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Haïti : Non à l’exploitation de la classe ouvrière et à la dépossession de la classe paysanne !

Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (Rehmonco)

Soumis à AlterPresse le 20 février 2022

Alors que le gouvernement de facto d’Ariel Henry a décidé d’augmenter le prix des carburants à plus de 100% au début du mois de décembre 2021, il n’a pris aucune disposition pour ajuster le salaire des travailleuses et travailleurs, rongé par une inflation galopante. Dans le cas des ouvrières et ouvriers de la branche de la sous-traitance, l’ajustement du salaire remonte à 2019. Depuis lors, les ouvrières et ouvriers ont perdu plus de 50% de leur pouvoir d’achat, suite aux taux d’inflation annuels de plus de 24 %.

Au cours des deux dernières semaines du mois de février 2022, les syndicats ouvriers ont lancé une mobilisation pour dénoncer les mauvaises conditions de travail et exiger une augmentation substantielle de du salaire minimum journalier. Dès la première manifestation, le gouvernement de facto d’Ariel Henry et ses nouveaux alliés ont envoyé plusieurs unités de la police nationale, qui ont procédé à une répression sauvage des manifestantes et manifestants.

Certains ont été giflés par des policiers en cagoule, d’autres asphyxiés par une pluie de gaz lacrymogènes. Cette police était pourtant invisible, lors des manifestions en pleine rue des gangs armés.

De surcroit, des civils armés attachés au service d’institutions publiques, dont l’Office national d’assurance vieillesse (Ona), ont tiré à bout portant sur les manifestants. Cette sauvagerie témoigne de l’obsession du régime du Parti haïtien tèt kale (Phtk) à défendre servilement les intérêts de la bourgeoisie haïtienne et des firmes multinationales, qui tirent des profits énormes du maintien du faible salaire des travailleuses et des travailleurs.

Cette exploitation impitoyable de la main d’œuvre ne se limite pas à un salaire de misère, qui ne permet même pas aux ouvrières et ouvriers de reproduire leur force de travail. Elle s’étend également à des conditions de travail mortifères.

Le travail s’effectue dans des conditions sanitaires exécrables : dans l’usine, l’eau potable n’existe pas et les toilettes, si elles existent, sont inabordables, vu la saleté et les puanteurs qui s’y dégagent. Les journées sont allongées indéfiniment, conformément aux objectifs de productions des patrons.

Le ministère des affaires sociales, qui devrait surveiller à l’application des normes du travail, se transforme littéralement en avocat du patronat. En un mot, dans la branche de la sous-traitance, toutes les conditions sont réunies pour gruger au maximum la force du travail de la classe ouvrière haïtienne.

L’objectif étant d’accroitre exponentiellement la richesse des multinationales et de l’oligarchie, cette dernière servant de gestionnaire dans ces ateliers de misère.

Car, il faut bien le souligner : ce niveau d’exploitation de la main d’œuvre n’est comparable qu’à l’esclavage. De l’autre côté de la frontière, en République Dominicaine, le salaire minimum est le triple de celui d’Haïti. Le taux d’inflation est longtemps plus élevé en Haïti qu’en République Dominicaine. Pour l’année 2021, il a atteint 24.6% en Haïti et à peine 7.8% en République Dominicaine.

Par ailleurs, dans le secteur de la production agricole, l’oligarchie et les multinationales font tout pour déposséder, à grande échelle, de petits paysans dans plusieurs régions du pays. C’est le cas, par exemple, dans les départements du Nord, de l’Artibonite et de Plateau central, où plus de 8,000 hectares sont octroyés à la compagnie Apaid et associés pour la production de stevia au profit de la multinationale Coca-Cola. Dans le Nord-Est, le régime Phtk a exproprié de petits cultivateurs pour développer des zones franches agroindustrielles et de textile, dont Codevi, Agritrans, Parc Caracol [1] .

Comme à la fin du XIXe siècle, ces travailleurs expropriés se voient obligés, pour survivre, de vendre leur force de travail dans des compagnies, qui occupent leur ancien espace de production [2] .

C’est à la lumière de ce prisme d’exploitation à outrance de la main d’œuvre et de l’expropriation de la paysannerie, qu’il faut comprendre l’obsession des puissances impérialistes, dont le Canada, les Usa et l’Ue, à soutenir la bourgeoisie haïtienne et les bandits légaux du Phtk au pouvoir. L’objectif de ces puissances est clair : empêcher toute participation des masses populaires dans l’orientation politique et économique du pays.

Face à cette situation, nous dénonçons, avec force et détermination, la répression du gouvernement de facto d’Ariel Henry contre les travailleuses et les travailleurs, qui revendiquent un salaire minimum de 1,500.00 gourdes (US $ 14.00) pour une journée de travail.

La lutte de la classe ouvrière haïtienne est aussi celle de tous les groupes opprimés, sujets à la violence, à la répression, à l’exclusion et à la marginalisation.
La solidarité est à l’ordre du jour. Seule la mobilisation des classes opprimées peut créer les conditions pour amener des réformes démocratiques dans la société haïtienne.

Pour authentification,

Renel Exentus,

Frank W. Joseph

Montréal, le 20 février 2022

Contact : rehmoncohaiti1915@gmail.com


[2Voir Paul Moral, L’économie haïtienne, l’imprimerie de l’État, Port-au-Prince, Haïti, 1959