Haïti-Politique : Le mandat du tiers du sénat n’est pas à marchander, déclare Joseph Lambert

P-au-P, 10 janv. 2022 [AlterPresse] --- Le tiers restant du sénat ne va marchander avec quiconque son mandat de six ans qui doit prendre fin le deuxième lundi du mois de janvier 2023, réitère le président du grand corps, Joseph Lambert, lors d’un discours prononcé ce lundi 10 janvier 2022, et auquel a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Ce mandat n’est pas un cadeau fait par un président ou un premier ministre, mais vient du vote du peuple haïtien, rappelle-t-il, profitant pour rappeler que les 10 sénateurs restants sont entrés en fonction en 2017.

« La déraison qui règne aujourd’hui dans ce pays a tout dérangé. Des voix se réclamant de la mouvance démocratique ne se sont pas embarrassées de proposer tout ce qui est contraire aux normes et encouragent la révocation du mandat des élus », dénonce Lambert.

Cette démarche viserait à « renverser les institutions qui constituent, jusqu’ici, les principaux acquis de ce régime démocratique que nous peinons à concrétiser », ajoute-t-il.

Le tiers du sénat « n’acceptera pas que des démocrates qui se disent convaincus et conséquents mettent en question l’existence même du sénat, au sein du système de démocratie représentative et républicaine », martèle-t-il.

Le sénateur Pierre Paul Patrice Dumont avait mis en garde contre d’éventuelles velléités du premier ministre de facto, Ariel Henry de renvoyer, le 10 janvier 2022, les 10 sénateurs restants.

Le mandat du tiers du sénat arrivera à terme le lundi 10 janvier 2022, a rappelé l’un des porte-parole du Secteur dit démocratique et populaire (Sdp), Me Michel André, signataire de l’accord du 11 septembre du premier ministre de facto.

Privilégier la sécurité

Parallèlement, le président du tiers du sénat appelle le pouvoir de facto en place à accorder la priorité au rétablissement de la sécurité dans le pays.

Il dénonce un « banditisme calculé » qui règne depuis trois longues années dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et dans les villes de provinces.

Les gangs opèrent dans tout le pays et les conséquences sont dévastatrices pour l’économie haïtienne qui est déjà maigre, signale-t-il, soulignant combien la revendication principale de la population tourne autour de la sécurité à rétablir.

Il déplore une mauvaise gouvernance, une situation de pauvreté, de misère, de corruption et d’impunité qui ronge le pays.

3 des agents de sécurité de Lambert ont été enlevés, le samedi 8 janvier, au centre-ville de Port-au-Prince.

Nécessité d’un large consensus

« Le traumatisme de l’esclavage que nous traînons jusqu’à ces instants avec son cortège de préjugés nous empêche de nous constituer pour construire notre pays », affirme Joseph Lambert, tout en encourageant à agir ensemble, vite et bien.

Il suggère que 2022 soit décrétée l’année du grand dialogue haïtien, car la société ne peut faire l’économie de cette rencontre, dit-il.

« Il faut l’autorité d’un pouvoir de convocation capable d’obtenir la participation responsable et enthousiaste de tous les secteurs de la vie nationale », estime le président du tiers du sénat, tout en plaidant en faveur d’un large consensus.

« Les défis actuels devraient nous convaincre de la nécessité d’un effort de dépassement puisque nous vivons un vide. Il n’existe aucun pouvoir constitué, tout est devenu illégal. C’est la légitimité qu’il faut rechercher », conseille-t-il.

Il appelle le tiers du sénat à monter la garde et à mettre le premier ministre de facto en demeure de ne pas faire obstacle au large consensus qui doit sortir le pays de la crise actuelle.

Plusieurs organisations politiques et de la société civile ont rejeté l’accord du 11 septembre « pour « une gouvernance apaisée et efficace » initié par Ariel Henry.

D’autres qui ont rejoint cet accord ont intégré un gouvernement mis en place depuis le 24 novembre, en dehors d’un large consensus politique.

Le bureau de suivi de l’accord du 30 août appelé accord de Montana poursuit son processus d’installation d’une nouvelle équipe au pouvoir pour opérer une transition de rupture avec le régime de facto en place.

Cette initiative jugée très représentative est supportée par un large éventail d’organisations de la société civile, entre autres. [emb gp apr 10/01/2022 14 :15]

Photo : Capture d’écran