-ville, en particulier dans diverses zones qui subissent, depuis le jeudi 29 février 2024, les conséquences des assauts des gangs armés.
La paralysie concerne également l’administration publique, tandis que des activités commerciales informelles sont observées et les marchés publics fonctionnent.
Dans le centre-ville de Port-au-Prince, beaucoup de personnes en profitent pour se ravitailler en nourriture et eau, en vue de parer à une éventuelle rareté de produits alimentaires.
Toutefois, une bonne partie de la population se terre chez elle et craint une dégradation continue de la situation, alors que la police est peu visible là où des civils armés sont remarqués sur différents axes routiers.
Il en est ainsi au niveau de Village Solidarité et de Delmas 3 (secteur nord), par exemple, ce qui alimente la peur au niveau de nombreuses familles. Paniquées, elles tentent de se déplacer vers d’autres lieux, mais parfois sans destination fixe.
La panique gagne du terrain, suivant des témoignages parvenus à AlterPresse et AlterRadio concernant plusieurs quartiers qui étaient jusqu’à ces dernières heures paisibles.
Des barricades de pneus usagés enflammés ont été dressées dans plusieurs secteurs de la capitale.
Parallèlement des pillages de commerces, d’institutions publiques et de résidences par des individus armés, entre autres, sont rapportés, notamment au bas de Delmas (secteur nord) et en Plaine (périphérie nord).
Au moins quatre cadavres calcinés, dont deux à l’avenue Poupelard et deux autres à Christ-Roi (centre-ville), ont été signalés.
Dans la commune de Carrefour (au sud de la capitale), les activités commerciales, scolaires et les transports en commun ont repris partiellement et timidement.
Dans la soirée du dimanche 3 mars 2024, des détonations de tirs ont encore été entendues au niveau de DeMichel (municipalité de Carrefour).
L’administration Biden est alarmée par ce qu’elle décrit comme une "situation de sécurité qui se détériore rapidement" en Haïti alors que les gangs armés du pays ont étendu leurs attaques contre des infrastructures critiques dimanche 3 mars, rapporte le quotidien américain Miami Herald.
Le département d’État des États-Unis a lancé dimanche 3 mars une alerte de sécurité aux citoyens américains, leur demandant "d’être extrêmement prudents".
Les citoyens américains "devraient quitter Haïti dès que possible par des options de transport commerciales ou d’autres options de transport disponibles, à la lumière de la situation actuelle en matière de sécurité et des défis en matière d’infrastructure", peut-on lire dans l’alerte.
Par ailleurs, les ambassades des États-Unis, du Canada et de la France en Haïti sont fermées aux visiteuses et visiteurs le lundi 4 mars 2024.
« Les opérations se poursuivent, mais tous les rendez-vous en personne sont annulés », souligne l’ambassade du Canada en Haïti.
L’administration publique, le commerce, l’industrie et les écoles ne sont pas officiellement fermés, durant les 3 jours de l’État d’urgence, déclaré 4 jours après le début des évènements, par le gouvernement de facto, tient à préciser le bureau du premier ministre de facto, dans une note en date du lundi 4 mars 2024.
Un couvre-feu a été décrété en référence à cet État d’urgence dans tout le département de l’Ouest, entre six heures (locales) du soir (23.00 gmt) et cinq heures du matin (10:00 gmt), les lundi 4, mardi 5 et mercredi 6 mars 2024.
Cette mesure ne s’applique pas aux agents de la force publique en service, aux pompiers, aux ambulanciers, aux personnels de santé et aux journalistes dûment identifiés, selon le gouvernement de facto.
L’objectif recherché avec l’« État d’urgence » et le « couvre-feu » serait « de rétablir l’ordre et de prendre les mesures appropriées aux fins de reprendre le contrôle de la situation ».
Une escalade de tension est observée depuis le jeudi 29 février dernier, à la capitale, Port-au-Prince, où des tirs nourris sont entendus de jour comme de nuit dans divers quartiers. Le Pénitencier national, principale prison du pays au centre de la capitale, Port-au-Prince, a été attaqué dans la soirée du samedi 2 mars 2024, par des bandits lourdement armés. Le jour suivant, c’était au tour de la prison civile de Croix-des-Bouquets (au nord-est de Port-au-Prince)
Plus de 5 mille détenus se seraient évadés du Pénitencier national et de la prison civile de Croix-des-Bouquets.
Environ une centaine de détenus ne se seraient pas échappés du Pénitencier national, après l’assaut donné, dans la soirée du samedi 2 mars 2024, par des bandits lourdement armés, suivant les mêmes sources.
La confusion demeure sur le nombre de prisonniers qui se sont évadés, l’administration pénitentiaire n’ayant produit jusqu’à présent aucun rapport rendu public.
Situé au centre-ville de Port-au-Prince, le principal centre de détention en Haïti, qui accueillait environ 4 mille prisonniers, est ainsi vidé avec cette évasion massive et spectaculaire, favorisée par l’assaut de bandits lourdement armés, signale la même source.
Le Stade national de football Sylvio Cator et ses environs ont été envahis et occupés par les gangs armés depuis tantôt 2 jours (jeudi 29 février et vendredi 1er mars 2024), rapporte la Fédération haïtienne de football (Fhf).
La Fhf annonce une évaluation, dès que possible, avec l’appui d’un juge de paix, de l’ampleur des dégâts perpétrés par les gangs armés.
Un des employés de la Fhf a été séquestré et sa vie a été menacée, s’alarme la Fhf, qui dit condamner « avec véhémence ces actes de violence, qui auront, sans doute, de graves répercussions sur le football haïtien ».
Dans un tweet, le Syndicat national des policiers haïtiens (Synapoha) alerte sur une éventuelle menace d’attaque de bandits armés contre la base du Corps d’intervention et de maintien de l’ordre (Cimo), situé à Delmas.
Cette brusque accélération de la crise se produit en absence du premier ministre de facto Ariel Henry. En voyage dans la Caraïbe et en Afrique depuis la semaine dernière, est-il revenu au pays ? C’est la question qui est formulée par plus d’uns.
Ariel Henry a pris part en Guyana au dernier sommet de la Communauté économique de la Caraïbe (Caricom). Les dirigeants caribéens ont annoncé qu’il s’est engagé à organiser des élections d’ici août 2025.
Une nouvelle ronde de négociations entre les acteurs politiques haïtiens prévue en Jamaïque, à l’initiative de la Caricom, a été annulée.
Lors d’une visite au Kenya, Ariel Henry a finalisé le 1er mars un accord de coopération en matière de police et de sécurité pour permettre le déploiement d’une force multinationale armée dirigée par le Kenya en Haïti.
Aucune information officielle n’a été communiquée sur l’itinéraire suivi par Ariel Henry après ces deux voyages. [emb rc gp apr 04/03/2024 11:25]
