Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (Rehmonco)
Soumis à AlterPresse le 18 février 2024
Depuis plus trois semaines, les classes populaires se mobilisent contre l’ordre de la terreur, instauré dans le pays depuis le 16 novembre 2018. Au cours de la journée du 7 février de cette année 2024, des centaines de milliers de personnes ont investi les rues de plusieurs villes du pays pour demander le départ du Premier ministre de facto Ariel Henry. Cette date est emblématique, parce qu’elle marque le trente-huitième anniversaire de la chute de la dictature des Duvalier.
Rappelons que la lutte pour renverser la dictature visait également à changer l’État haïtien, qui, pendant plus de 200 ans, reproduit la misère, l’exclusion et l’oppression. Un État qui, depuis 1915, est totalement assujetti aux seuls intérêts de l’impérialisme étasunien. C’est cet État, aujourd’hui en pleine décomposition, qui s’est transformé en un État-voyou, dirigé par un régime dont l’appui aux gangs criminalisés n’est plus à démontrer. Cet État, malgré sa déliquescence, est maintenu en vie grâce au soutien inconditionnel de l’impérialisme étasunien et de l’oligarchie.
Cet État-voyou est donc nécessaire à la continuation de la domination et au pillage des ressources du pays. C’est pourquoi la répression est essentielle pour que l’impérialisme étasunien et l’oligarchie puissent continuer à préserver leurs intérêts. Et c’est dans ce sens que l’on doit comprendre le rôle joué par les gangs aujourd’hui.
Les classes populaires sont conscientes que la montée en puissance de ces gangs criminels fédérés est objectivement liée aux intérêts de l’oligarchie et de l’impérialisme. En facilitant et finançant le développement des gangs dans les principaux centres urbains du pays, les oligarques et le gouvernement de facto souhaitent neutraliser toutes mobilisations contre la misère, l’absence de services publics, de santé, d’éducation, etc.
De jour en jour, la répression par le truchement des gangs atteint de nouveaux sommets. Pour l’année 2023, plus de 8,000 personnes ont été assassinées ou kidnappées. À l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, suite aux attaques des gangs, au moins 100,000 personnes sont contraintes de fuir leurs maisons. Au mois de janvier 2024 uniquement, plus de 800 personnes ont été tuées, blessées ou kidnappées, selon le Haut Commissariat des Nations unies aux droits humains.
Aujourd’hui, une évidence s’impose à nous : le gouvernement de facto restera au pouvoir aussi longtemps que ses tuteurs étrangers et de l’oligarchie lui intimeront l’ordre d’y rester. Une autre réalité nous semble également évidente : les propositions, soumises par des groupes de la société civile de trouver « une solution haïtienne pacifique » à la crise, ont atteint les limites objectives, qui étaient inscrites dans la démarche de ces groupes dès le début. L’impérialisme n’entend négocier avec personne et n’entend faire aucun compromis touchant sa domination et ses intérêts. Et, il est important de le répéter : la forme de la domination impériale aujourd’hui exclut toutes formes de démocratie représentative formelle, d’institutions d’un État souverain et démocratique. Pour l’impérialisme, la domination doit être totale.
Mais pour qu’elle soit totale, cette domination doit s’appuyer sur une violence totale. Voilà pourquoi il est impératif que les classes populaires s’organisent pour construire une résistance totale face à cette violence. Le temps des manifestations spontanées de masse uniquement nous semble révolu.
Aujourd’hui, le temps est à la construction de la lutte organisée à court, à moyen et à long termes !
Pour authentification,
Renel Exentus, Frank W. Joseph
Montréal, le 18 février 2024
Contact : rehmoncohaiti1915@gmail.com
