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Sécurité publique : Pour un renforcement de la stratégie de la Police nationale d’Haïti face aux criminels

Par Marlyne Jean

P-au-P, 11 avril 2022 [AlterPresse] --- « Si les criminels s’organisent pour perturber l’ordre public et, ainsi, déstabiliser l’ordre social, la police, de son côté, doit renforcer sa stratégie pour coopérer davantage à l’échelle nationale, régionale et internationale. Outre l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol) et la communauté policière d’Amérique (Améripol), cette coopération doit s’étendre également au niveau de la formation au réseau international francophone de formation policière (Francopol) et des pays membres des Caraïbes », préconise le Directeur général de l’Académie nationale de police (Anp), Harington Rigaud, lors d’une cérémonie, ce lundi 11 avril 2022, à l’occasion des 10 ans de l’Anp, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Améliorer le climat sécuritaire en Haïti implique un relèvement du niveau de professionnalisme des membres de la Police nationale d’Haïti (Pnh), estime l’Anp.

De 2013 à 2021, l’Académie nationale de police, déjà connectée aux réseaux du bassin des Caraïbes, a formé 482 cadres, dont 33 femmes.

« Il faut continuer à déployer des efforts pour soutenir l’Anp », souhaite le Directeur général ad intérim de la Pnh, Frantz Elbé, s’adressant au gouvernement de facto et aux partenaires d’Haïti.

Le haut commandement de la Pnh plaide en faveur de sessions de formation, pour les policières et policiers, en « gestion des situations complexes en moment de crise et d’urgence, en opérations de sauvetage et de protection civile, ainsi que dans la lutte contre le trafic et la traite des personnes, le blanchiment des avoirs et autres ».

Une loi est envisagée pour accompagner les familles des policières et policiers décédés. Ce qui devrait mettre fin aux démarches personnelles, que doivent faire ces familles actuellement pour des soutiens financiers à l’organisation des funérailles et/ou des subventions aux besoins des enfants, annonce, se son côté, le titulaire de facto du Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), Berto Dorcé.

« Ce temps sera bientôt révolu. Ce cadre légal est appelé à mettre fin à certaines humiliations et permettre à la famille d’un policier, enlevé trop tôt à l’affection des siens, de jouir, de privilèges adéquats, pour continuer à assurer l’éducation des enfants dans des conditions décentes ».

Sans mentionner quelles dispositions institutionnelles ont été prises pour y remédier, Berto Dorcé a dénoncé les mauvaises conditions de travail des policières et policiers nationaux.

« Il faut qu’il y ait des efforts appropriés », préconise-t-il, appelant, parallèlement, à l’intégration de plus de femmes au sein de l’institution.

Fanm se poto mitan (les femmes sont les piliers centraux), a lancé l’ambassadeur canadien en Haïti, Sébastien Carrière, invitant, lui aussi, à intégrer plus de femmes dans l’institution, y compris dans les postes de direction à la Police nationale d’Haïti.

À l’occasion des 10 ans de l’Académie nationale de police, l’ambassade en Haïti du Canada (pays qui a beaucoup contribué à la formation de plusieurs policiers nationaux) recommande la mise en place d’une force de police « moderne, bien entraînée et bien gouvernée, avec une forte représentation des femmes à tous les échelons » pour maintenir la paix en Haïti.

Pour une armée moderne en Haïti ?

L’historien Georges Michel et le professeur à l’Anp, Pierre-Raymond Dumas, qui intervenaient sur le thème « police, presse et population : une trilogie dans la lutte contre la criminalité », à l’occasion des 10 ans de l’Académie nationale de police, préconisent la mise en place d’une armée moderne dans le pays.

« Cette Pnh ne peut pas être seule pour travailler. Elle ne peut pas s’autoprotéger. Il est bon d’avoir une force supérieurement armée, autrement équipée et entraînée, pour protéger la Pnh et lui permettre de faire son travail », évoque l’historien Georges Michel, suggérant les responsabilités que devrait avoir une force armée en Haïti face à cette situation de climat de terreur de gangs armés, qui prévaut sur le territoire national.

La Police nationale d’Haïti ne saurait faire le travail de l’armée, de même que l’armée ne peut pas assumer la mission de la Pnh.

« Demander à la Pnh de faire un travail militaire risque d’entraîner une militarisation, qui n’est pas souhaitable, de la Pnh, qui est encore essentiellement civile aux services de la population, et d’affecter ses rapports avec la population en général », prévient Georges Michel.

L’historien souhaite maintenir une force publique, composée de 90% de la police nationale et de 10% de l’armée, pour éviter une « somalisation » d’Haïti.

« La solution à 100% de police et 100% de l’armée ne marchera jamais », insiste-t-il.

« L’option du recours à une armée professionnelle est forcément incontournable, n’en déplaise aux américains », affirme, de son côté, le professeur à l’Anp, Pierre-Raymond Dumas, soulignant combien le monde est devenu plus dangereux et combien Haïti doit pouvoir faire face au combat de la drogue, au banditisme et à la cybercriminalité, entre autres.

L’effondrement de la Pnh est de l’ordre du possible, mais pas du destin, si des dispositions nécessaires sont adoptées, considère Pierre-Raymond Dumas.

Nécessité d’une police routière et rurale

Pierre-Raymond Dumas et Georges Michel appellent, de manière particulière, à la mise en place d’une police routière et rurale en Haïti.

Pierre Raymond Dumas suggère une réactivation des directions de police routières de la Pnh et la mise en place d’émissions, à travers les médias, pour sensibiliser, motiver et conscientiser les citoyennes et citoyens face à l’insécurité.

De son côté, l’historien Georges Michel prône la formation d’une police rurale, constituée d’agents de la communauté, dans l’objectif d’assurer la protection des biens et services des paysannes et paysans. [mj rc apr 11/04/2022 16:27]

Sur la photo, Frantz Elbé, directeur général de la police (capture d’écran)