P-au-P, 21 sept. 2023 [AlterPresse]--- Le Ministère haïtien de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural (Marndr) annonce des dispositions pour accompagner, à travers la direction départementale du Nord-Est, le chantier de construction à Ouanaminthe, sur la frontière avec Dajabón, d’un canal sur la rivière Massacre, comme l’a exigé le gouvernement de facto dans sa déclaration en date du 13 septembre 2023.
« Le Marndr décide d’accompagner les travaux de construction du canal, afin de veiller au respect des normes techniques et éviter que ceux-ci aient des impacts sur la vie de la population et les plantations du bas Maribahoux », lit-on dans une note en date du 21 septembre 2023 du Marndr, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.
Le Marndr déclare rester disponible pour discuter, avec tous les concernés, de la construction du canal pour une meilleure planification des chantiers.
La mobilisation traduit l’expression de la solidarité et du patriotisme d’une population, montrant au monde entier qu’Haïti représente une nation souveraine, souligne-t-il.
« Oui, le canal doit être construit. Oui, il faut des efforts pour que l’eau arrive dans le canal, Oui, c’est dans la solidarité et le vivre-ensemble qu’on doit arroser la terre de Maribahoux ».
Le Marndr en a profité pour exprimer son étonnement par rapport à l’information véhiculée dans la presse, selon laquelle il aurait partagé, avec les autorités dominicaines, un document secret donnant raison au président dominicain Luis Abinader, quant à sa position exprimée sur le dossier de construction du canal à Ouanaminthe.
Tout en déclarant apporter un démenti à cette information, qu’il qualifie de rumeur sans fondement, le Ministère de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural rappelle avoir toujours défendu des positions allant dans le sens des intérêts des paysannes et paysans, agricultrices et agriculteurs de la plaine de Maribahoux.
Dans toutes les réunions ministérielles, le Marndr a toujours défendu le droit qu’a Haïti de bénéficier, de manière égale, des ressources qu’elle partage avec la République voisine, insiste-t-il.
Les autorités dominicaines seraient en possession d’un document d’État, dans lequel le Ministère haïtien de l’agriculture aurait reconnu que la construction du canal sur la rivière massacre par les Haïtiens serait inappropriée, selon des révélations faites dans la presse.
La situation actuelle, à laquelle la République Dominicaine est confrontée, avec [la fermeture de la frontière, depuis le vendredi matin 15 septembre 2023 https://www.alterpresse.org/spip.php?article29658] -> est exacerbée par la « construction d’un canal illégal » sur le territoire haïtien pour extraire de l’eau du fleuve Dajabón, en violation des traités frontaliers entre la République Dominicaine et Haïti », a dénoncé Luis Abinader, à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (Onu), le mercredi 20 septembre 2023.
Il s’agirait, selon Abinader, d’une manœuvre de contrôle de l’eau par une petite élite économico-politique, pour profiter de sa vente aux petits producteurs de la région.
Depuis avril 2021, le gouvernement dominicain aurait demandé, à plusieurs reprises aux autorités haïtiennes, d’arrêter la construction unilatérale et illégale de cet ouvrage, dit Abinader.
Luis Abinader avait aussi ordonné de fermer, à partir du vendredi 15 septembre 2023, les frontières terrestre, aérienne et maritime avec la république d’Haïti, pour protester contre la poursuite de construction du canal, pendant que les deux pays étaient en négociations bilatérales à Santo Domingo, pour tenter de trouver une issue à la crise.
Dans la soirée du dimanche 18 septembre 2023, Luis Abinader a déclaré maintenir la décision de fermer totalement la frontière avec Haïti, dans une adresse à la nation dominicaine.
Entre-temps, l’élan de solidarité, du côté haïtien, pour la construction d’un canal sur la rivière Massacre continue de se manifester, en dépit de la décision unilatérale, prise par Luis Abinader, de fermer toute la frontière haïtienne-dominicaine.
La république d’Haïti a le droit souverain de faire des prises sur la rivière Massacre, a rappelé la titulaire de facto ad intérim du Ministère haïtien des affaires étrangères et des cultes (Maec), Emmelie Prophète Milcélors, lors d’une visite de courtoisie de la cheffe du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), l’Équatorienne Maria Isabel Salvador.
Lors d’une rencontre avec l’ambassadeur dominicain en Haïti, Farouk Miguel Castillo, la titulaire de facto ad intérim du Maec lui aurait clairement manifesté la désapprobation du gouvernement de facto en Haïti face à ces mesures disproportionnées, qui auront des conséquences négatives sur les relations entre les deux pays, ainsi que ses préoccupations pour la sécurité des ressortissantes et ressortissants haïtiens en République Dominicaine.
Bref survol historique de la construction d’un canal sur la rivière Massacre en Haïti
En 2013, le gouvernement haïtien avait pris l’initiative de construire un canal pour collecter l’eau de la rivière Massacre et permettre aux agricultrices et agriculteurs des communes frontalières d’irriguer leurs champs, a rappelé, le 15 septembre 2023, la plateforme Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr)
Ayant démarré en 2018, le projet allait subir un coup d’arrêt, souligne le responsable de communication et de plaidoyer de la plateforme Garr, Sam Guillaume.
« Aujourd’hui, ce sont les bénéficiaires du projet, qui ont décidé de s’unir pour poursuivre la construction du canal. Cela a soulevé la colère des autorités dominicaines, qui ont même demandé à l’État haïtien d’arrêter tous les travaux pouvant conduire à la construction du canal ».
Le gouvernement dominicain avait menacé de fermer tous les points frontaliers avec Haïti et de cesser de délivrer des visas dominicains aux Haïtiennes et Haïtiens, si les travaux n’étaient pas arrêtés.
Le jeudi 14 septembre 2023, le président dominicain Luis Abinader a passé de la parole aux actes, en annonçant la fermeture de toute la frontière haïtienne-dominicaine (terrestre, maritime et aérienne), à compter du vendredi 15 septembre 2023, dès 6:00 am (10:00 gmt).
« Les deux pays peuvent utiliser n’importe quel fleuve situé à la frontière, à condition que ces usages ne causent aucun dommage au fleuve et aux autres pays », stipule l’article 10 du « traité de paix, d’amitié et d’arbitrage », paraphé entre les deux pays le 29 février 1929, insiste la plateforme Garr, qui dénonce une violation de ce « traité de paix, d’amitié et d’arbitrage ».
En plus de ce traité, les deux pays avaient signé, le 27 mai 2021, une déclaration commune, dans laquelle l’État dominicain avait reconnu le droit des Haïtiennes et Haïtiens de se servir des eaux de la rivière Massacre, à condition que cela ne représente pas une utilisation nocive. [emb rc apr 21/09/2023 12:25]
Crédit photo : Jéthro Claudel Pierre Jeanty
