Haïti : « Très peu de mémoire réelle » du séisme du 12 janvier 2010, déplore Michèle Duvivier Pierre-Louis

P-au-P, 14 janv. 2022 [AlterPresse] --- Dans la vie des Haïtiennes et Haïtiens, « il y a très peu de mémoire réelle active », en rapport au tremblement de terre dévastateur du mardi 12 janvier 2010, relève l’ancienne première ministre Michèle Duvivier Pierre-Louis, lors d’une émission en ligne intitulée Fè yon peyi ?, suivie par l’agence en ligne AlterPresse.

De plus, l’aspect social des catastrophes naturelles est négligé en Haïti, poursuit Michèle Duvivier Pierre-Louis, qui intervenait sur la problématique de mémoire et justice, lors de l’activité organisée par la Fondasyon konesans ak libètè (Fokal), à l’occasion du douzième anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Les victimes dans le séisme de janvier 2010 sont maintenues dans l’anonymat le plus total. De nombreuses personnes sont, à la fois, victimes du séisme du 12 janvier 2010 et de leur existence comme êtres humains, dénonce Michèle Duvivier Pierre-Louis

Se basant sur la trilogie de la problématique de justice (le permis, l’interdit et la sanction), la professeure d’Université déduit qu’aujourd’hui Haïti est submergée dans l’impunité la plus totale.

Dans un autre registre, la directrice exécutive de Fokal, Lorraine Mangonès, a rappelé les alertes lancées par son père, feu architecte Albert Mangonès (26 mars 1917 - 25 avril 2002), sur l’urbanisation en Haïti, principalement dans la ville de Port-au-Prince, à travers des articles qu’il produisait dans les années 1950.

« La ville de Port-au-Prince va devenir un monstre et va nous dévorer », avait prévenu Albert Mangonès, dans une entrevue avec Roger Gaillard dans les années 1970, raconte sa fille.

La causerie, organisée à l’occasion du douzième anniversaire du séisme du 12 janvier 2010, a réuni des intervenantes et intervenants, issus du milieu culturel, médiatique et universitaire haïtien, entre autres.

Parmi les participantes et participants, figuraient le journaliste Jetry Dumont, le comédien Eliezer Guérismé, la psychologue Nathalie Coicou, la comédienne Ketsia Vaïnadine Alphonse, la cinéaste Gessica Généus.

Des extraits de vidéos de performances artistiques (théâtre, lecture de textes de poésie, jeu de tambours) ont été intercalés entre les différentes séances d’interventions, effectuées lors de cette émission en ligne.

Le besoin d’une autre parole, celle des personnes exclues

Haïti a besoin d’une autre parole pour un autre type d’actions, devant permettre d’affronter la réalité fracassante, à laquelle font face les Haïtiennes et Haïtiens, considère l’écrivaine haïtienne Yanick Lahens.

« Cette parole doit provenir des personnes exclues, celles qui subissent différentes formes de violences, comme les femmes en particulier. Ce discours doit provenir de tout ce que rejette le monde dominant, en vue de recréer les liens sociaux ».

Les femmes ont un rôle capital à jouer dans ce processus, visant à créer un autre imaginaire dans la société haïtienne, estime-t-elle

La gente féminine a cette capacité de pouvoir créer une autre forme de rationalité dans le pays, à travers l’émotion qui nous rend humain, fait valoir Yanick Lahens. [dj emb rc apr 14/01/2022 10:20]

Photo : capture d’écran