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Haïti : Plusieurs centaines de personnes manifestent contre les violences des gangs dans la Plaine du Cul-de-sac

Par Marie Farah Fortuné

P-au-P, 06 mai 2022 [AlterPresse] ---Plusieurs centaines de personnes ont gagné les rues, dans la Plaine du Cul-de-sac, de Bon Repos au Carrefour Shada, ce vendredi 6 mai 2022, pour dénoncer les violences armées des gangs rivaux 400 mawozo et Chen mechan (« chiens méchants »), dans la commune de la Croix-des-Bouquets (au nord-est de la capitale, Port-au-Prince) et ses environs, selon les témoignages recueillis par l’agence en ligne AlterPresse.

Ces violences de gangs armés, qui ont éclaté depuis le dimanche 24 avril 2022, ont fait au moins 75 morts, 68 blessés et poussé des milliers de personnes à fuir leurs domiciles.

« Nos enfants n’arrivent pas à se rendre à l’école. Nous n’allons pas fuir la zone pour la laisser aux bandits. Nous exigeons le départ de ce gouvernement de facto », ont exprimé beaucoup de manifestantes et manifestants.

« Nous demandons la paix », ont-ils scandé, lors de la manifestation encadrée par des agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh).

Les protestataires accusent le gouvernement américain d’être responsable de tout ce qui se passe en Haïti, particulièrement l’Américaine Helen Meagher La Lime, cheffe du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), qui, selon eux, aurait « fédéré les gangs armés ».

Ils condamnent le silence déconcertant du gouvernement de facto, dont le premier ministre de facto, les titulaires de facto de l’intérieur et des collectivités territoriales, ainsi que de la défense, sur les violences, perpétrées par les gangs armés depuis le 24 avril 2022, dans la Plaine du Cul-de-sac.

Kominote entènasyonal lan, nou di w mèsi. Twòp san koule. Laplenn p ap tounen Matisan (nous disons merci à la communauté internationale. Trop de sang a coulé. La Plaine du Cul-de-sac ne se transformera pas en Martissant, sous contrôle, en toute impunité, des gangs armés depuis le 1er juin 2021), pouvait-on lire sur des pancartes.

Dans une note, l’institution policière a promis de traquer tous les bandits, qui sèment la terreur, au nord et au nord-est de Port-au-Prince, en vue de rétablir l’ordre et la paix au sein de la population.

Des individus suspects et des membres actifs de certains groupes armés chercheraient, à tout prix, à se diriger vers d’autres territoires, suite aux affrontements, qui ont éclaté entre les gangs 400 Mawozo et Chen Mechan, fait savoir la Police nationale d’Haïti.

Lors d’une visite, le jeudi 5 mai 2022, à la Direction départementale de police/Ouest-2 (Ddo2), le directeur général ad intérim, Frantz Elbé, a félicité les policiers nationaux, qui ont pris part aux opérations et interventions visant à traquer les gangs armés à Butte Boyer, Croix-des-Missions, Shada, Santo, etc...

Cette détérioration rapide des conditions de sécurité à Port-au-Prince a fait réagir diverses institutions et personnalités.

Dans un tweet, le professeur James Boyard a invité les autorités politiques, judiciaires, policières et civiles locales, à constituer, à titre anticipatif, des Comités de défense civile (Cdc), pour empêcher la contamination des autres communes par les membres des gangs armés, qui opèrent dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.

Ce modèle de partenariat sécuritaire Public/Privé de proximité pourrait empêcher, notamment, les membres de ces Comités de défense civile de connaître les mêmes dérives que les comités de vigilance, mis en place par les résidentes et résidents de plusieurs quartiers, après le 7 fevrier1986 (date de la chute de la dictature des Duvalier), souligne le professeur James Boyard.

Dans un communiqué, les Nations unies ont exprimé de vives préoccupations face à la rapide détérioration de la situation sécuritaire et des droits humains, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, causée par les affrontements meurtriers entre les gangs.

Au moins 75 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées, et 68 autres blessées, dans les affrontements violents, entre les gangs armés rivaux, qui ont éclaté depuis le dimanche 24 avril 2022, dans les communes de Croix-des-Bouquets et Tabarre (municipalités au nord-est de la capitale, Port-au-Prince) et Cité Soleil (au nord), selon des chiffres fournis par les Nations unies, citant plusieurs sources.

Au moins 12 maisons ont été délibérément incendiées et cinq personnes auraient été brûlées vives au cours d’événements à Cité Soleil, relatent les Nations unies.

Près de 1,700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, relève le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), dans un communiqué.

Cette situation affecte grandement l’avenir de 500 mille enfants qui ont perdu l’accès à l’éducation en raison de la violence liée aux gangs, déplorée l’Unicef.

En seulement 10 jours, une dizaine d’enfants, dont 6 en une seule journée, ont été tués, signale l’Unicef. [mff emb rc apr 06/05/2022 16:10]

Photo : capture d’écran