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Crise : Vote « historique » de l’Onu en faveur du déploiement d’une Mission internationale de sécurité en Haïti, mais goût amer des missions étrangères

P-au-P., 02 oct. 2023 [AlterPresse] --- Le vote de la résolution 2699, ce lundi 2 octobre 2023, par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), en faveur du déploiement d’une Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti, est qualifié « d’historique » par plusieurs pays membres, alors qu’ un goût amer persiste à propos des diverses missions étrangères déployées dans le pays durant les dernières décennies, observe l’agence en ligne AlterPresse.

Haïti

Le titulaire de facto du Ministère haïtien des affaires étrangères et des cultes (Maec), Jean Victor Généus, ayant assisté au vote pour l’envoi de la Mmas, a salué « un geste de solidarité des ambassadeurs pour leur soutien et pour avoir déposé la résolution historique ».

« Plus qu’un simple vote, il s’agit en fait d’une expression de solidarité avec une population en détresse », a déclaré le chancelier haïtien.

La résolution, adoptée par 13 votes pour et deux abstentions (Chine et Russie), est une lueur d’espoir pour le peuple haïtien, qui a subi depuis trop longtemps les conséquences d’une crise à plusieurs volets, a-t-il ajouté.

Jean Victor Généus exhorte les États membres à s’engager dans la mission « le plus rapidement possible », pour aider à rétablir un environnement sûr et stable et à y rétablir des institutions démocratiques.

Faisant écho au discours de son titulaire de facto des affaires étrangères, le premier ministre de facto Ariel Henry a salué le vote de la résolution.

« Je tiens à remercier particulièrement le secrétaire général des Nations unies, ainsi que les gouvernements américain et équatorien pour la rédaction du texte de la résolution et du vote y relatif », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Cette force non onusienne doit fournir un soutien opérationnel à la Police nationale d’Haïti (Pnh), qui est sous-financée et sous-équipée, avec seulement quelque 10 mille agentes et agents actifs pour un pays de plus de 11 millions d’habitantes et d’habitants, indique la résolution, qui salue la décision du Kenya de diriger la force de sécurité multinationale.

La force internationale contribuera à renforcer les capacités de la Pnh, « à travers la planification et la conduite d’opérations conjointes de soutien à la sécurité, alors qu’elle s’efforce de lutter contre les gangs et d’améliorer les conditions de sécurité en Haïti ».

Kenya, États-Unis d’Amérique

Martin Kimani, ambassadeur et représentant permanent du Kenya à l’Onu, a rappelé l’offre « audacieuse » de son pays de diriger la mission et a remercié le Conseil de sécurité d’avoir répondu dans un « esprit exemplaire de coopération ».

« Avec cette action, le Conseil de sécurité a allumé un phare d’espoir pour le peuple assiégé d’Haïti ».

Jeffrey DeLaurentis, représentant des États-Unis, a déclaré que le Conseil de sécurité de l’Onu a « fait l’histoire », en autorisant la Mission multinationale de soutien et en intensifiant ses efforts pour « créer une nouvelle façon de préserver la paix et la sécurité mondiales ».

Le Conseil de sécurité de l’Onu répondait ainsi à l’appel d’un autre État membre, confronté à une crise multidimensionnelle, a-t-il souligné.

« Le déploiement de cette mission aidera à répondre aux besoins critiques d’Haïti à court terme et à favoriser les conditions de sécurité nécessaires au pays, pour faire progresser la stabilité à long terme », selon DeLaurentis.

Si la mission soutient principalement la police haïtienne, ce n’est qu’une partie de l’effort plus vaste pour faire face à la crise plus large, y compris les défis humanitaires, économiques et politiques, fait-il remarquer.

Russie, Chine

Les représentants de la Russie et de la Chine, qui se sont abstenus, ont expliqué leur position par le fait que le texte ne prend pas en compte leurs préoccupations, insistant notamment sur le fait que la Mmas n’a pas vocation de s’éterniser en Haïti et ne doit pas empiéter sur la souveraineté du pays.

Malheureusement, a résumé la Chine, qui se veut tout de même « constructive », le texte adopté ne va pas dans ce sens.

Pour la Russie, la résolution n’atteint pas un niveau de compréhension satisfaisant sur le fait que la détérioration croissante de la situation en Haïti, depuis des décennies, est en partie due à l’ingérence étrangère.

Binuh

La Représentante spéciale du Secrétaire général de l’Onu en Haïti, également cheffe du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (Binuh), l’Equatorienne Maria Isabel Salvador, salue « une étape positive et décisive pour ramener la paix et la stabilité dans le pays. »

La Mmas « n’est pas une mission onusienne », tient à rappeler Maria Isabel Salvador.

Toutefois, dit-elle, « le Binuh lui apportera son soutien déterminé dans la limite de son mandat (…) et dans le plein respect des décisions de l’État d’Haïti ».

La cheffe du Binuh encourage « avec ferveur tous les acteurs politiques à faire preuve de responsabilité et d’esprit de compromis pour sortir de l’impasse ».

Haïti et l’expérience de missions militaires/policières étrangères

La Mmas n’est certes pas une mission onusienne. Cependant, elle rappelle l’expérience de ces missions étrangères, dépêchées par l’Onu et qui n’ont jamais apporté les résultats escomptés, en regard de leurs objectifs et suivant divers points de vue exprimés dans l’opinion publique.

Durant les 20 dernières années, des forces militaires et policières de l’Onu se sont succédé dans le pays, dont la Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah), de 2004 à 2017.

Les Haïtiennes et Haïtiens gardent un souvenir malheureux de la Minustah, qui avait apporté, en 2010, le choléra en Haïti, déclenchant une épidémie qui a causé la mort de milliers de personnes à travers le pays.

De nombreux abus sexuels ont également été reprochés à la Minustah. [pfsf gp apr 02/10/2023 21:00]