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Crise : La Fondation Frantz Fanon dénonce le projet d’intervention « illégitime et anti-panafricaine » du Kenya en Haïti

P-au-P, 09 août 2023 [AlterPresse] --- La Fondation Frantz Fanon [1] critique le projet d’intervention « illégitime et anti-panafricaine » de l’armée du Kenya en Haïti, dans un communiqué dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Par cette intervention, les Etats impérialistes utilisent les Etats africains pour prolonger leur politique de domination raciste sur Haïti, met-elle en garde.

Elle fustige l’instrumentalisation d’Etats africains pour l’accomplissement des intérêts des Etats impérialistes.

« Cette intervention militaire se fait contre le droit du peuple haïtien à l’autodétermination et à la souveraineté, et cette violence institutionnelle ne fait que reproduire la violence exercée par les anciens colonisateurs, dont la France qui a contraint l’État haïtien au paiement d’une dette illégitime et illégale pour prix de sa Liberté et de son indépendance, mais aussi les États-Unis et des institutions internationales telles que le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque mondiale (Bm) ».

Le projet de cette intervention militaire en Haïti, qui constitue un prolongement de celui des anciens colonisateurs, viserait, par tous les moyens, à empêcher l’émergence de la première République noire, avertit la Fondation Frantz Fanon.

Au lieu de résoudre les problèmes, auxquels fait face la société haïtienne, cette intervention « ne fera que reconduire le processus à l’origine de ces mêmes problèmes : le déni de la souveraineté du peuple haïtien sur son territoire, son économie et sur ses institutions », ajoute-t-elle.

L’Afrique pense-t-elle échapper au même traitement que celui imposé à Haïti, en se faisant le bras armé de la domination coloniale ?, se demande la Fondation Frantz Fanon, rappelant combien « Haïti a été et demeure le laboratoire de l’oppression des peuples africains à travers le monde, sur le continent et dans la Diaspora ».

« Aujourd’hui c’est Haïti, demain ce sera un des États de la Communauté des Caraïbes (Caricom), qui aura accepté d’ajouter sa signature à ce projet d’intervention militaire ».

La Fondation Frantz Fanon est en visite en Haïti, du mardi 8 au mercredi 16 août 2023, pour rencontrer des représentantes et représentants du mouvement social haïtien.

Cette mission, qui s’effectue en partenariat avec la Coalition internationale pour la décennie des Personnes Afro-descendantes, défendra les positions panafricaines de Frantz Fanon et de toutes les combattantes et de tous les combattants, qui se sont levés pour réaliser l’Unité panafricaine, qui ne peut passer que par Haïti.

Dans une déclaration, la Communauté des Caraïbes (Caricom) a déclaré applaudir la décision, prise par les gouvernements des Bahamas et de la Jamaïque, de se joindre au Kenya pour contribuer à une force multinationale en république d’Haïti, afin d’aider cette nation à relever ses défis de sécurité.

La mise en place d’une éventuelle force multinationale en Haïti « sera pleinement approuvée par le Conseil de sécurité » de l’Organisation des Nations unies (Onu), dit espérer la Caricom.

Cette approbation serait une preuve de l’engagement de la communauté internationale à améliorer les conditions de sécurité et humanitaires du peuple haïtien et à soutenir le rétablissement de la loi et l’ordre, a-t-elle estimé.

Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), le Portugais Antonio Guterres, les gouvernements du Canada, des États-Unis d’Amerique, des Bahamas ont, tous, salué la décision du Kenya, qui voudrait prendre la tête d’une force internationale en Haïti, en attendant le feu vert du Conseil de sécurité de l’Onu.

« Les Bahamas ont engagé 150 personnes à soutenir la force multinationale, une fois autorisée par le Conseil de sécurité des Nations Unies », a indiqué leur ministère des affaires étrangères.

Le premier ministre d’Antigua et Barbuda, Gaston Browne, s’est dit également prêt à déployer des troupes en Haïti, pour le rétablissement d’un climat de paix, selon des déclarations relayées par le journal jamaïcain The Gleaner, le jeudi 3 août 2023.

La sous-secrétaire d’État adjointe américaine, chargée des affaires caribéennes et d’Haïti, Barbara Feinstein, a annoncé l’arrivée, d’ici quelques semaines, d’une mission d’évaluation en Haïti, dans la perspective d’un déploiement d’une force multinationale, lors d’un point de presse virtuel, le vendredi 04 août 2023.

Un projet de résolution sera présenté prochainement par le gouvernement des États-Unis d’Amérique au Conseil de sécurité de l’Onu, pour appuyer la décision du gouvernement du Kenya de diriger une force de police multinationale, devant aider à combattre les gangs armés, a annoncé, le mardi 1er août 2023, l’ambassadrice américaine à l’Onu, Linda Thomas-Greenfield, citée par Associated Press (Ap).

Le déploiement de la force multinationale en Haïti devrait coûter entre 200 et 400 millions de dollars, a indiqué le secrétaire d’État adjoint au Bureau des affaires internationales en matière de stupéfiants et d’application de la loi, Todd Robinson, dans une interview exclusive au journal Miami Herald.

Une proposition, visant la mobilisation de cette force internationale, devrait être soumise d’ici le lundi 14 août 2023 selon la résolution 2692 (2023), adoptée à l’unanimité (le 14 juillet 2023), après une concertation avec le gouvernement de facto, le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) et le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), le Portugais Antonio Guterres.

Le vendredi 7 octobre 2022, le premier ministre de facto Ariel Henry avait lancé un appel urgent pour « le déploiement immédiat d’une force armée spécialisée, en quantité suffisante » pour arrêter les gangs armés. [emb rc apr 09/08/2023 10:00]


[1La Fondation Frantz Fanon entend valoriser la pensée de Frantz Fanon (Né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France / Martinique, Frantz Fanon fut un psychiatre et un essayiste, qui mourut le 6 décembre 1961 à Bethesda, dans un hôpital militaire de la banlieue de Washington aux États-Unis), tout en restant fidèle aux valeurs et aux formes d’engagement qui ont marqué sa vie, à sa liberté de propos et à sa rébellion contre le colonialisme sous toutes ses formes.