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Criminalité : Stopper le trafic illicite d’armes et de munitions, une étape essentielle pour rétablir la sécurité à long terme en Haïti, selon l’Onudc

P-au-P., 27 janv. 2024 [AlterPresse] --- La directrice exécutive de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), l’Égyptienne Ghada Fathi Waly, souligne l’urgence d’endiguer le trafic illicite d’armes à feu et de munitions en Haïti, lors d’une séance devant le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), le jeudi 25 janvier 2024, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« La situation sécuritaire en Haïti continue de se détériorer rapidement, avec une violence généralisée des gangs dans les rues, favorisée par le flux illicite d’armes et de munitions dans le pays. Tant que les gangs continueront à avoir accès à des armes à feu très sophistiquées, ils resteront capables de soumettre la population haïtienne à un règne de terreur », signale Ghada Fathi Waly.

La directrice exécutive de l’Onudc en veut pour preuve la récente vague de violences entre gangs, qui ont forcé habitantes et habitants à abandonner leurs maisons et ont coûté la vie à beaucoup d’autres, notamment dans les quartiers de Solino et de Nazon (à Port-au-Prince).

Il faut également permettre aux autorités haïtiennes de sécuriser leurs frontières et de soutenir la Police nationale d’Haïti (Pnh).

« Il s’agit d’étapes essentielles pour ouvrir la voie à un processus politique inclusif et viable, qui est le seul moyen pour Haïti de parvenir à la paix et à la sécurité à long terme ».

Haïti risque de faire face à de grandes incertitudes, dans les semaines et les mois à venir, avertit Ghada Fathi Waly, faisant remarquer combien il y a plusieurs échéances politiques, qui se profilent à l’horizon.

Dans ce contexte, caractérisé par la persistance des violences des gangs armés, il est plus important que jamais de prendre toutes les mesures possibles pour empêcher les flux illicites de déstabiliser davantage le pays, souhaite-t-elle.

« Et pour freiner les flux financiers illicites, Haïti a besoin d’une meilleure évaluation des risques de corruption, de procédures et directives de justice pénale, de capacités techniques et d’enquête, ainsi que de cadres juridiques et réglementaires ».

4 principales routes maritimes et terrestres pour les flux illicites d’armes à feu et de munitions vers Haïti

Quatre principales routes maritimes et terrestres, utilisées pour les flux illicites d’armes à feu et de munitions vers Haïti, principalement en provenance des États-Unis, ont été identifiées dans le premier rapport d’octobre 2023 de l’Onudc, rappelle Ghada Fathi Waly.

Ce document d’octobre 2023 « détaillait comment les armes et munitions illicites, achetées aux États-Unis d’Amérique, étaient acheminées vers des ports maritimes spécifiques de la République Dominicaine et ensuite vers Haïti, via des postes frontaliers terrestres ».

11 pistes d’atterrissage informelles ou clandestines ainsi que de nouveaux points de passage non officiels du trafic d’armes et de munitions vers Haïti

Il existerait, selon ce document, 11 pistes d’atterrissage informelles ou clandestines réparties à travers Haïti.

Elles représenteraient « un angle mort, qui est peut-être utilisé par les trafiquants et les contrebandiers, sachant que les petits avions volant directement entre les États-Unis et Haïti sont difficiles à surveiller », note Ghada Fathi Waly.

« Après la fermeture de la frontière terrestre en septembre 2023 et des mesures plus strictes prises par les autorités dominicaines, ces routes sont devenues plus difficiles d’accès, provoquant le détournement du trafic vers d’autres points de passage non officiels dans des régions plus reculées », mentionne le dernier rapport du l’Onudc, publié le mercredi 24 janvier 2024, sur la crise en Haïti.

Ledit rapport a actualisé les données, liées aux sources et itinéraires des armes illicites et des flux financiers dans le pays.

« Un nombre relativement restreint de gangs haïtiens, tels que les groupes 5 Segonn et 400 Mawozo, sont devenus hautement spécialisés dans l’acquisition, le stockage et la distribution d’armes et de munitions. Ils déplacent les armes à feu des points d’entrée vers leurs fiefs, avant de les distribuer ou de les vendre à d’autres groupes armés », relève le dernier rapport de l’Onudc, qui examine également la dynamique du trafic d’armes et de munitions en Haïti.

Pour faire face au trafic d’armes et de munitions, la directrice exécutive de l’Onudc insiste sur l’urgence de renforcer les capacités haïtiennes de contrôle des frontières et des douanes, notamment le long de la frontière haïtiano-dominicaine ainsi que des frontières maritimes.

Brutalités accrues dans plus de la moitie de plusieurs milliers de cas de déplacements forcés en 2023 en Haïti

Les actes de brutalités se sont révélés accrus dans plus de la moitié des vagues de déplacements forcés de plus de 310 mille personnes en 2023 en Haïti, relève l’Organisation internationale pour les migrations (Oim) dans une évaluation des déplacements internes.

« L’extrême brutalité, à laquelle sont confrontés les Haïtiennes et Haïtiens, aggrave les profondes inégalités, les niveaux élevés de privation des besoins humains fondamentaux et un environnement sécuritaire fragmenté. 94% des personnes déplacées en Haïti sont originaires du département de l’Ouest, la capitale en étant la principale source », signale l’Oim.

Au cours de l’année 2023, plus de 8,400 personnes ont été tuées, blessées et/ou kidnappées, indique le Bureau intégré des Nations unies (Binuh), déplorant combien « les multiples crises prolongées ont atteint un stade critique en Haïti ».

Plus de 5,000 personnes ont été tuées, dans les violences des gangs armés qui ravagent Haïti, a fait savoir le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), Antonio Guterres, dans un rapport publié le mardi 23 janvier 2024. [mff emb rc apr 27/01/2024 11:30]