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Crise : Hantise d’un éventuel chaos généralisé en Haïti

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P., 07 février 2024 [AlterPresse] --- Les derniers développements des mouvements de protestations populaires, de plus en plus émaillés de violences dans la capitale, Port-au-Prince, et dans différentes villes en province, amplifient les inquiétudes chez la population, relève l’agence en ligne AlterPresse.

Dans les mobilisations qui se poursuivent à travers Haïti, différentes forces, opposées à l’équipe de facto au pouvoir depuis le 20 juillet 2021, vont jusqu’à appeler à la révolution.

Ces appels tendraient à renforcer la hantise d’un éventuel chaos généralisé dans le pays.

La période intérimaire du gouvernement de facto d’Ariel Henry, qui s’est installé le 20 juillet 2021 à la suite d’un tweet de la communauté internationale, devrait prendre fin ce mercredi 7 février 2024, selon l’article 20 de l’accord du 21 décembre 2022, signé entre Ariel Henry et ses alliés, et rappelé par des partis et regroupements politiques de l’opposition.

A la veille de la date symbolique du 7 février 2024, marquant le 38e anniversaire de la chute de la dictature des Duvalier (François Duvalier 22 septembre 1957 - 21 avril 1971, Jean-Claude Duvalier 22 avril 1971 - 7 février 1986), de nouvelles manifestations plus agressives ont eu lieu, les lundi 5 et mardi 6 février 2024, dans la capitale, Port-au-Prince, et plusieurs villes en province, en vue de continuer d’appeler Ariel Henry à la démission.

Des scènes de pillage et d’actes de vandalisme ont été signalés dans la commune de Pétionville (périphérie est de Port-au-Prince), lors de protestations antigouvernementales.

Citoyennes et citoyens, dont certains munis de machettes, ont manifesté dans les rues de Pétionville et de Delmas contre la présence d’Ariel Henry à la tête du pays.

Lourdement armés, des agents de la Brigade de sécurité des aires protégées (Bsap), qui circulaient à bord de patrouilles lors d’une manifestation, ont été applaudis par une foule de protestataires à Pétionville.

Déporté le jeudi 30 novembre 2023, après 6 ans d’emprisonnement pour blanchiment d’argent lié au trafic de drogue aux États-Unis d’Amérique, l’’ancien officier de police, Guy Philipe est entré à Port-au-Prince comme promis le mardi 6 février 2024 pour participer, le mercredi 7 février 2024, aux manifestations visant à exiger le départ du premier ministre de facto, Ariel Henry.

A Pétionville, Guy Philippe a été accueilli en grande pompe par des sympathisantes et sympathisants.

Sa présence dans la capitale arrive dans un contexte d’intensification des mouvements de protestations anti-gouvernementales, dispersées à plusieurs reprises à coup de gaz lacrymogènes par des agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh).

Ces mobilisations contre Ariel Henry continuent de provoquer une paralysie des activités scolaires, un ralentissement du commerce formel et informel ainsi que des transports en commun.

Lors de ses différentes interventions dans la presse, Guy Philippe a appelé à la révolution et à la désobéissance civile pour forcer Ariel Henry à laisser le pouvoir.

Arrêté à Pétionville le jeudi 5 février 2017 par la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (Blts), Guy Philipe a purgé une peine de 6 ans de prison aux États-Unis pour blanchiment d’argent lié au trafic de la drogue.

Par ailleurs, des milliers de protestataires ont manifesté notamment dans les rues du Cap-Haïtien (Nord), des Cayes (Sud), des Gonaïves (Artibonite), de Thomassique, Thomonde, Hinche (Plateau central), Port-de-Paix (Nord-Ouest), Jérémie (Grande Anse), Miragoâne (Nippes), Fort-Liberté, Ouanaminthe, Terrier Rouge et Trou-du-Nord (Nord-Est)t-au-Prince), Petit-Goave (Ouest, à 68 km au sud de Port-au-Prince).

Le mardi 6 février 2024, des affrontements armés ont fait un mort et quatre blessés, lors des mobilisations à Mirebalais (Plateau central).

Aux Gonaïves, des actes de vandalisme ont été commis contre les locaux de l’Office d’assurance vehicules contre tiers (Oavct), de la douane et du tribunal de paix section nord, lors de manifestations, le mardi 6 février 2024.

Une personne a été blessée par balle lors d’une manifestation antigouvernementale à Hinche.

La veille, des protestataires, accompagnés d’agents de la Bsap, ont pillé la douane de Hinche, le lundi 5 février 2024.

« Aucun agent environnemental (de la Bsap), muni d’armes à feu quel qu’il soit, et sous aucun prétexte, n’est autorisé en uniforme ou non à circuler dans les villes », selon un communiqué du gouvernement de facto, rendu public fin janvier 2024.

A partir du lundi 5 février 2024, toute citoyenne et tout citoyen, surpris avec une arme sur la voie publique lors des rassemblements, seront traqués par la police. déclare, dans un communiqué de presse en date du mardi 6 février 2024, le commissaire du gouvernement près le tribunal civil de Port-au-Prince, Edler Guillaume.

La contrevenante ou le contrevenant sera ensuite traduit devant les tribunaux dans le cadre d’un procès équitable, menace Edler Guillaume, 15e chef du parquet de Port-au-Prince en 10 ans, transféré en mai 2023 de Hinche à Port-au-Prince.

Il est interdit de porter des armes à feu ou toute autre arme, pouvant mettre en danger la vie des citoyennes et citoyens, souligne le parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince, tout en reconnaissant le droit de la population de manifester, conformément à l’article 31 de la Constitution haïtienne de 1987.

« Il en est de même pour celles et ceux, qui optent pour la violence en s’attaquant délibérément aux vies et aux biens », ajoute-il.

La participation, ces derniers jours, de la Bsap dans les mobilisations de rues aux côtés de la population et de partisans de l’ancien officier de police Guy Philippe, qui réclament, à cor et à cri, le départ du premier ministre de facto Ariel Henry, jugé illégitime, ferait craindre d’éventuels affrontements avec des forces de police et armées au service du pouvoir de facto en place.

En plus des gangs armés pro et anti-Ariel Henry, la Bsap est devenue une nouvelle force incontrôlable par le gouvernement en place, depuis la révocation arbitraire de leur chef Jeantel Joseph à la tête de l’Agence nationale des aires protégées (Anap), structure en charge de la Bsap.

Inquiétudes du Binuh et des proches du pouvoir de facto

Dans une interview accordée le 6 février 2024 à la chaine BBC News, la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies et cheffe du Bureau intégré des Nations unies (Binuh), l’Équatorienne Maria Isabel Salvador, a signalé combien la situation sécuritaire se détériore en Haïti.

Elle a aussi signalé l’urgence d’un déploiement rapide de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas), autorisée par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu) depuis le lundi 2 octobre 2023.

Le porte-parole de l’une des branches du Secteur démocratique et populaire (Sdp), Michel André, fervent allié d’Ariel Henry, invite les forces de l’ordre « à assumer leurs responsabilités face aux trafiquants de drogue et aux chefs de gangs, qui cherchent à déstabiliser le pays ».

Le Sdp dit soutenir le premier ministre de facto Ariel Henry jusqu’à ce qu’il organise des élections et remette le pouvoir aux élus choisis par le peuple.

« Haïti n’est en guerre avec aucun pays. Nous nous entretuons nous mêmes ! Pourquoi ? Quel foutu mal nous poursuit », exprime, dans un tweet, une autre proche zélée du pouvoir en place, Edmonde Supplice Beauzile, présidente du parti politique Fusion des sociaux-démocrates haïtiens (Fusion). [emb rc apr 07/02/2024 09:00)