Haïti-Assassinat de Jovenel Moïse : Le Rnddh déplore une absence de volonté pour trouver les coupables

P-au-P, 06 janv. 2022 [AlterPresse] --- Le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) dénonce une absence de volonté pour trouver les coupables impliqués dans l’assassinat, le mercredi 7 juillet 2021, de l’ancien président de facto, Jovenel Moïse, et de les traduire par-devant la juridiction répressive, dans un rapport en date du jeudi 6 janvier 2022, transmis à l’agence en ligne AlterPresse.

Six (6) mois après la perpétration de cet assassinat, l’instruction judiciaire patauge Il n’y a aucun supplément d’enquête de police judiciaire, ni aucune instruction judiciaire, déplore le Rnddh.

De plus, aucun rapport définitif, relatif à l’assassinat de Jovenel Moïse, n’est en cours d’élaboration, critique-t-il.

Depuis le transfert du rapport partiel d’enquête de la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj) aux autorités judiciaires au début du mois d’août 2021, l’enquête est bloquée.

« Peu avant l’assassinat du président Jovenel Moïse et sans qu’aucune explication n’ait été fournie, l’accès de la Dcpj aux bases de données de l’Office d’assurance véhicules contre tiers (Oavct), de l’Office national d’identification (Oni), de la Direction générale des impôts (Dgi), et de la Direction de l’immigration et de l’émigration a été interdit ».

Les autorités n’ont entrepris, jusqu’à date, aucune démarche pour rétablir l’accès, poursuit le rapport du Rnddh.

Intimidations et blocage de l’enquête

L’Inspection générale de la Pnh a essayé d’intimider les enquêteurs, qui avaient travaillé sur le dossier, lors d’une convocation en septembre 2021.

« Ces comportements constituaient, en fait, des actes de blocage, notamment lorsqu’on se rappelle que Léon Charles était lui-même en contact avec Joseph Félix Badio. Pourtant, même après le départ de l’ancien directeur a.i. Léon Charles, l’enquête n’a pas repris au niveau de la Dcpj. Ceci laisse supposer que l’ordre d’y statuer émane d’autorités plus haut placées », fait remarquer le Rnddh.

L’ancien directeur général a.i. de la Police nationale d’Haiti (Pnh), Léon Charles, « exigeait qu’un rapport d’avancement de l’enquête lui soit fait chaque jour par la Dcpj ».

Des institutions bancaires indexées

L’enquête de police judiciaire ne s’est jamais étendue aux institutions bancaires, où que des transactions (transferts d’argent) ont été réalisées, signale le rapport du Rnddh.

« Au moins deux (2) institutions bancaires haïtiennes ont été utilisées pour le transfert et la circulation de montants exorbitants, en provenance des États-Unis vers Haïti. L’information a été confirmée par le Federal bureau of investigation (Fbi). Néanmoins, la Dcpj n’a jamais autorisé ses enquêteurs à approfondir cet aspect de l’enquête, qui aurait, pourtant, aidé à identifier ceux qui ont payé pour le crime ».

Le Rnddh exhorte les autorités judiciaires et policières à s’engager à mener une enquête impartiale, à auditionner toutes celles et tous ceux, qui pourraient avoir un lien avec les personnes indexées dans cet assassinat, et à étendre leurs investigations aux institutions bancaires.

Cette démarche permettrait de trouver les informations, susceptibles d’aider à la manifestation de la vérité et à l’identification de tous les auteurs intellectuels et matériels de ce crime.

Quatre (4) des 47 personnes, qui avaient été arrêtées, ont bénéficié, en date du 3 janvier 2022, d’une libération provisoire de la part du juge instructeur Garry Orélien.

Il s’agit de l’inspecteur principal Paul Eddy Amazan et des policiers Wilner Cangé, Cicéron Cedernier et Jacques Sincère.

Le Rnddh demande aux cellules d’inspection judiciaire tant au niveau du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj) qu’au niveau du Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), d’enquêter sur le comportement du magistrat instructeur Garry Orélien et de son greffier Elysée Cadet dans l’instruction de ce dossier et prendre à leur encore les sanctions qui s’imposent.

Il recommande aux autorités judiciaires et policières de passer les instructions pour la reprise de l’enquête de police judiciaire.

Identifier les institutions bancaires qui, en Haïti, ont permis de payer la préparation et la perpétration du crime, auditionner toutes les personnes sans distinction qui se sont entretenues avec celles indexées dans le crime, sont parmi les propositions formulées.

De légères avancées aux États-Unis d’Amérique dans le dossier d’assassinat de Jovenel Moïse

Craignant une mort certaine en Haïti, le Colombien Mario Antonio Palacios Palacios, inculpé formellement par les États-Unis d’Amérique, dans l’assassinat, le mercredi 7 juillet 2021, de l’ancien président de facto, Jovenel Moise, coopère avec la justice américaine.

Sa tête ainsi que celle des autres militaires colombiens en Haïti ont été mises à prix par des membres de gangs, proches du gouvernement de facto, ont déclaré les avocats de Palacios, lors d’une interview accordée, le mercredi 5 janvier 2022, à Miami Herald, entre autres.

Palacios est parti pour la Jamaïque, parce que c’était pour lui l’étape la plus proche pour atteindre la Colombie ou prendre contact avec des responsables américains, a déclaré Nelson Romero, l’un de ses avocats.

« Rechercher une sorte de soutien en Haïti équivaudrait à rechercher la mort », explique Romero.

Palacios risque la prison à vie s’il est reconnu coupable, selon ce qu’ont rapporté les médias américains.

L’ancien militaire colombien a comparu, dans l’après-midi du mardi 4 janvier 2022, devant le tribunal fédéral de Miami, après avoir été arrêté par des agents fédéraux à Miami, après son arrivée au Panama.

Sa prochaine comparution devant un tribunal fédéral est prévue pour le 31 janvier 2022, date à laquelle une audience sur le fondement juridique de la plainte pénale se tiendra. [emb rc apr 06/2022 16:35]