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Spirale d’angoisse face à la violence décuplée des gangs armés en Haïti

P-au-P, 05 déc. 2022 [AlterPresse] --- Des organisations et personnalités ne cessent point d’exprimer de vives inquiétudes par rapport à l’intensification des violences des gangs armés en Haïti, selon des témoignages recueillis par l’agence en ligne AlterPresse.

La multiplication des actes criminels a paralysé, ces derniers jours, les activités scolaires à Petite Rivière de l’Artibonite (Nord), alors que la pression des bandits armés ne fait que s’accroitre dans les hauteurs de Carrefour-Feuilles (secteur sud de la capitale) et à Cabaret (au nord de Port-au-Prince, selon des sources concordantes.

Beaucoup de barricades sont érigées par des riverains et riveraines, pour éviter l’intrusion des bandits dans certains quartiers de la Petite-Rivière de l’Artibonite, rapporte à AlterPresse/AlterRadio une source requérant l’anonymat..

La panique persiste au sud de cette ville, théâtre récemment de violences aveugles des gangs armés. Des personnes sont confrontées à des difficultés pour se rendre à St Marc, à cause des vols et kidnappings, poursuit la source.

« Ce climat de terreur empêche la récolte de riz en ce moment. Il n’est pas possible de planter des pois, patates, de l’arachide (plus connue sous le nom de pistach en Haïti) ».

Sans des dispositions sécuritaires efficaces, la Vallée de l’Artibonite risque de connaître une situation de famine, d’ici le premier trimestre de l’année 2023, craint la source jointe par AlterPresse/AlterRadio.

Viols collectifs en série

L’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti (Apch) a lancé un cri d’alarme à propos de viols collectifs commis sur des femmes kidnappées à bord de trois autobus, dans la nuit du mercredi 30 novembre au jeudi 1er décembre 2022, par des bandits armés de Savien.

Ces véhicules de transport en commun assuraient le trajet Gonaïves/Port-au-Prince, Saint-Marc/Port-au-Prince et Maureau/Liancourt.

D’autres bus auraient également été détournés.

Le 21 octobre 2022, un groupe d’individus armés qui a fait irruption au centre-ville de Petite Rivière de l’Artibonite a incendié, pillé et tué.

Le mercredi 9 novembre 2022, une dizaine de personnes qui se rendaient au marché de Pont-Sondé ont été attaquées, certaines d’entre elles ont été tuées.

En représailles, le groupe armé de Savien, au cours de cette même journée, est venu dans la zone de Préval, Mogé, Bayè Léon, Jean Denis et ont fait un massacre.

Entre les jeudi 9 et vendredi 10 novembre 2022, au moins quatorze personnes ont été exécutées à Petite-Rivière de l’Artibonite.

Un nombre indéterminé de personnes sont tuées dans les violences des gangs.

Beaucoup d’autres ont laissé leurs maisons pour se mettre à l’abri dans les communes de Verrettes, Gonaïves, Saint-Michel de l’Attalaye et autres.

Massacre à Cabaret

Les violences des gangs armés ont fait aussi de nombreuses victimes à Cabaret, municipalité située à plus de 32 km au nord de la capitale, Port-au-Prince.

Une attaque meurtrière, perpétrée dans la soirée du mardi 29 novembre 2022, par des bandits armés contre la population à Source Matelas, a fait plus d’une vingtaine de morts.

Plus d’une vingtaine de maisons ont été également incendiées par les bandits armés en provenance de Ti Tanyen et de Lafiteau, villages proches de Cabaret, sur la route nationale No. 1.

Plusieurs bandits présumés ont été tués et blessés, lors d’une opération menée, le dimanche 4 décembre 2022, dans les zones de Lafiteau et Source Matelas, dans la commune de Cabaret (au nord de la capitale, Port-au-Prince), par des unités de la Police nationale d’Haïti (Pnh), selon l’institution policière.

Par ailleurs, le nommé Sylvain Jean, membre influent d’un réseau de gangs opérant à Savien, a été interpellé, le dimanche 4 décembre 2022, par la Pnh, à Moreau Drouet, une localité de Petite-Rivière de l’Artibonite.

Pas de « volonté politique » de mettre fin à la terreur des gangs

Réagissant, sur AlterPresse/AlterRadio, sur ce qui s’est passé à Cabaret, le professeur Victor Benoit, président du parti Rassemblement social-démocrate pour le progrès d’Haïti (Rsd), dit déplorer et condamner ces crimes « abominables ».

« Il incombe à l’État de trouver une solution. Il faudra une réorientation politique à la direction de l’État, il faut mettre fin au banditisme. Pour cela, il faut une volonté politique, afin de chercher les moyens pour résoudre ce problème. Cette volonté n’existe pas. Le peuple est livré à lui-même ».

Plus de modestie, d’humilité, aiderait la classe politique à résoudre le problème de l’insécurité, estime, pour sa part, Rosny Desroches, figure de la société civile, qui s’est confié à AlterPresse.

« Cela aiderait aussi à avoir une gouvernance beaucoup plus équilibrée. La classe politique pourrait ainsi s’asseoir, poser le problème de l’insécurité et trouver certains éléments de solutions ».

Au niveau de l’aspect technique, ajoute-t-il, certains experts nationaux issus de l’armée, la police, et le renseignement pourraient donner leurs avis en faveur de solutions pertinentes, incluant un plan de sécurité viable, considère Rosny Desroches. [mff emb apr 05/12/2022 16:15]