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Haïti : Le Rnddh dénonce les conditions infrahumaines dans 60 camps de personnes déplacées à Port-au-Prince

P-au-P., 15 janv. 2024 [AlterPresse] --- Les victimes du séisme et de la criminalité vivent dans des conditions infrahumaines dans 60 camps de personnes déplacées, installés dans le département de l’Ouest, notamment dans la zone métropolitaine de la capitale Port-au-Prince, 14 années après le tremblement de terre meurtrier du mardi 12 janvier 2010, déplore le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), dans un rapport transmis à l’agence en ligne AlterPresse.

25 % de ces sites accueillent des victimes du séisme du 12 janvier 2010, tandis que 75% reçoivent celles ayant fui leurs zones de résidences en raison de l’insécurité, précise le rapport du Rnddh, intitulé « 14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques ».

Ces personnes déplacées sont logées dans ces espaces, où la vie est caractérisée par la promiscuité, l’insalubrité et l’absence des structures étatiques, constate le Rnddh suite à une enquête réalisée, du 5 décembre 2023 au 10 janvier 2024, sur les conditions générales de vie dans 41 parmi les sites de personnes déplacées.

Des infections cutanées et des cas de choléra sont enregistrés dans les sites d’accueil qui ne disposent pas de sites de décharge des détritus, alerte-t-il.

Le Rnddh juge inadmissible qu’il puisse exister plus de personnes dans les camps, en raison de la criminalité qu’en raison de catastrophes naturelles.

Fuyant cette fois-ci la terreur et la criminalité des gangs armés, les victimes du séisme du 12 janvier 2010 abritant certains camps et sites de relocalisation, comme Tabarre Issa de Greffin, Canaan, Onaville, Village Lumane Casimir, Corail Cesselesse, ont dû rejoindre les autres sites de personnes déplacées (du 12 janvier 2010 et suite à des séquences de violences).

Préoccupations de la Caricom face à la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire en Haïti

Lors de la septième réunion des principaux chefs de gouvernement de l’organisation régionale sur Haïti, le vendredi 5 janvier 2024, les dirigeantes et dirigeants politiques de la Communauté des Caraïbes (Caricom) ont exprimé, dans une note, de vives préoccupations face à la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire en Haïti.

Ils relèvent une persistance des crises sécuritaires et politiques, avec de terribles conséquences de cette situation sur les plus vulnérables d’Haïti.

« La violence croissante a entraîné la perte de milliers de vies et contraint des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers ».

Non respect des promesses d’aide aux victimes par l’État en Haïti

Jusqu’à présent, l’État en Haïti n’a jamais tenu ses promesses d’aider les victimes à se relever, critique le Rnddh.

La mise en place des brigades de surveillance ou la demande d’aide auprès de la Direction de la protection civile ou de la Police nationale d’Haïti (Pnh) permettent de contrôler l’accès des sites, mais « ne protègent aucunement ces espaces dont les résidents.es restent vulnérables vis-à-vis des gangs armés ».

Dans 88 % des camps créés en raison de la criminalité, y sont enregistrés des agressions verbales (dans 88 % d’entre eux), physiques (dans 73 % d’entre eux), des vols (dans 61 % d’entre eux) et des violences sexospécifiques (dans 12% d’entre eux).

« Dans vingt-trois (23) camps de personnes déplacées en raison de l’insécurité, représentant 88 % des sites visités, des cas de violences ont été enregistrés, alors que dans les trois (3) autres, soit 12 %, il n’en a jamais eu, jusqu’ici. Il s’agit du Camp de Poste Marchand, de l’École nationale Daguesso Lespinasse et de l’École nationale Don Direlan Dumerlin ».

Le Rnddh note un fiasco sécuritaire, orchestré par la négligence et l’impéritie des autorités étatiques ainsi que par leur connivence avec les bandits armés.

Il recommande à l’État de fournir assistances humanitaire, financière et psychologique à tous les déplacés.es, qui se retrouvent dans les camps, sans distinction aucune, tout en tenant compte de leurs besoins spécifiques.

Assurer la scolarisation des milliers d’enfants, qui sont dans les camps et qui n’ont encore jamais fréquenté l’école, depuis le début de l’année académique 2023-2024, assurer le nettoyage des sites et la vidange régulière des latrines, en vue de prévenir la propagation de maladies, sont parmi les propositions formulées par le Réseau national de défense des droits humains.

Il faut porter l’institution policière à sécuriser les sites d’accueil, en intensifiant les patrouilles aux abords et à l’intérieur de tous les camps sans distinction, et assurer le logement décent provisoire des victimes de l’insécurité, notamment celles qui se retrouvent dans des établissements scolaires, en attendant qu’elles puissent retourner chez elles, exige-t-il.

Il convient également de créer les conditions adéquates de sécurité et de dignité, en vue de permettre le retour des victimes dans leurs zones de résidences, dans le respect de leurs droits fondamentaux, dédommager toutes les victimes ayant perdu leurs biens lors des attaques armées et des massacres enregistrés dans le pays depuis 2018, et de mettre fin à la gangstérisation en Haïti. [emb rc apr 15/01/2024 14:15]