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Crise : Le déploiement d’une force multinationale en Haïti, une étape importante pour protéger la population, selon le Cardh

P-au-P., 04 oct. 2023 [AlterPresse] --- Le Centre d’analyse et de recherche en droits humains (Cardh) salue le vote, le lundi 2 octobre 2023, du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), autorisant le déploiement d’une force multinationale en appui à la Police nationale d’Haïti (Pnh), dans une note dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Le Cardh y voit une étape importante vers la protection de la population haïtienne, notamment les plus vulnérables, dans le contexte du climat de terreur instauré, en toute impunité, par les gangs armés.

Considérant combien l’adoption de la résolution autorisant ce déploiement serait un début de réponse à ce cycle de violences, le Cardh recommande de définir clairement le mandat de la mission et ses mécanismes, pour éviter les dérives connues par le passé, notamment avec la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah).

Ayant été établie dans le pays le 1er juin 2004 par une résolution du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), après le départ, en février 2004, de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, la Minustah a été accusée de piétiner les droits humains, de commettre plusieurs actes de viols sur les jeunes, de contribuer à l’apparition du kidnapping et du choléra en Haïti.

Le choléra a été introduit en Haïti à partir d’une base de casques bleus népalais dans une rivière près de la ville de Mirebalais (Plateau central).

La maladie a causé, jusqu’en 2019, plus de 10,000 décès et plus de 820,000 infections.

Après avoir reconnu, en 2017, son implication dans la propagation de l’épidémie, l’Onu n’a, toutefois, versé aucune indemnisation aux victimes.

Le Cardh demande également de renforcer la Police nationale d’Haïti (Pnh), afin de limiter la progression des gangs armés, en perspectives du déploiement de la force multinationale qui serait effectif, au plus tôt, au mois de janvier 2023, comme l’a annoncé le gouvernement kenyan.

Il appelle à prendre des dispositions au niveau de la gouvernance pour engager certaines réformes et protéger la population, poursuivre l’application des régimes de sanctions contre celles et ceux qui financent les activités criminelles, tout en se rapprochant des principes de l’État de droit et de la gouvernance démocratique.

La priorité de cette mission devrait principalement consister à rétablir la sécurité et à rendre plus professionnelle l’institution policière.

Bloquer la progression des gangs armés, rouvrir les principaux axes routiers et sécuriser les bâtiments et zones stratégiques, mener des opérations d’envergure pour déloger les gangs et libérer les zones prises en otage, garantir un plan de sécurité spécial pour les plus vulnérables, sont parmi les propositions faites par le Cardh pour parvenir au rétablissement de la sécurité.

Il faut équiper la police de matériels et de technologies nécessaires, pour qu’elle puisse faire face à la nouvelle configuration des gangs, former des unités antigangs et renforcer les unités de maintien d’ordre existantes.

L’organisme de droits humains suggère d’effectuer un veting, pour épurer l’institution policière, et d’augmenter son effectif pour répondre aux standards de sécurité internationale.

« En ce sens, il faut que le mandat de la force multinationale soit clairement défini, avec un échéancier aussi. Parallèlement, il faut des mesures pour aborder les causes structurelles de l’insécurité en Haïti », souhaite le Cardh.

La force multinationale de soutien à la sécurité en Haïti, qui est non onusienne, doit fournir un soutien opérationnel à la Pnh, selon la résolution adoptée par 13 votes pour et deux abstentions (la Chine et la Fédération de Russie).

Le déploiement de la force multinationale sera réexaminé neuf mois (soit en juillet 2024) après l’adoption de la résolution.

La résolution de l’Organisation des Nations unies (Onu) intervient près d’un an, après que le gouvernement de facto en Haïti a demandé, le jeudi 7 octobre 2022, le déploiement immédiat d’une force armée étrangère pour lutter contre les gangs armés dans le pays. [emb rc apr 04/10/2023 11:40]

Photo : Page Facebook Kenya Defence Forces