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Haïti-Salaire minimum : Extorsion des ouvrières et ouvriers de la sous-traitance

Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’occupation d’Haïti (Rehmonco)

Transmis à AlterPresse le 11 février 2022

Nous saluons le courage et la détermination des syndicats des ouvrières et ouvriers des usines de sous-traitance, qui poursuivent la mobilisation contre la spoliation du fruit de leur travail. En dépit du climat de terreur, instauré par le gouvernement à la solde des patrons, les travailleuses et travailleurs continuent à dénoncer la détérioration de leurs conditions de vie et de travail. En effet, les derniers ajustements du salaire minimum remontent à 2019, à un moment où, sous la pression des travailleuses et travailleurs, le régime a été contraint d’ajuster le salaire, en prenant le soin de suivre les recommandations des patrons au détriment des travailleurs. Le salaire a été fixé à 500.00 gourdes en 2019, soit US $ 5.13.

Soulignons que cet ajustement a été, à l’époque, une mesure trompe l’œil, dans la mesure où il ne représentait pas un changement dans les conditions de vie des travailleuses et travailleurs. En octobre 2018, le salaire minimum pour 8h de travail en usine textile était fixé à 420.00 gourdes, soit à l’époque US $ 6.06. Novembre 2019 : le gouvernement fixe ce salaire à 500.00 gourdes (US $5.13) [1] . Cela sous-entend que, par rapport à 2018, les travailleuses et travailleurs ont moins de pouvoir d’achat en 2019. Depuis lors, les ouvrières et ouvriers ont perdu plus de 50% de leur pouvoir d’achat, suite aux taux d’inflation annuels de plus 24 %.

Cette réalité salariale traduit, en fait, une exploitation sans pitié. Les patrons se servent de multiples stratégies d’extorsion des travailleuses et travailleurs, pour augmenter infiniment leur profit. À titre d’exemple, ils ont procédé à des prélèvements sur l’assurance, sans que ces montants soient envoyés aux agences d’assurance.

Le ministère des affaires sociales, qui devrait obliger le patronat à appliquer le code du travail, se trouve du côté de l’employeur. Depuis les dix dernières années, le régime du Parti haïtien tèt kale (Phtk) constitue un cas classique, où la présidence et la primature défendent les intérêts du patronat de façon décomplexée. Malgré la répression des forces de l’ordre et la menace des gangs armés à la solde du gouvernement et du patronat, les ouvrières et ouvriers défendent leurs droits d’exiger un salaire décent et de meilleures conditions de travail. Et cela se fait, le plus souvent, au péril de leur vie.

Le drame des ouvrières et ouvriers en Haïti ne se limite pas à ces problèmes au quotidien. Ils vivent avec l’angoisse permanente d’une éventuelle révocation. Au cours de l’année de 2021, plus de 40,000 ont été mis à pied. Cette instabilité est inhérente à la réalité de la branche de sous-traitance : les propriétaires ont la latitude de délocaliser les usines, du jour au lendemain. Le plus souvent, ils ne sont même pas astreints à dédommager les travailleuses et travailleurs, conformément au code du travail. C’est en ce sens que, le 14 janvier 2022, la mobilisation des ouvrières et ouvriers, devant les locaux de l’usine Best Sering Manufacturing S.A., dénonçait les pratiques d’extorsion du patron Abraham, qui s’apprêterait à déménager, alors qu’il refusait de payer ses ouvrières.

Par ailleurs, la crise politique cache l’extrême violence de la lutte de classes dans le pays. Le régime Phtk a fait preuve de sa capacité à mobiliser, non seulement les forces répressives et les institutions régaliennes de l’État, pour défendre les intérêts des patrons et des compagnies multinationales, mais il recourt également à des milices et des gangs criminels pour tenir en respect les travailleuses et les travailleurs. C’est ce qui explique l’obsession des pays du Core group, dont les États-Unis, le Canada et la France, à soutenir sans langue de bois les malfrats du Phtk.

Comme à l’époque des Duvalier, ce régime constitue un bon allié pour la bourgeoisie locale et les compagnies multinationales, qui exploitent la main d’œuvre à bon marché. Au moment où nous écrivons ces lignes, des manifestations ouvrières sont réprimées violemment par la police. Encore une fois, le gouvernement de facto n’entend pas satisfaire aux revendications, pourtant légitimes, des travailleuses et travailleurs.

Face à ce constat, le Rehmonco renouvelle son soutien aux syndicats des ouvrières et ouvriers de la sous-traitance et des autres groupes opprimés en Haïti. En dénonçant l’Organisation des Nations unies (Onu) et les pays du Core group dans le maintien du chaos en Haïti, il encourage les travailleuses et travailleurs à poursuivre, non seulement la mobilisation pour l’augmentation du salaire minimum proportionnellement au taux de l’inflation, mais également à renverser, une fois pour toutes, cet État néocolonial.

Pour authentification,

Renel Exentus

Frank W. Joseph

Montréal, le 11 février 2022

Contact : rehmoncohaiti1915@gmail.com