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Haïti-Justice : Martine Joseph Moïse, veuve de Jovenel Moïse, ferait obstruction à l’enquête, dénonce le Rnddh

P-au-P, 06 juil. 2023 [AlterPresse] --- Le refus de Martine Joseph Moise, veuve de l’ancien président de facto Jovenel Moïse, de comparaitre devant le juge instructeur Walter Wesser Voltaire, constitue une obstruction à l’enquête relative à son assassinat, le mercredi 7 juillet 2021, fustige le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), Pierre Espérance, après son audition devant le cabinet d’instruction, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

Espérance a été auditionné, le mercredi 5 juillet 2023, par le magistrat instructeur Walther Wesser Voltaire dans le cadre de cette enquête.

« Nous voulons que l’enquête soit réalisée dans la sérénité. Mais l’un des éléments clés du dossier, c’est la femme du défunt Jovenel Moïse qui décide de faire obstruction à la justice », déclare-t-il, à sa sortie du carré du juge d’instruction Walter Wesser Voltaire.

Le directeur exécutif du Rnddh estime « anormal que Martine Joseph Moise, qui était présente lors du crime du 7 juillet 2021 et qui connait ce qui s’est passé une ou deux semaines avant l’assassinat, refuse de se présenter devant le juge ».

« Comment se fait-il que deux, parmi les trois personnes responsables de la sécurité de Jovenel Moïse, à savoir le commissaire divisionnaire Jean Laguel Civil, coordinateur de la sécurité de Jovenel Moïse, et Dimitri Hérard, responsable de l’Unité de sécurité générale du Palais national (Usgpn) soient emprisonnés au Pénitencier national, alors que l’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti (Pnh) Léon Charles continue d’occuper une fonction de diplomate à l’Organisation des États américains (Oea) ? Qu’est-ce que cela veut dire ? », s’interroge-t-il.

« Nous voulons que la lumière soit faite dans ce dossier. Voilà ce qui explique ma présence au carré du juge, toutes affaires cessantes, après avoir reçu une convocation le 4 juillet 2023 (…) Aujourd’hui, c’est un grand jour pour nous de venir au bureau du juge, afin de dire ce que nous comprenons et lisons dans ce dossier comme défenseur des droits humains. Nous espérons que ce que nous avons dit au juge peut l’aider à mieux faire son travail ».

Le défenseur des droits humains affirme avoir fait état devant le juge du contenu des deux rapports, produits par le Rnddh, les 20 août 2021 et 6 janvier 2022, autour du dossier d’assassinat de Jovenel Moïse.

Par ailleurs, Pierre Espérance se dit satisfait d’avoir contribué à la mise à pied du juge Garry Orélien, qui était en charge de ce dossier, soulignant combien il ne faisait que poser des actions de marchandage.

« Je pense que le dossier avance très timidement. Nous ne savons pas encore qui a financé le crime ».

Pour faire avancer le dossier, « les banques commerciales haïtiennes devraient contribuer, au même titre que la justice américaine devrait coopérer avec la justice haïtienne », préconise le Rnddh.

Le dossier traîne en Haiti

Le juge Walther Wesser Voltaire est le cinquième juge, désigné par le doyen du tribunal civil de Port-au-Prince, Me. Bernard Saint-Vil, pour instruire le dossier d’instruction sur l’assassinat, le 7 juillet 2021, de l’ancien président de facto Jovenel Moïse, en sa résidence privée à Pèlerin 5.

Me. Walther Wesser Voltaire a été désigné le lundi 30 mai 2022, plus de 10 mois après l’assassinat. Le juge d’instruction Mathieu Chanlatte a été le premier à être en charge du dossier, plus d’un mois après l’assassinat, soit le 9 août 2021.

Quelques jours plus tard, le juge Chanlatte s’est déporté du dossier, en évoquant le manque de moyens nécessaires, mis à disposition. Un deuxième juge désigné, Garry Orélien, a été l’objet de vives critiques, de la part d’organisations de droits humains, dès sa nomination.

Le vendredi 21 janvier 2022, le juge Garry Orélien s’est déporté du dossier, après avoir essuyé le refus du doyen du tribunal civil de Port-au-Prince sur la prolongation de son délai d’instruction.

Le vendredi 4 février 2022, le dossier a été confié au juge Chavannes Étienne. Après quelques jours passés en charge du dossier, le juge Étienne s’est déporté, pour des raisons de convenance personnelle.

Le vendredi 4 mars 2022, le juge Merlan Belabre, ancien juge de paix à Petit-Goâve (à 68 km au sud de Port-au-Prince), a été désigné pour poursuivre l’instruction du dossier d’assassinat du 7 juillet 2021.

Après avoir passé plus de 10 jours en charge de cette affaire, le juge Merlan Belabre avait exprimé ses inquiétudes pour sa sécurité et celle de sa famille, dans une note de presse manuscrite.

Le lundi 25 avril 2022, le juge Merlan Belabre a informé qu’il s’est aussi retiré du dossier, en soulignant la fin de son mandat.

Le vendredi 2 juin 2023, le juge fédéral de Miami, José E. Martínez, a condamné, l’homme d’affaires haïtien Rodolphe Jaar à la prison à vie, pour son rôle dans la planification et l’exécution de l’assassinat de l’ancien président de facto en Haïti, Jovenel Moise, le mercredi 7 juillet 2021.

Selon le verdict du juge fédéral, cité par Associated Press (Ap), « ...l’homme d’affaires haïtiano-chilien a aidé les mercenaires colombiens à obtenir des armes pour assassiner le président haïtien Jovenel Moïse en 2021 ».

Au total, 11 personnes sont indexées d’implication dans l’assassinat, le mercredi 7 juillet 2021, de l’ancien président de facto, Jovenel Moïse, selon un troisième acte d’accusation d’un grand jury en Floride (États-Unis d’Amérique), rendu public après l’arrestation, le mardi 14 février 2023, de quatre autres personnes, avait annoncé le département de la justice américaine, dans un communiqué. [ppsf emb rc apr 06/07/2023 13:20]